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Les auteurs ont fait contre mauvaise fortune, bon cœur

9 juillet 2021
par  Thierry Lefevre
( Le virus de l’art , Presse écrite )

Si la crise sanitaire a retardé certaines grosses sorties littéraires, des auteurs belges francophones n’ont pas hésité à présenter leur livre aux lecteurs. Avec une certaine réussite et beaucoup d’envie.

La période de la pandémie était-elle propice à la sortie de nouveaux livres ? Fallait-il faire une pause et postposer la majorité des titres ? De nombreux auteurs voulaient se lancer dans le grand bain sans restriction. « Je n’ai pas du tout hésité, explique Stéphanie Gérin, qui a sorti « E.C.R.A.S.E, Quand l’hôpital se déshumanise » en mars 2020. A postériori, je réalise que c’était peut-être un peu naïf de ma part ! D’une part, j’étais trop heureuse de voir paraitre mon premier roman et ce, malgré les circonstances. D’autre part, par le plus grand des hasards (sa publication à ce moment était prévue depuis longtemps), l’ouvrage était en phase avec l’actualité étant donné qu’il s’agit d’un roman engagé relatif à l’évolution du système des soins de santé. On aurait donc pu s’attendre à ce que la situation sanitaire lui fasse gagner en visibilité et génère un certain attrait auprès de la presse et du lectorat. »

« La question de reporter la date de sortie du livre ne s’est pas vraiment posée, explique aussi Stéphanie Gérin (A la croisée des chemins). La sortie était déjà planifiée depuis plusieurs mois et d’autres parutions étaient déjà programmées par la maison d’éditions pour les mois suivants. Décaler la date de sortie n’était donc pas vraiment à l’ordre du jour, d’autant plus que nous n’avions aucune visibilité sur la durée du confinement. »

La Bastognarde Amandine Fairon a également sorti un livre (Derniers fragments d’innocence) début d’année. « J’étais très heureuse que la maison d’édition m’offre, malgré la période, l’opportunité de sortir un livre. Quand on sait qu’elles ont reçu deux à trois fois plus de manuscrits à la suite du confinement, c’était d’autant plus enthousiasmant de figurer parmi les sorties. »

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Nicole Haelemeersch a sorti son premier livre "Europea 2120" durant cette période singulière. Pas de quoi refroidir ses ardeurs d’écriture.
© Thierry Lefevre

La promotion des livres, d’autant plus pour des auteurs sortant un premier opus, n’a pas été des plus faciles au vu de l’absence des grands rendez-vous littéraires. « C’était un peu frustrant, même si je n’ai aucun comparatif, avoue Nicole Haelemeersch (Européa 2120). Je me suis alors basée sur le bouche-à-oreille, sur les réseaux sociaux, sur des courriers aux écoles pour me faire connaitre. Je ne sais pas vraiment ce qui aurait pu se passer sans cette situation sanitaire. » Amandine Fairon poursuit : « On n’a pas pu s’appuyer sur des salons littéraires, sur des séances de dédicaces pour appuyer la sortie. La situation sanitaire a sans doute affecté la sortie du livre car les libraires n’ont pas pu saisir cette occasion pour prévoir un évènement. Malgré tout, même si la population avait plus de temps pour lire, force est de constater que les commandes de livres se sont emballées sur Amazon, mais pas forcément chez nos libraires indépendants. De mon côté, je suis surtout frustrée de ne pas avoir pu présenter mon livre à Liège, où se passe une partie de l’intrigue. »

Armand Henrion (Un petit corps perdu) se sent également frustré. « Juste avant la crise, nous avions programmé un rendez-vous à la Bibliothèque de Bastogne et cela est tombé à l’eau alors que nous avions tout préparé. » Franz Clément a vu son livre sur les contes de Noël sortir fin 2020. « La fermeture des marchés de Noël nous a sans doute empêché de rencontrer des éventuels lecteurs, le livre aurait pu être un cadeau idéal. C’était d’autant plus frustrant que nous avions programmé spécifiquement cette sortie à cette date. »

La difficulté des ces deux années spéciales n’a pas brisé la créativité des auteurs. « Je n’ai pas du tout été refroidi, lance Armand Henrion. Le suivant est déjà chez l’éditeur. Même pas peur. » Franz Clément n’a pas arrêté le travail. « La crise sanitaire est passagère et je me suis lancé dans un projet sur les légendes de la forêt d’Anlier. » Nicole Halemeersch n’a pas laissé son clavier en lançant la suite de son livre et même de regarder plus loin. « J’ai un autre projet qui mûrit dans ma tête pour après. Mon esprit de détective historique est toujours vaillant. »

La flamme ne s’est pas éteinte chez Sabrina Tabard : « Je travaille sur un projet d’écriture qui était déjà entamé avant la sortie de mon premier livre. J’ai hâte de pouvoir y mettre un point final et j’espère avoir la chance de le voir publié. »

Plus expérimentée, Amandine Fairon veut d’abord défendre son dernier livre. « J’avoue que, s’il n’y avait pas la reprise des séances dédicaces, sans doute aurai-je réfléchi à deux fois à la suite de mes projets littéraires. Être seule face à son écran pour créer son histoire est une chose, mais faire le pas de la publier en est une autre et sous-entend que les échanges sont importants et attendus. »

Les auteurs n’ont donc pas perdu le virus de l’écriture malgré les circonstances. De quoi prévoir encore de belles découvertes littéraires dans les prochains mois.

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