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Tiktok vu de l’intérieur : rencontre avec quatre créateurs de contenu belges

1er février 2021
par  Margaux Guyot
( Tout... sauf le virus ! , Presse écrite )

Le concept de Tiktok est ultra simple : l’application permet de publier et de visionner des vidéos de soixante secondes maximum. S’y retrouvent notamment de la danse, de l’humour, des tutoriels, des challenges. Mais la créativité y est telle que c’est souvent compliqué de ranger les contenus dans des cases prédéfinies. En avril dernier par exemple, beaucoup de tiktokeurs ont commencé à remettre en scène des photos de leur enfance. Le résultat est bluffant.

@mattsnyderrr

same jersey’s and everything 😢 #fyp #distancedance #quarantinelife #foryou #famous

♬ I’m Just a Kid - Simple Plan

« Sur Tiktok, tu peux être un total anonyme, mais si ton contenu est dingue et capte l’attention, en un coup, tu peux devenir quelqu’un », explique le tiktokeur Timonthegram. « Sur Instagram, tu n’as pas cette chance-là. Si on ne te vois pas déjà dans la presse, si tu n’es pas déjà bien placé, ton contenu ne sera pas vu. » Cette particularité tient à l’algorithme de l’application qui expose l’utilisateur à du contenu tous azimuts. Pour mieux comprendre le phénomène Tiktok, nous sommes allés à la rencontre de quatre tiktokeurs belges à l’audience et aux profils différents.

@nicolascroix – 706 000 abonnés

Pour Nicolas Lacroix, originaire de Namur, l’aventure Tiktok a débuté avec ceci :

@nicolascroix

Allô ? #ClaudeFrançois #Snapchat #filtres #Enfant #chanson #Humour #Belgique #Musique

♬ Claude François le téléphone pleure - Nicolas Lacroix

« Moi, j’essayais de faire des choses sur Instagram, mais ça ne fonctionnait pas vraiment », explique le tiktokeur. « J’étais suivi par mon cercle d’amis, mais ça ne s’exportait pas. À l’inverse, je me suis rendu compte que sur Tiktok, même avec zéro abonné, on pouvait toucher un grand public. » Cette première vidéo récolte 50 000 vues en peu de temps. Nicolas se dit alors qu’il y a quelque chose à faire sur la plateforme, d’autant plus que son rêve est de monter sur scène. Tiktok devient alors pour lui un lieu où tester quelques blagues. « Au départ, j’ai beaucoup mis mon chien en scène. C’est un husky qui parle, ou en tout cas qui me répond à chaque fois que je lui dis quelque chose. Les gens ont adoré, c’est comme cela que j’ai construit ma base d’abonnés. »

Tiktok s’avère vite être un tremplin pour le jeune homme, surtout grâce au confinement du printemps qui a vu arriver beaucoup d’audience sur la plateforme. Aujourd’hui, Nicolas Lacroix est un des tiktokeurs wallons les plus en vue. Le 7 septembre dernier, il a fait sa première scène de stand up au Made In Brussels Show. « Je rêvais de faire cela depuis longtemps, mais Tiktok a précipité les choses. Je me suis senti plus légitime à faire de la scène avec une communauté derrière moi. »

@maeli_vhd – 19 600 abonnés

« À la base, moi, je suis arrivée sur Tiktok parce que j’aime le maquillage et que je voulais montrer mon travail. On ne va pas se mentir, le confinement a aussi joué là-dedans. » Maëlie a 23 ans. Elle poursuit un cursus universitaire en droit, après un passage infructueux dans une école d’esthéticiennes.

Depuis sa chambre de Waterloo, la jeune femme propose des vidéos de ses maquillages, tout en musique. Le but n’est pas de faire des tutoriels, mais bien d’exposer ses réalisations. Maëlie a déjà eu l’occasion de nouer quelques partenariats avec des marques de maquillage et des photographes, mais la réalisation de ces vidéos reste avant tout un hobby.

