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Se réapproprier son corps grâce à l’eutonie

12 juillet 2021
par  Sang-Sang Wu Sang-Sang
( Tout... sauf le virus ! , Presse écrite )

À Louvain-la-Neuve, Agnès Fosselard dispense des cours d’eutonie, une pratique corporelle douce qui se base sur l’observation de ses sensations.

Deux fois par semaine, à Louvain-la-Neuve, la kinésithérapeute Agnès Fosselard donne cours d’eutonie à un petit groupe de personnes désireuses de se reconnecter à leur corps. Elle les invite à s’installer confortablement, à s’étirer et à se détendre. Mais contrairement aux autres méthodes de relaxation, il est ici question d’ancrage dans le présent, sans chercher à faire jaillir des images mentales. L’important est de ressentir à travers son corps. Agnès Fosselard demande aux participantes de saisir divers objets (balles, bambous, sacs de marrons, etc.) et de les faire rouler sur la main, le bras, la jambe et de ressentir chaque mouvement. Cette pratique purement corporelle vise à les reconnecter à leur enveloppe charnelle.

À travers des séquences d’étirements et d’exercices doux, l’objectif est de redonner du tonus au corps et de s’ouvrir à des sensations nouvelles. Les « élèves » prennent conscience de leurs appuis mais également de leur ossature, de leurs muscles et de leur peau. Cela leur permet d’acquérir un tonus idéal et adapté à leurs activités de la vie quotidienne. Il s’agit d’apprendre à effectuer des mouvements avec le moins d’effort possible, en déployant la force adéquate (ni trop ni trop peu), sans perte d’énergie inutile.

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© Sang-Sang Wu

« On ne prétend pas savoir pour l’autre »

Dans la vie de tous les jours, à force d’effectuer des gestes répétitifs, des tensions apparaissent dans le corps et se manifestent sur le plan purement physique (articulations et mâchoires bloquées, gorges serrées, épaules rentrées, dos voûtés). Autant de tensions que la praticienne tente de débloquer, même si c’est le patient qui agit. « En eutonie, on ne prétend pas savoir pour l’autre : on le laisse se réapproprier son propre corps », explique Agnès Fosselard. La kinésithérapeute n’effectue pas de geste à reproduire, elle invite ses élèves à prêter attention à leurs sensations et à la relation avec leur environnement (chaise, sol, mur, plafond). Ce sont eux qui vont apprendre à libérer leurs tensions et à se rééquilibrer par eux-mêmes.

Chaque leçon est différente puisqu’il n’y a pas de consigne fixe. « Je m’adapte à leurs besoins du moment ainsi qu’au rythme de chacun, précise l’eutoniste. Cette pratique repose sur trois grands principes : le toucher, le contact et le transport. Le toucher permet d’acquérir une meilleure conscience corporelle en développant la sensibilité superficielle et profonde. Ce sont les consignes qui invitent les participants à redécouvrir leur peau, à visiter leurs tissus musculaires et leurs os. Le contact consiste en un élargissement de la conscience au-delà de la limite corporelle. Enfin, le transport est l’utilisation consciente du réflexe de redressement. C’est lorsque je leur demande de dessiner quelque chose avec le pied, le genou ou le coude, par exemple. »

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© Sang-Sang Wu

Une approche personnalisée

Même si les effets positifs de l’eutonie ne sont pas bien documentés sur le plan scientifique, la pratique a déjà fait un certain nombre d’adeptes. L’eutonie Gerda Alexander® (fondatrice de la discipline, voir ci-contre) a fait l’objet d’un dépôt de marque dans plusieurs pays, dont la Belgique. Lorsqu’elle se pratique en séance individuelle, elle est appelée « traitement » et permet une approche plus personnalisée. L’avantage de cet outil thérapeutique est d’être accessible à tout le monde, y compris aux personnes limitées dans leurs mouvements. Elle est même recommandée par certains médecins pour soulager les douleurs musculaires et articulaires, lutter contre les mauvaises postures, diminuer les raideurs, notamment en cas de fibromyalgie.

Une reconnaissance internationale

La méthode de prise de conscience du corps a été développée dès les années 1930 par l’allemande Gerda Alexander, alors atteinte de polyarthrite rhumatoïde et d’endocardite (infection cardiaque). Diminuée physiquement, elle va peaufiner sa pratique qui lui permettra de faire de vieux os sans trop souffrir jusqu’à la fin de sa vie. Son enseignement se diffusera à l’échelle mondiale et des écoles à son nom verront le jour. Kinésithérapeute et psychomotricienne, Agnès Fosselard a suivi une formation à l’Ecole belge d’eutonie Gerda Alexander. Les porteurs de ce diplôme sont reconnus par l’Association belge d’eutonie Gerda Alexander (ABEGA). Comme ses collègues, la professionnelle s’engage à respecter le code de déontologie encadrant la pratique. Ainsi, l’eutoniste doit respecter l’intégrité et la dignité de ses élèves, elle doit donner des informations pertinentes sur les possibilités et les limites de l’eutonie et elle est tenue au secret professionnel, entre autres obligations morales.

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