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Quand la mode rime avec solidarité, Sybille Simonis, créatrice de vêtements, s’inscrit dans une démarche écoresponsable

22 juin 2020
par  Sophie Lagesse
( Le virus de la solidarité , Presse écrite )

Il y a six ans, réalisant qu’elle a de plus en plus de difficultés à jongler entre ses activités professionnelles et son rôle de maman, Sybille Simonis décide de réaliser un de ses rêves : créer une ligne de vêtements pour enfants, essentiellement des pyjamas et des maillots de bain. C’est ainsi que « Fred & Louis » voit le jour. Mais cette maman de quatre garçons entend bien confectionner ses créations sous certaines conditions. Des vêtements uniquement faits à base d’invendus de tissus et cousus dans un atelier géré par une asbl belge qui épaule les enfants dans leur scolarité. Un beau projet humain dont l’entrepreneuse de 37 ans nous parle avec enthousiasme.

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Comment est née votre ligne de vêtements pour enfants ?

J’ai travaillé pendant sept ans dans la grande distribution, dans la section « achats » pour les bébés chez C&A. C’était un très chouette boulot mais je voyageais énormément. Lorsque j’ai eu mon deuxième enfant, c’est devenu plus compliqué à gérer. Et puis, c’est de la « fast fashion », on change de collection sans arrêt, il y avait de nouveaux produits tout le temps. Je voulais lancer ma propre marque, faire quelque chose de différent, un produit qui n’était pas spécialement lié à la mode, des créations que l’on peut vendre d’une année à l’autre.

Vos pyjamas sont faits à partir de chutes de tissus. Est-ce important de vous inscrire dans un mouvement écoresponsable ?

C’est essentiel car la mode produit chaque année des kilomètres de tissus. Je me fournis en Inde, à Delhi. J’y vais une fois par an et lorsque je vois tous ces restes d’étoffes, c’est désespérant ! J’aime l’idée que ces tissus ne finissent pas incinérés ou jetés. Et puis, cela me permet d’imaginer des petites collections différentes, de changer des motifs tout en ne devant pas créer des tissus supplémentaires, il y en a déjà bien assez sur Terre !

Vous allez encore plus loin dans votre démarche puisque vos créations sont réalisées dans un atelier indien soutenu par l’asbl belge « A way with you »…

Cette association a été imaginée au début des années 2000. La créatrice de l’asbl avait envie de faire quelque chose en Inde, un pays où il y a beaucoup de pauvreté. Cette association s’occupe d’enfants issus de familles monoparentales, car leur situation est vraiment délicate en Inde. L’asbl soutient la scolarité de ces enfants, leur paie un uniforme ou même de la nourriture. Après le tsunami en 2004, l’association a été sollicitée pour fournir du travail à des gens qui avaient tout perdu lors de la catastrophe, des personnes qui travaillaient essentiellement dans la pêche. C’est comme ça que l’atelier de couture a été mis sur pied. Je me suis intéressée à ce projet car je trouvais pertinent de soutenir une association à taille humaine. On peut toujours aider l’Unicef ou la Croix-Rouge, ce sont des organismes importants et efficaces, mais j’aime l’idée en tant que particulier de soutenir une personne physique, et d’avoir des nouvelles de cette personne.

Suivez-vous la scolarité des enfants aidés par l’association ?

Oui, nous recevons un courrier tous les deux mois qui fait le point sur leur parcours. On apprend si tel ou tel enfant a réussi ses examens, on peut suivre la progression de leur apprentissage. Par exemple, on peut lire qu’un garçon a obtenu son diplôme, qu’il va pouvoir aller travailler et que cela lui permettra de soutenir sa maman et sa sœur.

C’était essentiel que votre collection soit réalisée de façon éthique ?

C’est important pour moi de connaître la façon dont mes vêtements sont confectionnés. En tant que créatrice, c’est très agréable de tout savoir sur les différentes étapes de réalisation du produit. Je récupère les restes du tissu, et de l’achat du tissu à l’arrivage des vêtements chez moi, je sais qui l’a fait, quelle personne a participé à quelle partie du pyjama par exemple. Je connais le nom de celui qui a cousu la manche, de celui qui a mis le bouton. Ils ont tous des prénoms. Il était en tout cas inconcevable que ce soit des enfants ou des adultes qui travaillent dans des conditions épouvantables.

Vous êtes maman de quatre enfants, cela vous a influencée ?

Je pense que nos enfants sont gâtés, nous n’avons aucun problème de base, les soins de santé sont accessibles à tous. Nous pouvons faire du vélo dehors sans danger, nous pouvons respirer sans risque. On ne se rend pas toujours compte à quel point la pollution en Inde est importante, la situation est dramatique ! Mes enfants suivent l’évolution de l’association. C’est essentiel pour moi qu’ils comprennent le sens du partage et que tout le monde n’a pas la même chose que nous.

Votre démarche écoresponsable va encore plus loin. Vous faites des livraisons à vélo quand c’est possible et vos emballages sont recyclables !

Je fais tout moi-même, donc j’y vais par petits pas. J’essaie de faire mon maximum pour l’écologie. J’emballe les vêtements dans du papier de soie, pas dans du plastique, je mets des cartes postales dans les colis pour remercier les clients, j’essaie au maximum de limiter les impacts écologiques.

Le monde de la mode peut-il changer ?

C’est compliqué car c’est un cercle vicieux. De nombreux emplois sont en jeu. Je pense effectivement qu’il y a moyen de faire beaucoup mieux, surtout au niveau des surplus. Il faut arrêter de remplir les magasins, bourrés à craquer. Et de garder certaines pièces pour les saisons d’après… C’est très compliqué car les gens aiment aussi changer de garde-robe. Il y a beaucoup à faire dans le monde de la mode, mais aussi dans la conscientisation du client.

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