JOURNALISTE FREELANCE.BE Le site des journalistes indépendants

Le Slibard : "Le mieux pour s’habiller, c’est le seconde main. Sauf pour les sous-vêtements"

12 juin 2020
par  Pierre Lambert
( Le virus de la débrouille , Presse écrite )

Malgré la crise, deux jeunes Belges se sont lancés dans le sous-vêtement écoresponsable en créant un slip pour hommes et pour femmes.

A l’heure actuelle, de plus en plus de gens décide de devenir auto-entrepreneur et ont l’envie de vivre de leur projet. La crise actuelle du covid-19 risque de renforcer ce sentiment tout en y ajoutant la touche responsable et écologique. Slibard, c’est une société belge de sous-vêtement qui est parti de ce constat.

Depuis quelques mois, deux jeunes Belges ont décidé de revoir la fabrication des slips : "Nous avons tous les deux travaillé pour des grandes sociétés pendant quelques années et on a eu l’envie de lancer un projet avec le plus d’impact possible. L’idée de Slibard est rapidement venue. Aujourd’hui, le mieux pour s’habiller avec le moins d’impact possible, c’est d’acheter via le seconde main. Mais c’est plus compliqué pour les sous-vêtements. De là est partie l’idée de créer des slips et d’amener l’empreinte la plus éco-responsable possible en utilisant le coton biologique et la vente par Internet", commence Gauthier Lagae, l’un des deux créateurs de la marque.

Un crowfunding pour tester le marché et un produit distribué en avril

Avec Ségolène, l’autre personne à la base de Slibard, nos deux jeunes entrepreneurs sont d’abord passé par la case crowfunding (Ulule) pour tester le marché. "On voulait à travers cette campagne voir si le produit et le concept allaient plaire. On a eu 600 précommandes et on en a vendu 1330 slips, ce qui représente 200% de notre objectif. Avec tout cet argent, plus de 30 000 euros, on a pu financer toute la production tout en ayant un petit stock", continue Gauthier.

De l’Inde à la Belgique, en passant par le Portugal

A l’heure actuelle, pour trouver du coton biologique, il faut le plus souvent aller vers l’extérieur de l’Europe. C’est donc vers l’Inde que Gauthier et Ségolène se sont tourner pour trouver la matière première : "Malheureusement le coton, c’est dans des pays plus distants que le nôtre. Il est bio et vient d’Inde. Pour ce qui est de la production, on s’est tourné vers le Portugal. Et puis on distribue en Belgique via l’e-commerce."

Si le Portugal a été choisi, c’est parce qu’il n’existe pratiquement rien en Belgique et que le pays du Sud de l’Europe est bien connu pour son expertise dans la fabrication du vêtement : "L’expertise dans le tissu et la qualité, ainsi que les prix, le Portugal, c’est vraiment le top. On a demandé à d’autres Start-up Belges et la plupart nous a orienté vers le Portugal. Car en Belgique, on n’a pas trouvé d’usine dans le textile. Il y a très peu de solutions et on s’est assez vite dirigé là-bas. Mais on est ouvert à toute amélioration et tout ce que l’on peut faire en Belgique."

Si le Portugal a été choisi, cela n’a pas été de tout repos pour trouver un producteur qui accepte de produire quand on se lance dans le vêtement. La crise actuelle ne fait que renforcer ce sentiment. Car les entreprises investissent quasi dans des projets déjà bien rodés et peu dans de nouvelles structures comme celle de Slibard : "Même s’il y a énormément de choix de producteurs au Portugal, une de nos plus grandes difficultés a été de trouver un producteur qui voulait travailler avec nous. Aujourd’hui, on peut montrer un peu de crédibilité alors qu’au début c’était très compliqué. Les entreprises préfèrent travailler avec des gens qui ont déjà une marque et pas avec une petite start up. On a contacté plus de 100 producteurs et seulement deux ont répondu positivement."

Des slips, mais aussi un message

Une fois l’argent récolté, les slips ont pu être fabriqués et distribués. En mai, l’e-shop fait son apparition. Des caleçons, des boxers pour hommes, mais aussi des culottes pour femmes sont en vente. Et les modèles sont imprimés avec des abeilles ou des ours polaires.

Car, en plus des vêtements bio, il y a aussi un message que les deux entrepreneurs veulent faire passer. A chaque achat, 15% des bénéfices sont reversés à une association qui lutte pour la protection des espèces menacées. En ce moment, l’argent est destiné à Un toit pour les abeilles et à Ecosystem Restoration Camp, œuvrant à restaurer les écosystèmes dégradés pour la préservation des animaux menacés, dont les ours polaires. "Les abeilles, c’est assez personnel. C’est un animal qu’on oublie souvent, mais qui est pourtant extrêmement important pour la biodiversité. En plus de faire attention à l’achat des sous-vêtements, on veut y ajouter une sensibilisation à la nature. Les 15% des bénéfices, ça correspond à un euro sur le prix du vêtement."

Slibard continue avec de nouvelles collections

Actuellement, il reste encore des modèles à acheter sur le site, mais plus beaucoup. La volonté est de ne pas avoir un stock trop important tout en testant le marché. Du coup, Slibard réfléchit déjà aux collections suivantes : "On veut continuer à lancer des collections, avec un nouvel animal en voie de disparition. L’idée, c’est aussi de faire des chouettes petites collections avec des associations directes et d’améliorer le produit au niveau de son empreinte. Un exemple, ce serait d’avoir un packaging réutilisable."

L’entrepreneuriat, compliqué sans aide ?

Actuellement, il y a une tendance à se lancer dans un projet et quitter son CDI. Aujourd’hui, Gauthier et Ségolène ne peuvent pas encore vivre à 100% de leur entreprise. "Beaucoup de gens veulent se lancer dans une aventure différente et vivre de son projet. On lance un business à côté de son boulot afin de garder une rentrée d’argent. C’est un peu un rêve pour nous de pouvoir en vivre tout en ayant un impact."

On le voit les deux entrepreneurs ont le virus de l’entrepreneuriat. Un virus qui est contagieux aujourd’hui, mais qui demande pas mal de sacrifices, mais aussi d’être bien entouré comme nous le confirme Gauthier : "Oui, c’est hyper important. Nous, on s’est lancé comme ça, mais on recherche aujourd’hui un incubateur ou un suivi. C’est important d’avoir des personnes externes pour nous donner des objectifs et challenger l’entreprise."

"Se lancer seul, c’est compliquer", ajoute Ségolène. "Moi, c’est vraiment Gauthier qui m’a donné la force de me lancer dedans. A deux on est déjà plus fort et ça nous a aidé dans l’aventure, mais ce n’est pas mal de s’entourer de gens d’expérience."

Partager :