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Les haies à l’honneur

1er février 2021
par  Christine Masuy
( Tout... sauf le virus ! , Presse écrite )

À vos bêches, c’est le moment de planter des haies. Un petit labeur au jardin, un grand bonheur pour la biodiversité.

4.000 kilomètres de haies ! La mesure n’est pas passée inaperçue. Lors de sa Déclaration de politique régionale, le Gouvernement wallon a défini ses priorités d’ici 2024. Il y est question de logement, de santé, de fiscalité… et de planter 4.000 kilomètres de haies. Les autorités ont lancé un programme pour soutenir la plantation de haies vives, de taillis linéaires et d’alignement d’arbres. Mais pourquoi le gouvernement se mêle-t-il des haies ? Pour renforcer la biodiversité.

Hamster des champs et gélinotte des bois

Une haie, c’est pratique. Ça délimite un terrain tout en protégeant du regard des voisins. Une haie, c’est plein de charme. Ça structure et diversifie le paysage pour nous offrir un cadre de vie agréable. Mais les haies jouent aussi un rôle écologique essentiel pour la biodiversité. En septembre, le WWF, en partenariat avec Natagora et l’Institut royal des Sciences naturelles, a publié le premier rapport Planète Vivante Belgique. Une brique de 136 pages qui dresse un état des lieux de la biodiversité en Belgique. On y recense 7.725 espèces indigènes. Arbres, plantes, mammifères, oiseaux, insectes, champignons… Un tiers de ces espèces sont rares, menacées ou carrément éteintes. Ainsi, l’an dernier, un rongeur et deux oiseaux ont disparu de Wallonie : le grand hamster des champs, le pic cendré et la gélinotte des bois. Selon le rapport du WWF, c’est dans les zones agricoles que le bilan est le plus lourd. En trente ans, les populations d’oiseaux y ont baissé de 61%. Le rapport pointe diverses pratiques qui nuisent à la biodiversité. Notamment la simplification des paysages. Comprenez : l’arrachage des haies.

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© AWAF
Pour un maillage écologique

Les haies, c’est le gîte et le couvert offerts à de nombreuses espèces. Des oiseaux, bien sûr – qui aiment faire le nid dans le camouflage des branchages. Mais aussi des petits rongeurs, des abeilles, des coccinelles, des sauterelles, des papillons, des hérissons… La liste est longue des animaux qui trouvent dans les haies de quoi se nourrir et s’abriter. La haie est donc un lieu de biodiversité par nature. Mais elle contribue plus encore à la biodiversité en participant au maillage écologique. De quoi s’agit-il ? De relier entre eux tous les espaces naturels que l’activité humaine a fragmentés. Un papillon ou un hérisson ne peut pas traverser une ville ou des champs à perte de vue s’il n’a pas de-ci de-là un lieu accueillant où s’arrêter. Un buisson, un bosquet, une haie. “La suppression de divers éléments du maillage écologique met en péril les fleurs sauvages, les insectes et les oiseaux”, souligne le rapport du WWF. Or, depuis un demi-siècle, le maillage écologique wallon a fortement diminué.

Tant de haies arrachées

Les haies faisaient autrefois partie des paysages de nos régions. Les noms de famille en témoignent : Lahaie, Dehaye, Delhaye… Ainsi identifiait-on nos aïeux qui habitaient près d’une haie remarquable, comme les Dupont près d’un pont ou les Dumoulin près d’un moulin. Les choses ont changé au milieu du siècle dernier. D’abord dans le milieu agricole, où l’on a vu disparaître les petites parcelles délimitées par des haies. Elles ont peu à peu été regroupées en d’immenses champs, que le cultivateur exploite désormais d’un seul tenant. Et comme il n’a aucune envie de contourner des haies avec ses engins, il les a arrachées. Les particuliers n’ont pas fait mieux. Pour fermer leur terrain, certains ont été séduits par des produits plus modernes et demandant moins d’entretien : grillages, palissades, claustras… D’autres ont continué à planter des haies mais à la mode de l’après-guerre : en monoculture. Le ligustrum s’est ainsi imposé. Il est vrai qu’il est peu exigeant et très résistant, qu’il croît rapidement, se taille facilement, et offre un beau feuillage bien vert, bien dense et persistant. On a donc vu apparaître des quartiers entiers aux haies de ligustrum. Avant que n’arrive la mode du cyprès, du laurier cerise ou du thuya. Toutes ces haies permettent de clôturer un terrain, mais elles sont monotones et n’offrent donc aucune biodiversité.

Ma haie, un écosystème équilibré

Aujourd’hui, le mot d’ordre est à la diversification. Plus une haie est composée d’arbustes variés, plus elle pourra attirer et abriter d’espèces animales différentes. Mais pour plaire aux oiseaux et insectes de chez nous, il faut privilégier les plantes indigènes. Aubépine, prunellier, églantier, cornouiller, sureau, viorne, noisetier… Il en existe plusieurs dizaines, à combiner pour faire de votre haie un écosystème équilibré. Ainsi, chaque jardin peut contribuer à renforcer le maillage vert et à recréer de la biodiversité.

Demandez une subvention
• La Région wallonne accorde une subvention aux particuliers qui plantent minimum 20 mètres de haies. Seule condition : mêler au moins 3 variétés indigènes. La subvention est de 5 euros par mètre.
Infos : yesweplant.wallonie.be
• Rien n’est prévu par la Région de Bruxelles-Capitale. Certaines communes bruxelloises subventionnent cependant des plantations. Renseignez-vous.
Quand planter ?
La période de novembre à mars est idéale pour la plantation d’une haie. Évitez juste les jours de gel, de neige ou de grosses pluies. Travaillez le sol en profondeur pour favoriser l’enracinement des plants. Prévoyez un cordeau pour planter en ligne droite et à intervalle régulier. Terminez par un paillage pour protéger vos plantations du gel et de la concurrence des mauvaises herbes.
Quand tailler ?
On a souvent l’habitude de tailler les haies entre avril et juin, quand la vie reprend au jardin… Erreur ! Car c’est aussi le moment où les oiseaux font leur nid. En taillant une haie à cette saison, il n’est donc pas rare que l’on tue des oisillons. L’Europe a demandé à ses États membres d’interdire la taille des haies durant la période de reproduction et de nidification des oiseaux. C’est déjà le cas en France, en Allemagne, en Irlande… En Région bruxelloise, la coupe et l’élagage à l’aide d’engins motorisés sont interdits du 1er avril au 15 août. En Wallonie, on en parle, mais rien n’est encore décidé. Pire : certaines provinces et communes exigent que les particuliers taillent leurs haies pour le 1er, le 15 ou le 21 juillet ! Taillez de préférence entre novembre et février, hors périodes de gel.
Le site de référence
Surfez sur mahaie.be, c’est l’outil parfait pour une haie parfaite. Encodez la région dans laquelle vous vivez et la raison principale pour laquelle vous voulez une haie (créer une clôture, favoriser la biodiversité…). En fonction de ces données, le site vous indique quelles variétés planter et vous donne tous les conseils appropriés.
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