JOURNALISTE FREELANCE.BE Le site des journalistes indépendants

Mami Kitagawa, acrobate aérienne : « J’ai passé beaucoup de temps avec les arbres pendant le confinement »

5 août 2020
par  Yolaine de Kerchove
( Le virus de l’art , Presse écrite )

La Bruxelloise Mami Kitagawa pratique la danse acrobatique dans les arbres. Comme beaucoup d’autres artistes, la crise du coronavirus a chamboulé sa vie. Elle a réussi toutefois à rebondir et à profiter du confinement pour mieux se connecter à la nature et sur le net : entraînements intensifs dans les parcs, formation en ligne ou encore organisation quotidienne de Facebook live. La trentenaire prend son envol aérien avec une volonté de fer.

Des mains qui s’agrippent à l’écorce. Un corps qui s’étire le long d’un tronc. Une chevelure noir de jais qui se laisse pendre dans le vide. Des gestes rapides, puis soudainement très lents. Tout en finesse et en légèreté, la danseuse virevolte entre les branches. Elle apparaît et disparait dans le feuillage tel un animal rare. Un spectacle poétique qui invite le spectateur à s’interroger sur notre rapport au temps et à la nature.

La seule à pratiquer cet art en Belgique

D’origine japonaise, Mami Kitagawa débarque en Belgique en 2010 à l’âge de 23 ans. Son objectif initial : suivre en master en droit économique international à la Kent University à Bruxelles. Son master en poche, elle travaille pendant cinq ans dans le département informatique d’une célèbre entreprise japonaise d’automobiles. A côté de son emploi, elle suit des cours de tissu aérien à l’Espace Catastrophe à Saint-Gilles. Un hobby qui la passionne de plus en plus, à tel point, qu’un jour elle décide de quitter son emploi dans l’informatique pour se consacrer entièrement au cirque. A force de persévérance, elle devient formatrice en tissu aérien à l’Atelier du Trapèze à Bruxelles et à Ell Circo D’ell Fuego à Anvers. Plus récemment, elle suit une formation en grimpe d’arbre et lance sa compagnie « l’Arboréographie » avec laquelle elle enchaîne des prestations aériennes lors de divers festivals et événements. En Belgique, elle est la seule à pratiquer cette discipline de manière professionnelle.

JPEG - 659.3 ko
©Olivier Le Gardian

Avec la crise du coronavirus, sa vie prend un nouveau tournant. Ses spectacles et cours sont annulés. Toutes les salles d’entrainements sont fermées. La jeune artiste se retrouve confinée dans sa collocation à Saint-Gilles, bénéficiant d’un chômage technique pour ses contrats annulés. Mais pas question pour elle d’arrêter son art. Elle décide de s’imposer un nouveau rythme de vie. Elle veut passer plus de temps dehors avec les arbres et chez elle pour partager sa passion sur les réseaux sociaux. « C’est important d’avoir des buts, rester connecté avec un cadre », confie-t-elle. Dans cette optique, elle s’impose un nouvel horaire très stricte.

« J’aime la perception de voir l’arbre comme un partenaire »

Tous les jours du confinement, dès 7h du matin, elle s’aventure au parc Duden et de Forest pour se connecter avec la nature. « J’ai passé beaucoup de temps avec les arbres pendant le confinement. De 30 minutes à 2 heures par jour. Ce n’était pas spécialement acrobatique. J’étais juste avec les arbres. J’observais leur évolution, leur forme ».

La Bruxelloise cherche à rentrer en symbiose avec l’arbre, à l’image d’une histoire conjugale. « J’aime la perception de voir l’arbre comme un partenaire. Toutes les branches sont les bras de ce partenaire. Je peux sentir la connexion avec le corps de l’arbre ».

JPEG - 953.4 ko
©Olivier Le Gardian

Sans sécurité, l’acrobate se hisse jusqu’à 7-8 mètres. Une hauteur qui peut atteindre 20 mètres si elle se munit d’un baudrier et d’une corde. Un sport dangereux ? « Ça peut être dangereux si je ne me connecte pas très bien avec l’arbre ou avec mon corps, si je prends trop de risques ou si je vais trop vite, trop loin », répond-elle.

Ses essences d’arbres préférés : les charmes et les hêtres, « car ils ont un corps lisse, et leurs formes sont très agréables et amusantes. Ils sont aussi costauds et je peux facilement avoir confiance en leur structure ».

58 jours et 58 Facebook live

De retour chez elle, la jeune femme déterminée se penche sur son ordinateur pour suivre une formation en ligne d’art dans l’espace public. Le cursus donné par l’Académie royale des beaux-arts de Bruxelles d’une durée de quatre semaines est offert gratuitement aux artistes pendant le confinement.

Mami alimente aussi son site internet « https://larboreographie.com » et son compte Instagram. Puis, elle teste ses recherches matinales avec ses élèves et autres amis circassiens sur les réseaux sociaux. Elle leur donne rendez-vous tous les jours à 18h sur internet. « J’ai mené 58 Facebook Live pendant 58 jours », déclare-t-elle fièrement. Les séances duraient une à deux heures par jour. Au programme : entraînement autonome, recherche de mouvement, danse, préparation physique ou encore jeux et défis. Une manière de partager sa passion et de garder contact avec certains de ses élèves.

JPEG - 837.4 ko

Avec le déconfinement, sa vie a repris petit à petit son cours habituel. De nouveaux spectacles sont prévus fin août au Zomer Carrousel d’été à Uccle ou encore fin septembre près de Ath. Ses cours de tissu aérien pour enfants, adolescents et adultes reprendront dès la rentrée de septembre. Elle compte bien mettre à profit toutes les recherches de mouvements qu’elle a travaillées pendant le confinement pour alimenter ses prochains cours et préparer de nouveaux spectacles aériens dans les arbres.

Partager :