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Le blues du spectacle vivant…

22 janvier 2021
par  Jessica Defgnée
( Le virus de la débrouille , Presse écrite )

L’heure des fêtes de fin d’année a sonné… Une sortie culturelle égaye souvent le programme de ces soirées si particulières en cette période de l’année. Pourtant, en décembre 2020, salles de spectacles et centres culturels resteront fermés… Les artistes se blottiront sous la couette au lieu d’enflammer le public… Les producteurs et organisateurs prieront pour des lendemains meilleurs en 2021…

Le milieu du spectacle vivant a le blues. Le temps devient long. Très long… « Nous sommes tous résignés, lassés mais on attend que cela passe pour pouvoir reprendre le chemin de la scène », témoigne Manon Lepomme, humoriste liégeoise qui cartonnait avec son spectacle « Non, je n’irai pas chez le psy… », un seul en scène qui tourne depuis 4 ans et avec lequel elle a conquis le public belge et français. Le Covid a donc frappé en plein vol l’artiste qui était parvenue à se faire un nom. Pas question pour autant d’aller s’allonger sur un divan malgré la situation dramatique que vit le secteur culturel depuis mars dernier. « Je suis allée aux… fraises. J’avais besoin de sortir de mon appartement, de voir du monde, de discuter… J’ai donc participé, lors du premier confinement, à la récolte au sein d’une ferme proche de chez moi. Et j’ai appris pas mal de choses sur l’agriculture et les fraises. J’en ai également profité pour effectuer des travaux dans ma nouvelle habitation. Et, depuis le début du deuxième confinement, je m’engage auprès de la Croix-Rouge. Le sans-abrisme est une cause qui me touche. »

Le digital, un outil complémentaire

Le contact reste le moteur de l’artiste qui se refuse à proposer ses prestations sur une quelconque plateforme digitale. A l’instar de Matt Pokora ou Jenifer qui ont récemment presté dans une salle vide, connecté à leur public par écran interposé. « J’ai refusé de jouer un sketch destiné à être enregistré puis diffusé car ce n’est pas ça, mon métier. Je veux jouer dans une salle, partager avec les gens… » Un retour à la réalité, même masquée, attendu avec impatience par tout un secteur.
« Le digital doit être vu comme un outil complémentaire pour amplifier la caisse de résonnance du spectacle vivant », témoigne Christian Lassaux, le directeur du centre culturel de Seraing . « Nous avons utilisé cette technologie pour mettre à l’honneur les artisans de notre rendez-vous annuel : « le père Noël est un artiste ». Il faut se montrer créatif et force est de constater que cet outil offre des possibilités que nous allons saisir à l’avenir. La réalisation de capsules sur les artisans présents apportait assurément un plus. »

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Le centre culturel de Seraing
© Jessica Defgnee
Le public plus fidèle que jamais

Etre inventif, garder les équipes en éveil, être focus sur 2021, voilà les défis des différentes équipes de programmation et de production à l’aube d’une année qui sera encore jalonnée d’embuches pour le secteur culturel qui, secrètement, espère une réouverture courant février. « Soyons clairs, si on ne peut pas confirmer la programmation de nos artistes pour le printemps dans les différentes salles de Wallonie et Bruxelles, le report à l’automne 2021 sera inéluctable », intervient Audrey Jacot, active au sein d’une société de production-diffusion en charge d’artistes internationaux tels que Garou, Messmer ou encore Véronic Dicaire. « Jusqu’à présent, nous n’avons pas dû faire face à une vague de remboursements. Les gens tiennent bon et acceptent les reports en cascade car ils ont envie de voir leurs artistes préférés. »

Une tendance constatée également pour les Francofolies de Spa qui, au printemps dernier, avant le confinement, battaient des records de vente grâce à une affiche de grande qualité. Une affiche amputée de quelques noms mais largement confirmée pour 2021 « et les festivaliers nous ont fait confiance, nous ont soutenus en se projetant sur 2021 », se réjouit Marc Radelet, l’attaché de presse du Festival.

Vaccin, masques, tests rapides…

Si le compte à rebours est bel et bien enclenché pour les différents programmateurs qui espèrent ne pas devoir redessiner une énième fois leurs tournées et autres saisons culturelles, les organisateurs de Festival, eux, retiennent leur souffle. Le vaccin devrait apporter cette bouffée d’oxygène tant espérée. « Mais, rien est acquis… On s’est fédéré entre festivals pour parler d’une seule voix… Les masques mais aussi des tests rapides, permettant ainsi d’assurer un festival save, sont des solutions qui sont sur la table. Tout dépendra de la situation sanitaire à l’approche de l’été », reconnaît Marc Radelet.

Une chose est certaine, cette pandémie a plongé l’ensemble du secteur dans la difficulté. « Je suis en colère car le secteur culturel n’a pas été bien géré en termes d’aide. J’ai personnellement la chance de percevoir le droit passerelle en tant qu’indépendante mais certains galèrent réellement et enchaînent les petits boulots pour s’en sortir et ce n’est pas évident pour eux », martèle Manon Lepomme.
Et, pour celles et ceux qui ont été aidés, ce ne fut finalement qu’une goutte d’eau dans l’océan.

Dans quelques mois, Spa vibrera, les caravanes reprendront la route à Seraing, Manon Lepomme retrouvera son public masqué… L’été 2021 sera donc culturel ou ne sera pas…

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