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Sandro Tonali : faux héritier, vrai talent

4 juillet 2020
par  Aurélie Herman
( Le virus du sport , Presse écrite )

Cité à la Juventus, à Milan ou chez le voisin intériste, ce Lombard pur jus est l’espoir de toute une région durement touchée par la maladie... et d’une Italie encore traumatisée par son absence au Mondial 2018.

Une toison soigneusement coiffée, une science aiguisée du jeu, des origines lombardes, des débuts à Brescia et surtout, surtout, cette délicieuse patte droite de regista. Même en voulant éviter de se frotter au périlleux jeu des comparaisons, il est difficile de ne pas voir un peu d’Andrea Pirlo en Sandro Tonali (20 ans). De cette supposée ressemblance entre ces deux joueurs, on a déjà beaucoup dit. À commencer par le maestro lui-même, qui pourtant la réfute : « On dit souvent que Tonali serait mon héritier, mais selon moi, il possède un tout autre profil. Il est beaucoup plus complet, notamment en phase défensive et dans l’organisation. C’est un mix entre moi et plusieurs autres joueurs », explique le bel Andrea en mai dernier, dans un direct Instagram, avant d’ajouter que le natif de Lodi est « le milieu de terrain le plus prometteur d’Italie ». Tonali plus complet que Pirlo ? Sacré compliment de la part de l’ancien héros de la Nazionale, qui a ravi les supporters azzurri de ses coups de botte d’une préciosité fatale durant près de quinze ans.

De son côté, tout en acceptant les compliments avec humilité, le milieu de terrain confirme que ce rapprochement est sans aucun doute dû cette chevelure et cette mèche savamment domptées que les deux joueurs partagent. C’est d’ailleurs plus vers Luka Modric que le médian de Brescia trouve l’inspiration, tout en prêtant allégeance à... Gennaro Gattuso ! Une idole un peu paradoxale, tant le jeu physique et plein de hargne de l’actuel coach du Napoli ne se rapproche pas de l’allure racée de son jeune compatriote. « Il n’avait peur de personne », rappelle justement Tonali à Sports Week. Ça tombe bien, lui non plus.

Précocité, polyvalence et solidité

Né le 8 mai 2000, c’est à douze ans que Sandro rejoint Le Rondinelle (les Hirondelles, en VF) de Brescia. À l’évidence, le gamin a du talent plein les pieds. Les deux. À 15 ans, il preste déjà avec les U17 du club. Durant deux ans, il évolue dans une position tantôt axiale, tantôt plus sur le côté droit, et oscille entre le fauteuil de regista et les starting-blocks de mezzala. « Je continue à le voir comme un joueur de flanc : il a les jambes, sait se montrer agressif et est techniquement très fort », décrit dans Tuttosport Simone Carminati, son coach chez les jeunes de l’ancien club de Roberto Baggio et Pep Guardiola. Il ose même une nouvelle comparaison. « Il me fait penser à Marcelo Brozovic, avec l’intelligence tactique de Miralem Pjanic. » Soit à un Intériste et un ex-Juventino... Une coïncidence amusante, quand on sait que Tonali est devenu une sorte de trésor de guerre que l’Inter du Croate et l’ancien employeur du Bosnien tentent d’arracher à un club aujourd’hui en perdition, coincé dans les tréfonds du championnat italien.

Mais avant de taper dans l’oeil des grands de Serie A, Tonali poursuit son apprentissage chez les jeunes biancazzurri. Et c’est en 2017/2018 que les choses « sérieuses » débutent (non sans avoir claqué onze caramels lors de son ultime pige complète chez les U17), avec des titularisations qui s’accumulent en Serie B. En quelques mois, cet ado alors âgé de 17 ans à peine est parvenu à avaler la différence de niveau footballistique, physique et psychologique qui sépare la primavera du noyau A. Mieux, au sortir d’un Euro U19 où il atteint la finale (perdue face au Portugal), il confirme lors d’une saison 2018/2019 de tous les diables. Titulaire indiscutable devant la défense du 4-3-1-2 d’Eugenio Corini, le jeune homme marque (trois buts), fait marquer (sept passes décisives), permet à son équipe de gratter son billet pour l’élite (une première depuis 2011), tout en remportant son premier trophée, un titre de champion de Serie B. À 19 ans seulement...

Le bleu et le noir ?

En septembre 2019, alors que Tonali découvre le plus haut niveau, les éloges continuent de pleuvoir. « Il supporte la pression de façon remarquable, il a l’envie d’aller toujours plus haut et de repousser ses propres limites. Il a en lui l’ADN d’un grand joueur », déclare Corini. Et de la résistance à la pression, il en faut cette saison, quand on évolue au Stadio Mario Rigamonti. Entre des résultats catastrophiques (quatre succès à peine en 29 journées), la valse des coachs (Corini remplacé par Fabio Grosso, puis retour de Corini après trois matches à peine... qui est finalement viré au profit de l’Uruguayen Diego López en février dernier) et le boxon entre Mario Balotelli et le club, Brescia vit une saison cauchemardesque. Ce qui n’empêche pas Tonali de surnager dans ce marasme, avec un bel impact dans le jeu (deux passes-clés par rencontre en moyenne), cinq assists et un but. Pas dingue, mais pas si mal vu son inexpérience à ce niveau et l’ambiance pesante qui règne à Brescia.

Inévitablement, le spectre d’une descente des Hirondelles fait plus que jamais rejaillir l’idée d’un transfert en fin de saison. Surtout avec la perspective d’un Euro 2021 où il sera l’un des joueurs chargés de rendre son lustre à une Squadra Azzurra en rédemption. Roberto Mancini est en tout cas déjà sous le charme, lui qui l’a appelé sous le maillot italien en octobre dernier. « S’il rejoint une équipe européenne, il continuera de grandir et s’améliorera », prophétise le sélectionneur sur les ondes de Radio Deejay. « Dans un triangle médian, il peut se placer devant la défense ou jouer un cran plus haut, il a une bonne frappe, il peut marquer, être au début de l’action. Il peut tout faire. »

Cette prise de caisse devrait se dérouler en Italie. Certes, le Barça aurait proposé plus de six briques ainsi que deux joueurs, et le PSG aurait lui aussi tâté le terrain. Un intérêt de l’AC Milan et de la Fiorentina a également été évoqué. Mais le duel final opposera vraisemblablement la Juventus à l’Inter. Avec une légère avance pour les Nerazzurri. On parle de sommes de 30 millions d’euros plus bonus, balayées par le président Massimo Cellino, qui en voudrait nettement plus. C’était avant la crise du Covid-19, des pertes financières colossales et de l’incertitude qui en découle sur le marché de transferts. Un tableau dramatique qui a beaucoup touché le jeune homme. Le Lombard a en effet vécu ses conséquences aux premières loges. « Ça me faisait mal de voir ma grand-mère Gina enfermée chez elle durant cinq mois, sans qu’elle puisse aller au cimetière fleurir la tombe de son mari », regrette-t-il dans Sport Week.

Et si la meilleure façon de remonter le moral de la nonna était de rejoindre l’Inter, dont elle est l’une des plus grandes supportrices ?

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