JOURNALISTE FREELANCE.BE Le site des journalistes indépendants

Quand le coronavirus relègue les clubs

26 juin 2020
par  Julien Denoel
( Le virus du sport , Presse écrite )

Le 27 mars, l’Association des clubs francophones, la Voetbal Vlaanderen et l’Union belge décidaient de mettre définitivement un terme aux compétitions amateures en gelant les classements du 12 mars. Conséquence directe de cette décision, des clubs n’ont pas su défendre entièrement leur chance et se retrouvent relégués.

On dit souvent que l’espoir fait vivre. En football, on pourrait traduire cela par « tant que c’est mathématiquement encore faisable, on peut y croire ». Des retournements de situation incroyables alors que tout semblait décidé, des remontadas - comme on aime le dire aujourd’hui - improbables, le football en est coutumier.

Mais cette saison, pour beaucoup de clubs, rien de tout cela. Englués dans une situation compliquée en fond de classement, ils n’auront pas eu la chance de pouvoir tenter un dernier baroud d’honneur, une remontée folle vers une zone plus confortable. Le coronavirus en a décidé autrement.

Le 12 mars, alors que l’épidémie de covid-19 commence à faire des dégâts chez nous, il est décidé de suspendre les championnats amateurs. 15 jours plus tard, face aux mesures de confinement prolongées et renforcées, la décision finale de l’ACFF, de Voetbal Vlaanderen et de l’Union belge tombe comme la lame sans appel d’une guillotine : les championnats sont tous arrêtés, on ne rejouera plus de la saison, de la Nationale 1 à la P4.

L’inévitable injustice

Evidemment, certains clubs en profitent et sont promus à l’étage supérieur. Mais à l’inverse, d’autres sont photographiés dans une position de relégable et basculent dans la division inférieure. Côté francophone, cela concerne une dizaine de clubs dans les divisions amateures.

Pour déterminer les montées et relégations, les fédérations prennent en compte le classement arrêté au 12 mars et, dans le cas où tous les clubs n’auraient pas joué le même nombre de match, affine celui-ci grâce à un coefficient… ce qui ne fait pas que des heureux.

Lionel Brouwaeys, entraineur de Onhaye (16ème et dernier en D2 ACFF), s’il comprend la décision d’avoir arrêté la compétition face à la situation sanitaire exceptionnelle – « c’était la meilleure chose à faire » -, ne digère pas la manière dont le coefficient a été élaboré. « Ce n’est pas correct. Solières se retrouve sauvé alors qu’ils devaient encore jouer la RAAL et les Francs-Borains. La probabilité qu’ils prennent des points était faible, mais le coefficient leur en a attribués », peste-t-il.
« Sans surprise, nous nourrissons un sentiment d’injustice », poursuit le coach namurois. « Quand on a annoncé la mesure, on n’y croyait pas car une saison ça se joue sur 30 matchs. Décider du sort des équipes après 23 ou 24 journées, c’est totalement différent. »

« Ce n’est pas normal », enchérit Zoran Bojovic, le coach de Namur (15ème de D2 ACFF). « On ne descend pas sur le terrain, ce qu’on aurait accepté. Là, c’est la fédération qui nous relègue. »

« L’arrêt de la compétition était inévitable. On n’aurait pas su faire autrement », énonce Rami Islamaj, le président du Kosova Schaerbeek (14ème en D3 ACFF). « Juste que pour contenter un maximum de monde, les instances auraient dû faire autrement. On parle de 6 matchs en moins, soit 20% de la compétition. Si on reporte ça sur un match, c’est comme si on ne jouait que 72 minutes sur les 90. Et cela peut tout changer ! » Pas étonnant que le club se soit associé à l’époque à la plainte des clubs amateurs concernant la décision prise par la fédération.

Les deux coachs en sont certains, leurs équipes avaient de bonnes chances de pouvoir se maintenir à la régulière. « On était dans une bonne spirale, on avait un calendrier abordable, un noyau au complet et un bon état d’esprit. Et, surtout, l’écart avec le premier barragiste, Waremme, était très faible (ndlr : 1 point). On a vraiment l’impression qu’on nous a enlevé quelque chose car on était bien relancé », souffle Lionel Brouwaeys. « A part un match contre la RAAL, le reste de notre calendrier était abordable », avance Zoran Bojovic.

