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Les salles de cinéma peuvent-elles se réinventer ?

3 février 2021
par  Virginie Lejeune
( Demain, après le virus... , Presse écrite )

Cette année 2020 est une année particulière pour tout le monde y compris pour l’industrie du cinéma. Un cinéma qui n’aurait pas pu prédire un tel scénario. Après avoir baissé le rideau une seconde fois, les salles vont encore rester fermées avec des conséquences économiques et sociales importantes. Avec cette crise sanitaire et le développement de plus en plus important du streaming, les salles du cinéma vont-elles disparaître ? Entre concurrence et rentabilité, comment les salles de cinéma peuvent-elles se réinventer ?

La Belgique possède 80 établissements de cinéma qui ont accueilli plus de 19 millions de spectateurs l’an dernier et ont rapporté 160,2 millions d’euros de recettes brutes hors TVA. On y compte également plus de 1300 travailleurs (hors étudiants). Autant dire que cette industrie pèse lourd également en Belgique mais, avec l’arrivée du coronavirus, le secteur a été chamboulé, encore plus avec le renforcement du streaming. Les grandes firmes comme Warner et Disney sortent de plus en plus de films directement sur leurs propres plateformes.

Le streaming peut-il être à l’origine de la fermeture définitive des salles de cinéma ?

Durant les deux confinements, les abonnements aux différentes plateformes existantes ont explosé. « C’est normal, estime Thierry Laermans, Secrétaire général de la Fédération des cinémas de Belgique. Les gens veulent continuer à se divertir et le streaming, c’est une solution. Mais nous avons également constaté qu’au premier déconfinement, nous avons retrouvé plus de 80% de notre public ». Les distributeurs s’étaient aussi mobilisés pour sortir des films malgré des jauges réduites afin de respecter la distanciation sociale. Une fréquentation qui a, malgré tout, chuté à 30% après l’annonce du gouvernement d’imposer le port du masque dans les salles de cinéma. À un retour à la normale, cela signifie-t-il que les salles ont encore de beaux jours devant elles ? « Je le pense, oui. Aller au cinéma, c’est une expérience. On ne peut pas avoir les mêmes sensations quand on est devant un grand écran avec un son incroyable que chez soi. C’est comme quand nous commandons des plats dans notre restaurant préféré, nous ne ressentons pas les mêmes choses sur place qu’à la maison », conclut Thierry Laermans.

L’arrivée et le succès des plateformes vont sans doute également trouver leurs limites. En tant que consommateur, comment financièrement s’abonner à toutes ces différentes plateformes ? « C’est un coût trop important. Si on décide de s’abonner à l’une ou deux d’entre-elles, nous n’aurons pas accès à l’ensemble des avant-premières non plus » rajoute le Secrétaire général de la FCB. Pourtant, certaines grandes firmes ne croient plus aux salles de cinéma, c’est le cas de Warner. La compagnie a annoncé qu’elle comptait sortir 17 de ses films prévus en 2021, concomitamment, au cinéma et sur son offre de streaming vidéo HBO Max accessible uniquement aux Etats-Unis (cela concerne des films comme « Matrix 4 » ou « Dune »). Une décision qui rebat les cartes et qui fait craindre le pire pour les exploitants européens notamment. Ils seront en effet privés d’une fenêtre de diffusion exclusive sur des blockbusters très prisés du grand public. Quel avenir pour les salles de cinéma si d’autres « majors » du milieu suivent ce revirement stratégique ?

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Le « Ciné Centre » de Rixensart.
© Virginie Lejeune
Les salles de cinémas, des lieux culturels ?

Aujourd’hui, et bien plus qu’hier encore, le cinéma doit être considéré comme un lieu culturel. Aller voir un film, c’est se rendre à un évènement. Il faut donc pourvoir animer les salles, il faut leur donner de la vie. Les circonstances doivent être plus particulières que d’y mettre un film à l’affiche. Les exploitants doivent pouvoir diversifier leurs salles en proposant par exemple, du théâtre, des spectacles ou encore, des jeux vidéos. Proposer aussi certains jours des remises de prix ciblées. En tout cas, l’objectif lui est clair : il faut attirer les plus jeunes très amateurs eux…de streaming. En France, certains exploitants réfléchissent sérieusement au développement du gaming dans les salles de cinéma : « Oui, pourquoi pas, ce serait une expérience aussi. Actuellement, à ce que je sache, il n’y a pas de projets de ce type en Belgique » explique Thierry Laermans. Serait-ce donc l’une des solutions à entrevoir ?

La Belgique transpose la directive sur les SMA, une précieuse aide ?

Cet été, le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles a fait un premier pas pour transposer un ensemble de directives européennes, dont la nouvelle directive "SMA", qui actualise les règles communes des Services de médias audiovisuels. Un texte de loi a été proposé et vise notamment à "étendre l’obligation de contribution à la production audiovisuelle aux services de médias audiovisuels (linéaires et non linéaires) qui ciblent le public de la Communauté française », communiquait en juillet dernier le cabinet de la ministre des Médias, Bénédicte Linard. Cela signifie donc que des plateformes comme Netflix ou Amazon Prime par exemple devront tenir compte de cette obligation de soutien à la création audiovisuelle locale. Cela soutiendra partiellement la production audiovisuelle belge mais pas le réseau des salles de projection. Pour ce faire, la Belgique devrait compléter sa législation d’une obligation minimum de passage en salle pour les principaux films coproduits par les plateformes de streaming. Et cela, à l’instar des trois semaines de présence sur les toiles telles que prévues en France.

En tout cas, il est clair que l’arrivée de la COVID19 aura fait sortir le cinéma de sa zone de confort. Il va devoir évoluer que ce soit dans ses méthodes de production ou de diffusion. Nombreux professionnels du secteur s’accordent aujourd’hui à dire que les salles de cinémas et les plateformes peuvent tout à fait coexister. Ceci étant, pour que ce modèle que nous connaissons actuellement cohabite au mieux avec une offre numérique devenue incontournable, il faudra d’abord que la programmation des salles retrouve au plus vite toute sa richesse et sa diversité… !

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