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« La solidarité, moteur des combats d’une vie »

17 juin 2021
par  Didier De Hoe
( Le virus de la solidarité , Presse écrite )

La fraternité coule dans ses veines. Septuagénaire aux mille talents, la Hutoise Michèle Quinet-Le Docte dédie son existence au bonheur des siens, et à celui des autres. Rencontre.

À l’instar d’un certain Obélix, accidentellement tombé dans la magique potion, Michèle Le Docte est plongée dès son plus jeune âge dans un envoûtant multiculturalisme. Née de maman haïtienne et de père belge, elle voit le jour à Matadi, sur la rive gauche du fleuve Congo.

En vue d’y exercer son métier d’ingénieur en travaux publics, son père Max emmène ensuite toute la famille à Kananga, dans le Kasaï. Michèle y grandira jusqu’à l’aube de son seizième anniversaire, en marge de l’indépendance de son pays natal et d’une évacuation obligatoire.

« Je garde, gravée en mémoire, l’image du survol de Melsbroek, notre aéroport de destination, se souvient-elle. Pas une seule forêt ne se dessine au travers du hublot. Rien que des alignements, un paysage hostile où tout semble si moche. Malgré l’été européen, l’impression de glacialité ambiante me déstabilise… »

Lors de ce qu’elle assimilerait volontiers à une déportation, Michèle se laisse guider par des bénévoles de la Croix-Rouge, chargés d’accueillir au mieux ces « réfugiés » débarquant de la colonie en perdition.

L’adolescente est marquée par l’extrême bienveillance de son interlocutrice. « Une dame s’approche de moi, elle me parle puis m’emmène vers des tentes et hangars, évoque-t-elle. Là, au vestiaire, elle me remet un joli petit blazer. Je lui réponds que je ne peux pas le prendre car je ne sais pas quand et comment le lui rapporter. D’une voix rassurante, la dame me rétorque que le vêtement est pour moi, pour toujours. »

Michèle vit aujourd’hui dans une coquette demeure proche du centre de Huy, elle aussi chargée d’histoires. Passé le portail et après avoir gravi quelques marches, l’accueil s’organise dans un vaste couloir central.

La salle à manger se trouve en face, la cuisine et les sanitaires sur la gauche. À droite de l’entrée se dévoile un agréable salon dans lequel Michèle peut se ressourcer au milieu de multiples empreintes d’un parcours atypique, ici et d’ailleurs.

Par la fenêtre de la cuisine apparaissent une grande table de jardin, quelques chaises en fonte et des jeux d’extérieur qui rappellent le bonheur de ses quatre enfants et, à présent, les visites de leurs neuf joyeux descendants.

On y devine encore la maison de Christine, l’ancienne voisine dont l’heureux retour est imminent. Le chien de Michèle et celui de Christine avaient, eux aussi à l’époque, fondé une grande famille…

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Michèle, insatiable porteuse de bonheurs.
© Didier De Hoe
Un doux parfum des îles

Durant ses deux premières années belges, Michèle Le Docte termine ses humanités à Fragnée. Elle obtient ensuite un graduat de technologue de laboratoire clinique avant de compléter sa formation, à l’université de Liège, par une licence en sciences de la santé publique. Titulaire d’une agrégation, elle enseignera ses matières de prédilection, durant près de quatre décennies, à l’école supérieure du Barbou, là où elle a aiguisé ses premières armes scientifiques.

Devenue Michèle Quinet-Le Docte, la Liégeoise attend son quatrième bambin lorsque qu’elle suit son mari Claude, professionnellement contraint de quitter la Cité ardente pour rallier celle du Pontia. Se refusant à épouser le statut restrictif de femme au foyer, la jeune trentenaire décide de poursuivre sa carrière d’enseignante en Outre-Meuse.

Une jeune Mauricienne répond alors à l’annonce diffusée dans le journal local en vue de s’occuper du bébé et du reste de la fratrie. « Dolly était une femme sympathique comme tout, le courant est instantanément bien passé, c’était une nounou extraordinaire, se rappelle Michèle. Pour la petite histoire, mon dernier m’a un jour avoué qu’il pensait que Dolly était sa maman. »

Alors que ses petits-enfants la surnomment Mamouche, elle enfile les lunettes de Mamy Michèle chez les écoliers des Bons-Enfants et de l’athénée de Huy. « Membre active depuis une quarantaine d’années du comité de la ligue des familles, j’aime lire des récits à haute voix aux élèves du primaire, dans le cadre du prix Versele, histoire de leur transmettre le goût de la lecture », confie-t-elle.

Quant à Mummy, c’est le tendre surnom que lui attribuent les « amigrants » encadrés par la plateforme citoyenne d’accueil à laquelle elle adhère pleinement. « Pour avoir dû fuir le Congo et m’exiler en terre alors inconnue, je peux aisément comprendre les difficultés de ces personnes qui traversent notre pays, avec l’espoir d’un avenir meilleur en Grande-Bretagne », confie Michèle, qui leur apporte quotidiennement un précieux réconfort matériel et psychologique.

Bénévole aux maintes casquettes

Membre du conseil francophone des femmes, déléguée syndicale, fondatrice de l’association des licenciés en santé publique, Michèle Quinet-Le Docte reste encore l’un des piliers du club Soroptimist de Huy, ce mouvement féminin qui porte la voix et les préoccupations des femmes.

Dans la longue liste de ses activités militantes et engagées, la Croix-Rouge tient également une place de choix. Après un premier emploi au centre liégeois de transfusion sanguine de la rue Dos Fanchon, Michèle poursuit un volontariat ininterrompu au sein de l’organisation internationale humanitaire. De la vente de vignettes au conseil d’administration de la Croix-Rouge de Belgique, elle s’y active à différents niveaux, occupant entre autres les présidences locale et provinciale.
Son engagement se perpétue aujourd’hui avec l’accueil de candidats volontaires. « En cette période de crise sanitaire, j’organise des visioconférences à leur attention, leur expliquant les valeurs de l’organisation, précise-t-elle. L’idée est de les encourager à poser le bon choix, d’orienter correctement leur volontariat en sachant que la Croix-Rouge, ce n’est pas n’importe quoi. »

La septantaine bien engagée n’empêche pas Michèle Quinet-Le Docte d’assouvir sa bienveillante hyperactivité. Elle peut fort heureusement se contenter d’une moyenne de cinq heures de sommeil par nuit.

Mais le portrait de la femme de cœur s’avèrerait bien incomplet sans l’évocation de « son » service d’éducation à la santé, dont elle est la présidente-fondatrice. Créée à Huy au milieu des années 1980, à l’heure de l’émergence du sida, cette institution devenue une véritable maison médicale se concentre d’abord sur l’aide aux toxicomanes et la promotion d’une alimentation plus saine.

L’équipe pluridisciplinaire regroupe des professionnels de diététique, de psychologie, de sociologie, de criminologie, ainsi qu’une infirmière en santé publique, une assistante sociale, une assistante administrative ou encore une coordinatrice générale. Elle est désormais spécialisée dans la promotion de la santé en milieux carcéral et interculturel.

Ah oui, dans quelques semaines, l’inépuisable Michèle Quinet-Ledocte retourne en République démocratique du Congo. Avec les bénévoles du Maillon humanitaire, elle y participe à l’aménagement d’un laboratoire d’analyses médicales dans un région qui en est dépourvue…

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