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Le TAMAT renoue les fils de la tapisserie

9 décembre 2020
par  Gilles Bechet
( Le virus de l’art , Presse écrite )

Par la richesse de ses collections, son travail de restauration et ses ateliers de recherches, le TAMAT remet en lumière la capacité de métamorphose de la tapisserie. Un art où la ville de Tournai rayonne de la Renaissance à l’époque contemporaine.

Un petit symbole en forme de tour dans le liseré inférieur de la tapisserie indique son origine tournaisienne. Il fut généralisé sous le règne de Charles Quint pour identifier le lieu de production car, à l’époque dans nos contrées, plusieurs cités licières, Bruges, Bruxelles, et Tournai rivalisaient dans la création des tapisseries les plus somptueuses. Aujourd’hui dans la capitale Picarde, la tapisserie n’est pas que de l’histoire ancienne, car avec le Tamat la ville accueille un lieu unique en Belgique. Installé dans la coquille d’un hôtel de maître néo-classique situé à deux pas du Musée des Beaux-Arts, le Centre de la Tapisserie, des Arts Muraux et des Arts du Tissu rassemble, sous le même toit des salles d’exposition, un centre de conservation et de restauration, ainsi que des ateliers de recherche ouverts à des étudiant.es boursier.es. La collection permanente du TAMAT qui abrite aussi les acquisitions de la Fédération Wallonie Bruxelles, de la Province du Hainaut ou de la Ville de Tournai, met en lumière la richesse de son patrimoine de la riche histoire de la tapisserie contemporaine, en Belgique et particulièrement dans la cité aux cinq clochers.

Rénover la tapisserie de Tournai

Fier de ses racines, le musée expose huit tapisseries du 16e siècle parmi lesquelles une commande de Philippe le Bon pour décorer l’Hôtel des Chevaliers de la Toison d’Or. L’histoire de Gédéon raconte le siège de Jérusalem par les Romains avec des personnages habillés comme au XV e siècle. Une fascinante plongée dans l’époque des Ducs de Bourgogne. S’il y a eu quelques initiatives avant-guerre, l’histoire de la tapisserie contemporaine commence avec le collectif Forces Murales. Roger Somville, Edmond Dubrunfaut et Louis Deltour s’associent en 1947 avec l’objectif de rénover la tapisserie de Tournai et les arts muraux en général. Dans l’esprit de reconstruction humaniste propre à l’après-guerre, le trio s’engage dans un art public et social, magnifiant la figure du travailleur et de l’homme du peuple. Paul-Henri Spaak leur fera commande de tapisseries monumentales pour orner les murs des ambassades belges. Ils renouvelleront aussi le langage de la tapisserie multipliant les collaborations avec des architectes comme le fera notamment Jean Lurcat en France avec Le Corbusier.

Dans la fin des années 50, la tapisserie affirme une force visuelle et une diversité du langage qui lui sont propres. La tapisserie de lice se voit confortée an sa vocation décorative et murale. Des peintres s’y intéressent. On voit apparaître de plus en plus de femmes et on y découvre des correspondances inattendues comme le Nocturne de Mary Dampiermont qui aurait pu sortir des passages les plus sombres de La Belle au bois dormant de Disney.

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Forces murales, La vérification des filets, 1950, Collection Ministère des Affaires étrangères.
© Gilles Bechet
Une poétique présence

Dans les années 60 et 70, l’innovation vient aussi du travail du volume et de la matière avec l’apparition de nouveaux matériaux dans ce qu’on a appelé la Nouvelle Tapisserie. Une artiste comme Tapta Wierusz-Kowalski, qui a longtemps vécu en Afrique, introduit la corde, le crin et le sisal comme dans La sauvage et sera une des figures importantes de la tpisserie dans notre pays. Dans la période contemporaine, la tapisserie prend toutes les libertés. Jean-François Octave reste fidèle à la technique de la tapisserie pour l’amener dans une monumentale composition tridimensionnelle qui interpelle le spectateur de son regard paisible. Marce Truyens fusionne sculpture et tapisserie avec ces tipis en bronze qui reproduisent les entrelacs du tissage. Dans sa longue robe crochetée en coton et lurex, Olga Boldyreff crée une poétique présence par l’absence de forme humaine.

Centre d’expérimentation, le TAMAT offre à huit jeunes artistes un espace de recherche dans les arts du textile au sens large. Créée en 1981, cette Bourse a accueilli bon nombre d’artistes qui ont fait par la suite un beau parcours comme Michel François, Ann-Véronica Janssens, Edith Dekyndt, ou encore Angel Vergara. Des ateliers sont mis à leur disposition pour une année. S’ils peuvent choisir de travailler chez eux ou sur place, leur présence est requise au minimum un jour par semaine, le jeudi. L’occasion pour eux d’échanger avec les deux conseillers artistiques mis à leur disposition et de de participer à des rencontres avec des créateurs, à des conférences ou à la vie de l’atelier de restauration. Cette année de travail individuel se conclut par une exposition et par l’acquisition d’un de leurs œuvres par le TAMAT qui peut ainsi documenter l’évolution et la diversité de l’art textile en Belgique au 21ème siècle. Du 3 janvier au 21 février 2021 une expo Pop-up présente le travail de recherche des huit derniers boursiers. Parmi ceux-ci, Maïlis Lecoeuvre qui invite les techniques du vêtement liturgique traditionnel dans le monde futile et scintillant de Kim Kardashian. Lina Manousogiannaki appelle au sens du toucher en combinant broderie et photographie. Ou encore Lisa Plaut qui engage un dialogue avec les tapisseries anciennes de la collection du musée, en s’inspirant des imprimés des boîtes de pizzas surgelées. Libérée des murs et de l’emploi exclusif du textile, la tapisserie est désormais, un art fondamentalement hétérogène où les formes, la matière et la couleur se cherchent et se trouvent. Un art où Tournai, plus que jamais, noue les fils entre passé, présent et avenir.

Tamat
9 Place Reine-Astrid
7500 Tournai
Réouverture le 03.01.21
Du mercredi au lundi
De 09h30 à 12h et de 14h à 17h
Fermeture le dimanche matin
www.tamat.be

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