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Le Vestiaire, solidaire et écoresponsable : « On veut contrer la ‘Fast fashion’ »

9 juillet 2021
par  Romain Izzard
( Demain, après le virus... , Presse écrite )

Le magasin de seconde main du CPAS de Court-Saint-Etienne accueille autant un public précarisé que les amateurs de fringues vintage. Dans tous les cas, l’idée est de consommer mieux.

La façade du Vestiaire « À long, à Court » ne paye pas de mine dans l’avenue de Wisterzée, à Court-Saint-Étienne. Une petite lumière et une affiche « Un livre acheté, un livre offert » sont peut-être les seuls signes distinctifs d’un magasin.

Pour y voir plus clair, il faut appuyer sur la sonnette et patienter quelques instants que l’on vienne nous ouvrir la porte. À l’intérieur, on retrouve un peu de chaleur humaine, même si le masque et la distanciation sociale sont toujours de rigueur, et, surtout, beaucoup de vêtements. Des caisses entières à ranger dans les rayons de fortune. Emmanuelle De Backer, responsable, pose le décor : « Tout le monde est la bienvenue ! ». Car le Vestiaire n’est pas un magasin comme les autres.

Lancé vers 2007-2008 par le CPAS, il a d’abord été conçu comme un magasin social, un petit endroit où l’on échangeait les habits. « La vocation première était de permettre aux habitants précarisés de se vêtir correctement et à petit prix. C’est toujours le cas aujourd’hui, confirme la responsable. Nous avons également des livres, des DVD, des jouets, des jeux de société, de la mercerie, de chaussures, des articles de sport, etc. Pour les enfants, les dames, même de grande taille, et, de façon un peu plus restreinte, pour les hommes. »

Sans jugement, les clients sont accueillis comme dans un vrai magasin. Tout le monde a sa carte de fidélité. « Pour les bénéficiaires du CPAS, on applique une réduction de 50 %. C’est automatique, ils n’ont même pas besoin de le dire. »

Et l’argent récolté sert bien à quelque chose : « Tous les bénéfices, qui ne sont pas énormes parce que l’on n’a pas un but commercial en tant que tel, sont réutilisés pour pérenniser le projet, acheter du matériel pour les ateliers créatifs, et d’autres choses comme de la décoration », ajoute Steve De Wevere, président du CPAS de Court-Saint-Etienne.

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© Romain IZZARD

« De la seconde main, oui, mais de qualité »

Mais aujourd’hui, il ne faut plus parler de magasin social mais de magasin de seconde main. Emmanuelle De Backer, qui travaille à mi-temps au Vestiaire, y tient. « Notre clientèle est variée, explique-t-elle. Il y a des personnes avec des petits budgets, mais aussi des passionnés de vintage qui vont dénicher des pièces uniques ou encore des personnes qui s’habillent en seconde main pour des raisons éthiques et écologiques. Ce que l’on veut, c’est contrer cette “fast fashion”. »

Mais cela ne veut pas dire que le Vestiaire accepte tout et n’importe quoi. « C’est de la seconde main, oui, mais il faut que cela soit portable et de bonne qualité. De plus, nous sommes une petite structure, avec peu de bénévoles et sans lavoir à disposition. On demande juste que les vêtements arrivent lavés et en bon état. Après, lorsque notre couturière voit une pièce avec du potentiel, on peut la valoriser pour lui faire prendre de la valeur. Car, même si nos prix sont bas, on doit quand même être un peu rentable. »

Le reste – invendus et vêtements trop usés – est donné à l’ASBL Les Petits Riens, qui est déjà une plus grosse structure. « On est dans une grande boucle où l’on essaye de donner une seconde chance à un habit. »

Dynamique sociale

Forcément, le Vestiaire existe grâce à la dynamique des dons. Alors, c’est vrai, les locaux sont parfois en désordre lorsque des sacs de vêtement et de jouets arrivent. Mais toute la machine est bien huilée grâce au soutien précieux des bénévoles. « Ce sont surtout des femmes, mais aussi un homme, de 19 à 80 ans et de tous horizons sociaux, explique Emmanuelle De Backer. Un article 60 travaille également à mi-temps. »

Ces bénévoles donnent environ trois heures et demie de leur temps par semaine. « Elles sont présentes à l’ouverture et à la fermeture. Elles accueillent le client, réceptionnent les dons et mettent en rayon les vêtements. Elles s’investissent beaucoup. Et le Vestiaire est inséré dans une dynamique collective au sein de Court-Saint-Étienne, avec des ateliers créatifs de tricot, de couture. On est peut-être qu’une goutte d’eau, mais on est déjà fier de cela ! »

Pour le volet institutionnel, le président du CPAS annonce un gros projet pour pérenniser la structure. « Le Vestiaire a déménagé il y a un an du n°43 au n°70 de l’avenue de Wisterzée. On est passé d’un bâtiment privé, détruit dans le cadre d’un projet immobilier, à un bâtiment acheté par la Commune. Mais ce dernier est en zone d’expropriation et n’est pas voué à durer très longtemps. On voudrait acheter un vrai bâtiment commercial situé dans la même avenue. Les pourparlers sont en cours avec le propriétaire et cela est déjà budgété au niveau du CPAS », conclut Steve De Wevere.

Le magasin est ouvert trois jours par semaine (mardi, jeudi et samedi) de 9 h 30 à 12 h 30. Il est possible de déposer des dons pendant les heures d’ouverture ou sur rendez-vous.

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