@maelie_vhd

Out of my head🤪🥳 + @benefitbelgium #makeup#fun#makeuptutorial#benefitcosmetic#foryou#fyp#pourtoi#belgium

♬ classic slowed down - Bambi

Maëlie pose un constat : ce sont les vidéos les plus spontanées qui fonctionnent le mieux. Tous les tiktokeurs rencontrés le confirmeront. « En fait, les vidéos que je travaille davantage, elles ne fonctionnent pas ! » Il suffit parfois de deux ou trois prises de vues et d’une vidéo réalisée en vingt minutes pour buzzer. Là où des vidéos réfléchies pendant des heures vont sortir dans le plus grand anonymat. « C’est un truc de dingue. C’est frustrant ! », exprime-t-elle.

Aujourd’hui, Maëlie rassemble un peu moins de 20 000 abonnés sur son compte : « Honnêtement, ça ne représente pas grand-chose », explique-t-elle. « Sur Tiktok, c’est assez facile d’avoir des abonnés. Quand on pense que le compte @charlidamelio en compte 97 millions… Avec 20 000 abonnés, je n’en suis qu’au début. »

@dayjeejenny – 148 300 abonnés

Sur une plateforme principalement habitée par les adolescents, Jennifer détonne. Elle est maman d’une ado de quinze ans et travaille dans la grande distribution dans la province de Luxembourg. « Certains personnes arrivent sur mon profil et viennent me dire ‘Mais qu’est-ce qu’elle fait là la daronne ?’ Moi ça m’amuse ! Je ne prends pas du tout ça mal. »

Ses vidéos Tiktok traitent principalement de nourriture. Depuis sa table à manger, Jennifer explique à ses abonnés le menu culinaire du jour. Le ton se veut à d’autres moments plus humoristique. Finalement, Jennifer se voit comme la copine virtuelle avec qui on discute et on prend le café.

@dayjeejenny

Quiche Lorraine #bonappetit #miam

♬ son original - Dayjee ... aime manger !

Jennifer tient également une chaine YouTube depuis quasiment dix ans, avec aujourd’hui près de 230 000 abonnés. La production de vidéos pour les réseaux sociaux est un vrai hobby pour elle, sans aucune prétention à professionnaliser son activité. « Ma fille Laura adore me voir faire. Elle me prend pour une folle, mais elle adore avoir une maman un peu déjanter. Mes collègues sont aussi au courant : elles me suivent aussi et elles trouvent ça trop drôle. »

@timonthegram – 200 200 abonnés

« J’aime beaucoup Tiktok. Pour moi, ça a été un coup de frais par rapport à Instagram », explique Timothy, originaire de Bruxelles. « Instagram, c’est très bloqué sur l’apparence, les filtres, le feed qui doit être beau. C’est une pression constante pour afficher une image de soi parfaite. Sur Tiktok, les gens sont là pour voir autre chose que des images bien retouchées : c’est le contenu qui prime. »

Timothy a 29 ans, il est mannequin depuis plusieurs années. Sur sa chaine Tiktok, il n’y a pas vraiment de fil rouge : « À la base, je filmais vraiment des situations de la vie quotidienne, un peu humoristiques. J’ai aussi beaucoup parlé de la Belgique dans mes vidéos. Aux alentours de mai dernier, avec la crise raciale aux États-Unis, je suis devenu un peu plus sérieux dans mon contenu. Mon but est aussi de sensibiliser les jeunes qui me suivent à des thématiques qui me touchent ».

@timonthegram

10 jours d’attente pour les résultats ? Easy pour les Belges 😂 #elections2020

♬ Mii Channel (Nintendo Wii Mii Channel) - Muta1206

Timothy a d’abord investi les réseaux sociaux pour des raisons professionnelles : « Prada ne voulait pas me faire travailler parce que je n’avais pas assez de visibilité sur les réseaux sociaux. C’est comme ça que ça a commencé ». Aujourd’hui, le mannequin bruxellois est davantage rémunéré lors des séances photo grâce à sa présence en ligne. « Au début, j’ai vu Tiktok surtout comme une opportunité professionnelle. Mais, ça a très vite changé. J’ai vu l’humain derrière et les gens qui s’engageaient avec moi. Ce genre d’engagement, c’est très submergeant. Il y a des gens qui m’écrivent et qui me parlent presque tous les jours, des personnes qui finissent par savoir un peu qui je suis. »

En 2019, Tiktok était déjà l’application la plus téléchargée sur l’App Store à travers le monde. En Belgique, c’est l’année 2020 qui marque vraiment l’essor de ce réseau social.

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