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LeBaron, les vélos uniques et sur-mesure de Simon Dehouck

20 juillet 2021
par  Manon Ughi, Jennifer Fuks, Mathieu Golinvaux
( Le virus de l’invention , Photo , Presse écrite , Télévision )

Depuis deux ans, le Bruxellois Simon Dehouck a lancé son atelier d’artisan-cadreur, un métier qui semblait pourtant voué à disparaître. Et le concept, qui propose de concevoir des vélos totalement sur-mesure, n’a pas tardé à retrouver ses adeptes.

Dans le petit atelier jettois, au nord de Bruxelles, pour un novice, le bruit de l’acier effleuré par la lime fait mal aux oreilles. Habitué à ce bruit peu agréable, Simon Dehouck ne frémit même plus, trop concentré sur le tube qu’il est occupé de travailler. Millimètre après millimètre, les gestes sont précis, comme le vélo qui en sortira dans une bonne centaine d’heures.

Comme seulement une petite dizaine de confrères à travers la Belgique, le Bruxellois a décidé de se lancer depuis quelques mois comme artisan-cadreur. Dans son atelier, de A à Z, il confectionne pour ses clients des vélos sur-mesure et totalement uniques. « J’ai un moment envisagé d’ouvrir un magasin de vélos, raconte celui qui partage sa nouvelle passion avec son autre job de spécialiste mobilité chez Bruxelles Environnement. Un magasin est toutefois toujours lié avec les marques avec qui il a des contrats. Donc, finalement, on n’offre pas vraiment ce en quoi on croit. Tandis qu’avec cette démarche, il s’agit vraiment de mon produit. J’y crois à 100% et je suis donc satisfait de ce que j’offre à mes clients. »

C’est qu’on ne s’offre pas un vélo de Simon comme on passe commande pour un deux roues dans une grande enseigne de magasins de sport. « Même si avec la pénurie de pièces, on est désormais presque aussi compétitif au niveau du timing de livraison », sourit l’artisan-cadreur.

Au total, même lorsque la demande est moins importante, il faut en effet compter six mois pour voir son vélo s’assembler pièce après pièce dans l’atelier du Bruxellois. « Et on commence toujours par simplement discuter du projet, détaille-t-il. Je veux vraiment être sûr que le client est motivé par celui-ci, parce que c’est quelque chose qui va prendre énormément de temps et qui demande aussi son implication. Une fois que la personne a compris les enjeux d’un vélo sur-mesure et en quoi cela a une réelle plus-value, on fait une prise de mesure pour être certain que le vélo sera vraiment adapté à la morphologie de la personne. Enfin, on choisit les différentes pièces qui vont être utilisées. »

Dans le calme de son atelier, le travail d’orfèvre peut alors débuter. Le Bruxellois prépare à la main chacun des tubes d’acier qui formeront, pas mal d’heures plus tard, le cadre du nouveau vélo. « À la lime, à la scie, etc. l’objectif est d’avoir le meilleur ajustement possible, précise-t-il encore. Les tubes doivent vraiment être ajustés au dixième de millimètre et au dixième de degré pour que le métré soit fidèlement suivi. »

Les différentes pièces sont ensuite assemblées grâce à la chaleur de la flamme d’un chalumeau. « Je brase les vélos avec du laiton ou de l’argent en fonction des métaux que j’utilise », reprend Simon.

Une fois le cadre assemblé, il faudra encore le peindre avant de penser aux à l’assemblage avec les autres pièces qui constituent le vélo. « Cette étape, on propose de le faire soit nous-même, soit en collaboration avec le client. Le client peut ainsi connaître chaque pièce et son vélo sur le bout des doigts. »

Alors que le métier semblait voué à disparaître, pour devenir artisan-cadreur, il n’existe pas de formation spécifique. « C’est avant tout beaucoup de recherche, confirme Simon. On peut évidemment commencer par des formations chez d’autres cadreurs, mais ensuite, il s’agit d’être autodidacte. Il faut ensuite s’équiper, travailler, essayer, recommencer, recommencer encore, etc. C’est vraiment sur le tas qu’on apprend le job. »

Au total, Simon estime qu’il lui faut une centaine d’heures pour arriver à la conception d’un vélo personnalisé. « C’est ce qui justifie le tarif, ajoute-t-il. Un cadre seul, il faut compter 1 400 euros. On peut évidemment ajouter des options et encore faire grimper le prix, mais les équipements que l’on viendra accrocher sur ce cadre sont souvent encore bien plus chers. »

Hommage au baron Karl Drais, inventeur de la draisienne, mais également au baron Eddy Merckx, l’idole de tout le pays, Simon et son associé ont décidé de nommer leur toute jeune entreprise “LeBaron”. C’est ce nom que l’on retrouvera sur les futurs cadres de l’atelier jettois.

Parmi ses clients, Simon compte évidemment surtout des aficionados de la petite reine. « Ceux qui ont toujours fait du vélo, des gens qui savent exactement ce dont ils ont besoin et qui font éventuellement de la compétition, confirme l’intéressé. Ils viennent quasiment avec leurs mesures et je réalise le vélo qui leur convient, sur base de ce qu’ils ont déjà expérimenté. Après, il y a les gens convaincus par la démarche locale et l’artisanat, qui aiment savoir que leur vélo a été fait à Bruxelles, par un Bruxellois. »

Malgré tout, même si son entreprise n’en est qu’à ses débuts, Simon Dehouck ne peut pour l’instant répondre favorablement à toutes les demandes. « Parce qu’il y a de plus en plus de gens qui font du vélo, termine-t-il. Donc de plus en plus de gens qui veulent se différencier. Donc si la base est plus large, le sommet de la pyramide devient lui aussi de plus en plus large. Les gens cherchent à avoir un vélo unique. »

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