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Un hôpital face à la pandémie

Deux vagues, un combat.

21 décembre 2020
par  Charles Neuforge
( Le virus des héros comme des gens ordinaires , Presse écrite )

Le CHU de Liège n’est plus le même. La Covid 19 l’a changé. Entre la fin de l’année dernière et ce mois de décembre, douze longs mois de lutte contre le coronavirus se sont écoulés. Deux vagues successives, un flot de patients face auxquels l’hôpital et son personnel ont dû s’organiser, s’adapter, résister. Une pandémie contre laquelle chacun ignore combien de temps encore il va falloir faire face. Pierre Gillet est le directeur médical du CHU. Il revient avec nous sur cette année de tous les dangers.

Le 1er mars 2020, le professeur Gillet ne l’oubliera pas : « Je me souviens du premier patient positif. Nous avons reçu le résultat du testing à 22h. Sachant qu’il avait une famille, des enfants à l’école, ... j’ai prévenu le médecin de garde pour lui demander d’annoncer la nouvelle au patient et de prévenir son épouse. Il n’y avait pas encore de procédure formalisée. C’était le début d’un combat de tous les jours qui commençait vraiment ». La progression est exponentielle durant tout le mois de mars. Le sommet est atteint le 9 avril avec 170 patients hospitalisés. Un combat auquel le centre hospitalier se préparait depuis quelque mois. En décembre, le coronavirus débarque dans les médias. En janvier, la première réunion du comité d’hygiène est organisée. La coordination avec les deux hôpitaux de référence de l’époque, Saint Pierre et Anvers, commence en février. Mars marque le début des hostilités. Très vite, les préoccupations principales se focalisent sur le testing et la transformation d’unités pour passer, en quelques semaines, de 0 à 18 unités Covid. Un défi organisationnel sans précédent. Le plan d’urgence hospitalier est déclenché... pour 3 mois. « Nous l’ignorions encore à ce moment-là. C’était une découverte qui se traduisait par une flexibilité et une adaptation au jour le jour ».

« Une organisation locale pour sortir la tête hors de l’eau »

Dans ce début de première vague, il règne « comme une exaltation de la découverte ». L’attention tant du personnel que de la population est au maximum. C’est aussi l’époque du combat pour obtenir des moyens de protections personnelles, des divergences entre le niveau macro (les responsables politiques, les institutions publiques comme Sciensano) et le terrain. « Ca tirait dans tous les sens. Nous avons dû nous concentrer sur une organisation locale, entre nous, pour savoir comment garder la tête hors de l’eau ». Le circuit des patients s’organise : pré tri par les généralistes, tri à l’arrivée aux urgences, entrée ou pas dans l’hôpital, orientation vers les soins normaux ou les soins intensifs. Il faut aussi gérer la montée en puissance sur deux sites : Les Bruyères et le Sart Tilman. En tout, pendant les deux vagues (jusque début décembre 2020), ce sont 9 000 patients qui se sont présentés aux urgences pour un covid et qu’il a fallu gérer. Uniquement pour les urgences, la fréquentation a été plus forte pour la première vague (5 000 versus 4 000 cas). Une concentration qui s’explique de deux manières. D’une part par le CHU est resté le seul hôpital de référence de la région durant les premières semaines de mars. D’autre part, les médecins généralistes, débordés par le nombre d’appels, géraient très souvent par téléphone et orientaient vers les urgences lorsqu’ils avaient une inquiétude. Lors de la deuxième vague, les choses vont se passer différemment.

Première vague versus deuxième vague

D’autres chiffres différencient les deux vagues. A commencer par le nombre de patients hospitalisés. Il est passé du simple au double : 444 patients positifs hospitalisés et 377 suspects (rentrés à la maison sans jamais avoir été confirmés « parce que nous avions peu de tests ») lors de la première vague, 942 positifs (« mais ce n’est pas fini ») lors de la deuxième. Différence également au niveau du nombre d’hospitalisations aux soins intensifs : 100 pour la première vague, 167 pour la deuxième « auxquels il faut ajouter 49 personnes transférées de soins intensifs à soins intensifs en Flandre et en Allemagne ». La durée du séjour semble moins importante pour la deuxième vague (avec une moyenne de 9 jours contre 12 lors de la première). La mortalité serait elle aussi un peu moins importante. Mais le Professeur Pierre Gillet reste très prudent sur cette question : « Si nous prenons comme dénominateur le nombre de personnes qui ont été testées, le taux de mortalité est beaucoup plus bas. Mais le nombre de personnes testées a été nettement plus important pendant la deuxième vague. La seule chose que nous pourrons évaluer lorsque celle-ci sera passée, c’est la surmortalité par rapport aux années antérieures avec cette fois pour dénominateur commun le nombre de 11 millions de Belges ».

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