Même son de cloche pour Rami Islamaj. « Dans un cas comme celui-ci, on regarde naturellement le calendrier qu’il restait à disputer et on compare avec les résultats du premier tour. Sur base de ceux-ci, nous aurions pu espérer prendre 10 points sur 18 alors que Buzet, dans le même temps, aurait pu ne prendre que 3 points. On peut se dire qu’il y avait une carte à jouer », pose-t-il.

Voie alternative

Pour tous ces clubs, la fédération aurait dû emprunter une voie alternative, sans pour autant évoquer la saison blanche pure et dure. « Les instances ont choisi la voie de la simplicité », assène Rami Islamaj. « Ceci dit, une saison blanche, ça aurait été moche pour les clubs qui jouent la tête… mais aussi pour les derniers qui n’avaient pas d’équipe valable », plaide-t-il.

« On aurait dû faire monter les clubs qui étaient en tête et geler les relégations », estime de son côté le coach de Namur, Zoran Bojovic. « La saison blanche nous aurait bien arrangés, mais cela n’aurait pas été cool pour les clubs du haut de classement », appuie Lionel Brouwaeys. « Mais à année exceptionnelle, mesures exceptionnelles. »

« On aurait pu imaginer de réduire le nombre de descendants et, l’année prochaine, d’en faire descendre un de plus. Les règles auraient été claires dès le début de la saison, mais c’était plus équitable pour cette année », avance Rami Islamaj.

Conséquences plus graves ?

Ces relégations décidées arbitrairement peuvent-elles avoir des conséquences plus importantes pour les clubs, au-delà du recul dans la hiérarchie du foot belge ?
Pour Zoran Bojovic, il y a l’aspect financier et, selon lui, la décision prise d’arrêter les championnats relève donc du manque de respect envers les dirigeants de club. « Certains ont investi 200 ou 300.000€ dans leur club. Et on ne donne pas une chance complète à cet investissement. »

Rami Islamaj tempère. « Nous avons des moyens limités, donc ça va. On perd surtout un gros subside de l’Union belge, mais cela ne met pas la vie du club en péril », avance le président du Kosova. « On a même réussi à garder 5-6 jours du noyau. »

« Cela ne change rien pour notre budget », assure le coach d’Onhaye, Lionel Brouwaeys. « On avait déjà le plus petit budget de D2 amateurs, et on a un projet avec les jeunes. En D3 amateurs, on visera le top 5. »

Virton et Walhain pour rebattre les cartes ?

L’Excelsior Virton, débouté par la commission des licences puis par la Cour Belge d’Arbitrage pour le Sport (CBAS), s’est tourné vers un tribunal civil, l’autorité belge de la concurrence, pour tenter d’obtenir malgré tout son sésame pour la D1B et éviter la culbute en D2 ACFF. Si les Gaumais obtenaient gain de cause, quelles conséquences cela aurait-il pour le foot amateur, alors que les séries pour la saison 2020-2021 ont été officialisées ?

Daniel Boccar, directeur technique de l’ACFF, préfère ne pas encore réagir : « Il y a plusieurs cas de figure qui peuvent se présenter, en fonction de la décision qui sera prise par la justice, et qui peuvent avoir des implications directes pour d’autres clubs. Tout n’est pas encore décidé, réglé. On attend de voir ce qui sera rendu comme verdict. » Lequel devrait tomber prochainement.

« Ce ne serait pas la première fois que la fédération prend une décision puis une autre dans la foulée. A vrai dire, on ne sait pas trop où on va en tant que club. C’est scandaleux et malheureux pour tous les clubs », rage Zoran Bojovic.

En D3 ACFF, c’est le cas de Walhain qui pourrait chambouler certains classements. Avec le changement de terrain, le désormais Golden Black FC a dû réintroduire un dossier de licence… lequel a été recalé par l’ACFF. En conséquence de quoi le club doit basculer en P1.

De quoi sauver le Kosova Schaerbeek ? Pas sûr. Rami Islamaj se base sur un point du règlement qui pourrait être favorable à son club. « Mais l’ACFF se base sur un autre, qui donne la priorité à un montant supplémentaire de P1 », expose-t-il. Le flou reste donc entier pour le moment. « On s’est fait une raison, on jouera en P1. Mais on verra bien… »

Le flou artistique est presque devenu une marque de fabrique à l’Union belge et dans les fédérations régionales. Au grand dam des clubs.

Partager :