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Pas facile d’être un pigiste…

29 juin 2020
par  Loïc Collet
( Le virus du sport , Presse écrite )

De nombreux métiers ont été touchés durant la crise liée au Covid-19 et ce sont des milliers de personnes qui, du jour au lendemain, se sont retrouvés sans rentrée d’argent. Si les autorités ont débloqué des aides pour subvenir aux besoins des plus touchés, certains travailleurs et statuts sont les grands oubliés de cette crise, à l’image des journalistes pigistes. Si les indépendants ont pu bénéficier d’un coup de pouce financier, les autres, sans contrat, passant par des boites comme Smart ou Merveille se sont retrouvés sans rien. Témoignage d’un journaliste sportif qui n’a malgré tout pas perdu le virus du sport.

Avant tout, Thibaut, présentez-vous.
Je m’appelle Thibaut Deplanque, j’ai 29 ans et je travaille comme journaliste pigiste pour Notélé et la RTBF. Je travaille principalement pour les rédactions sportives de ces deux médias.

Cette crise, comment l’avez-vous vécue ?
J’ai essayé de respecter le confinement du mieux possible en limitant au maximum mes déplacements. Vivant encore chez mes parents, je n’ai jamais eu de sentiment de solitude comparé à d’autres qui ont dû passer le confinement seul dans un petit appartement. De temps en temps, le moral était peut-être un peu plus bas mais j’essayais de relativiser en me disant qu’il y avait pire. J’ai toujours été en bonne santé, mes proches aussi.

Au niveau du boulot, comment ça s’est passé ?
Là c’était vraiment compliqué. J’ai effectué une dernière journée de travail à la RTBF le 15 mars. Quelques jours plus tard, tout le pays était confiné. Depuis cette date et jusqu’au 8 juin, je n’ai rien eu comme boulot. Cela fait quasiment 3 mois sans la moindre rentrée financière…

Vous vous êtes senti soutenu ou abandonné ?
Non je ne me suis absolument pas senti soutenu. On a tous été laissé dans le flou et on ne sait toujours pas quand on pourra reprendre le travail de manière plus régulière comme avant le confinement. Si j’ai déjà pu reprendre un peu le travail pour Notélé, je ne sais pas quand je pourrais retourner à la RTBF.

Comment s’est passée cette reprise ?
J’ai pu reprendre le travail de manière très timide au mois de juin. J’ai eu deux reportages pour Notélé. Ce n’est pas grand chose mais c’est déjà mieux que rien.

Quel a été votre sentiment lors de retrouver la rédaction ?
Du soulagement. Après plusieurs mois d’inactivité, ça fait du bien de pouvoir reprendre le travail et de revoir certains collègues. Mais je reste aussi réaliste. Je sais que pour les pigistes, la reprise du travail sera extrêmement lente. Moi qui travaille principalement aux sports, je sais que la situation commencera à revenir à la normale à partir de fin aout, début septembre. Je suis conscient que les médias vont connaitre des moments plus délicats suite à une perte de revenus comme la publicité, le manque de visibilité etc. Mais j’espère aussi qu’ils referont appel à leurs pigistes assez rapidement. J’espère qu’ils nous montreront un peu plus de soutien que pendant le confinement en faisant un peu plus appel à nos services et pas juste pour « boucher des trous »

Le sport, en général, à la télé, cela vous a manqué ?
Je suis un grand fan de sport de manière générale et il faut reconnaitre que l’on a été gavés sur les écrans. Ça m’a fait du bien de ne plus voir de sport pendant un petit moment et je n’ai jamais ressenti un « manque » quand les championnats de foot ou que les courses cyclistes ont été annulés les uns à la suite des autres. J’étais bien sûr triste de l’arrêt des compétitions sportives mais vraiment sans plus. Dans ce genre de circonstances dramatiques et exceptionnelles, le sport amateur ou professionnel devient secondaire.

Que pensez-vous des tentatives virtuelles, comme en cyclisme avec le Tour des Flandres ?
C’était original et j’ai bien apprécié. Mais ça ne remplacera jamais le vrai événement. Il fallait vite se retourner après les annulations de courses et les organisateurs ont vraiment fait preuve de créativité en très peu de temps.

Le football, même saveur ou pas dans un stade vide ?
Un match avec ou sans supporters, ce n’est absolument pas la même chose. Mais il y a tellement d’enjeux financiers qu’il fallait reprendre à tout prix pour les championnats qui ont décidé de redémarrer leur saison. Le sport de haut niveau et le football plus particulièrement est tel qu’il fallait reprendre sans supporters. Encore une fois, les enjeux financiers sont colossaux. Mais c’est clair qu’un match de foot sans supporters, c’est fade. Tu as l’impression d’assister à des rencontres amicales de pré-saison. Les diffuseurs s’en sont aussi rendus compte et ont rajouté des fonds sonores de chants de supporters lors des retransmissions des matchs à huis clos. J’ai regardé PSG-Dortmund et malgré le scénario du match, je ne l’ai pas apprécié à sa juste valeur par le simple fait que les fans parisiens n’étaient pas là. L’ambiance des tribunes est tout aussi importante que le jeu sur le terrain. Et preuve que les supporters ont leur rôle à jouer, en Allemagne, les équipes qui jouaient à domicile à huis clos n’étaient plus forcément avantagées par la présence de leur douzième homme. Le pourcentage de victoire à domicile au moment de la reprise a fortement diminué. Ce n’est pas un hasard.

Pour finir, cette crise, elle va changer quoi pour les médias ?
J’espère qu’il y aura une remise en question mais je n’y crois pas trop. Cela fait des années que l’on dit que les médias doivent revoir leur modèle économique et rien n’a encore véritablement changé. Les vieux réflexes vont vite finir par revenir.

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