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Quand les fripes deviennent chics

27 novembre 2020
par  Aurélie Comps
( Tout... sauf le virus ! , Presse écrite )

Créer des pièces élégantes au départ de tissus indésirables, tel est le défi éthique de Lucie Poumay. Spécialisée dans la renaissance du textile, elle décrypte les nouvelles tendances de la slow fashion.

Joyeuses nappes fleuries de mamie, blouson flashy des années ’90, vieux tweed de papy et pulls troués par le temps ... les fripes de tous horizons sont chouchoutées et ressuscitent élégamment en vêtements abordables chez « Wabi-Sabi ». En vitrine de cette jeune enseigne, des vêtements colorés aux matières singulières attirent l’attention. Bienvenue dans l’univers de Lucie Poumay, styliste de 29 ans, installée dans le centre de Namur depuis 2019.

Tiré du concept japonais du même nom, cet atelier-boutique se consacre à la renaissance du textile, avec une philosophie bien établie. « Wabi-Sabi signifie que le beau réside en toute chose, même dans l’imperfection », explique la styliste, initialement diplômée d’un master en anthropologie.

Sublimer les trous
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Lucie Poumay
© Aurélie Comps

Cette double casquette donne sens à son travail. Avec un regard critique sur le fonctionnement de l’être humain et à l’écoute des évolutions sociétales, Lucie se questionne sur la durabilité du textile et sur les dégâts de la « fast-fashion ». Durant ses études de styliste, en cours du soir (au Centre IFAPME de Liège, Château Massart), une nécessité s’impose à elle : prolonger la vie des textiles.

Des trous dans un chemisier fleuri ? Lucie les préserve, les renforce et les sublime. Il s’en dégage une impression de broderie poétique. Une veste à la coupe démodée ? Lucie l’adapte au goût du jour et à la morphologie de son propriétaire. Ses créations, elle les conçoit seule, ou « en équipe », intégrant l’identité des clientes qui viennent lui confier leurs textiles. « Je suis souvent touchée par l’histoire des pièces que l’on m’amène. Il peut s’agir d’une veste appartenant à une grand-mère défunte avec une forte valeur sentimentale. On en discute avec la cliente et on modernise la pièce. Autre exemple : un sari ramené d’un voyage en Inde mais que la cliente n’a jamais osé porter. On révise sa structure. Ou encore des tentures vintages transformées en veste. Le champ des possibles est infini. »

Utiliser le textile déjà présent

Tout type de textile est ici exploité. Laine ou polyestere, denim ou acrylique... Lucie adhère au courant slow fashion du « upcycling », à savoir faire du neuf avec du vieux. « Le principe est d’utiliser le textile qui est déjà présent, sans faire appel à du tissu neuf, aussi éthique, bio et écoresponsable qu’il soit. » Dans la même logique, la styliste a appris à minimiser les chutes. Son style qualifié de « japonisant » privilégie les coupes simples et élégantes. « Il faut savoir que plus un patron prévoit de découpes, davantage il y aura de déchets. On estime ainsi que l’industrie du textile éjecte 20 % de matière à la poubelle. » Sa création phare est une veste « kimono », pliée au départ d’un seul rectangle.

La garde-robe « capsule »

La réversibilité du vêtement prévoit aussi sa durabilité, car il s’accorde avec plus de pièces, tant pour le quotidien que pour les grandes occasions. « Et cela coïncide avec une autre tendance : la garde-robe « capsule ». Celle-ci contient idéalement une dizaine de vêtements par saison. Les coupes et les couleurs sont assorties. De quoi se désencombrer et gagner du temps. »

Le upcycling est donc une tendance globale. « Et le confinement la renforce par deux phénomènes », observe Lucie. « Beaucoup de personnes se sont mises à désencombrer leur habitat et à trier leur dressing. En parallèle, la couture est un loisir en pleine expansion. »

La haute couture, aussi

Cette tendance à l’upcycling se confirme dans les grandes maisons de couture, tandis que de nouvelles marques décident de se consacrer uniquement à la récupération et à la revalorisation. La Fondation Louis Vuitton s’est même mise au diapason, en récompensant la créatrice Marine Serre de son convoité prix LVMH en 2017. Cette Française s’est faite remarquer lors de son premier défilé à Paris en 2018, en réalisant sa collection avec de vieux foulards et des combinaisons de plongée.

Accessible à tous

Pour accompagner les couturières-ers amateurs, Lucie Poumay envisage d’animer des ateliers de upcycling dans le courant de l’année 2021. De quoi les familiariser avec les techniques du Visible Mending, l’art du « raccommodage visible » : « Une autre tendance en couture très en vogue aux États-Unis, avec des milliers de tutoriels sur les réseaux sociaux, et qui arrive chez nous. »

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