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La région verviétoise compte désormais 11 vignobles

15 juillet 2021
par  Loïc Manguette
( Tout... sauf le virus ! , Presse écrite )

L’attrait pour le vin grandit en région verviétoise. D’un seul vignoble de 0,25 hectare en 2009, on est désormais passé à 11 vignobles sur plus de 21 hectares. Malgré les difficultés climatiques, des passionnés, principalement, relèvent le défi dans la région.

Voici 5 à 10 ans, la Wallonie a connu une explosion des micro-brasseries sur son territoire. Elles étaient 26 brasseries reconnues en 1986. La Wallonie en compte aujourd’hui plus de 160 selon le listing établi par l’asbl Zythos, spécialisée dans le domaine. Et encore, certaines sont certainement passées sous les radars.

Après la bière, le vin connaît une croissance similaire depuis quelques années en Wallonie, comme l’a fort bien résumé Marc Vanel, journaliste spécialisé dans le vin depuis une grosse dizaine d’années, dans une série d’articles sortis sur son blog voici peu.

Un seul en 2009

En 2009, dans l’ouvrage « Vignobles de Belgique » sur lequel il a collaboré avec Eric Boschman notamment, on recensait 38 vignobles wallons. Aujourd’hui, à l’heure d’écrire ces lignes, on en compte 178 en Wallonie pour un total de plus de 350 hectares.

Et la région verviétoise n’échappe pas à la règle. En 2009, la région ne comptait qu’un seul vignoble si l’on en croit les recensements réalisés par Marc Vanel. Le petit clos du Chèvrefeuille à Membach (Baelen) qui ne fait que 0,25 hectare. Depuis, 10 autres vignobles sont venus s’ajouter au paysage verviétois pour atteindre un total de 21,62 hectares à l’heure actuelle.

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Vignes du pays de Herve
© Loïc Manguette

En tête de proue des vignobles verviétois, on retrouve la coopérative Vin du Pays de Herve avec ses 8 hectares de vignes répartis sur six parcelles (2 à Hombourg, 2 à Montzen, 1 à Aubel et 1 dernière à Clermont). C’est en 2017 que Michel Schoonbroodt, le directeur, et les autres coopérateurs se sont lancés dans l’aventure. « Notamment parce que Vin de Liège a montré que c’était possible », insiste-t-il. Et malgré la difficulté du projet, du côté de Vin du Pays de Herve, on s’est bien rendu compte que si on ne se lançait pas, d’autres le feraient. Et ils ont eu le nez fin puisque depuis le début de l’aventure, sept autres vignobles ont vu le jour.

De la place pour tous

Mais on n’a pas peur de la concurrence du côté de Vin du Pays de Herve, loin de là. « Il y a la place pour tout le monde ici en Wallonie. D’ailleurs, on donne régulièrement des conseils à des vignerons qui veulent se lancer. On dit souvent que le Wallon boit, en une journée, la production d’une année. Donc même si on fait fois 2 ou fois 3 plus, il n’y a pas de souci », sourit Michel Schoobroodt. Marc Vanel renchérit : « Les 350 hectares de vignobles wallons, c’est un gros vignoble dans le Languedoc ». Autant dire qu’il y a de la marge.

Peu de vignobles au sud à cause du climat

Si la région verviétoise compte 11 vignobles, c’est bien moins que ce que l’on peut avoir du côté de Liège ou de Huy-Waremme, pour ne prendre que la province de Liège. La cause ? Le climat, bien évidemment.

L’ingénieur-oenologue Vincent Dienst a écrit quelques fiches techniques, pour ceux qui désireraient se lancer dans le vin. La région verviétoise fait face à trois difficultés. L’indice héliothermique de Huglin (IH), d’abord. Cet indice climatique est basé sur la température et la durée du jour. Il est utilisé pour comparer les régions viticoles. En Belgique, il varie entre 1.100 et 1.700. En dessous de 1.300, Vincent Dienst considère qu’il devient très complexe de faire pousser la vigne. Or, la quasi totalité de la région verviétoise est dans cette zone. Seule une petite partie, principalement le Pays de Herve et quelques zones à l’ouest de Verviers sont au-dessus de 1.300, voire 1.400.

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© Loïc Manguette

Gel et pluie

« Le gel, c’est une vraie difficulté, c’est vrai », assure Chris Engels, du vignoble Vinadis, qui exploite des parcelles à Mont-Dison et Wegnez. « Le climat, c’est un vrai défi, ajoute Jacques Purnode. Surtout moi à Val-Dieu, avec la Berwinne qui passe tout près, certains disent que j’ai l’un des vignobles les plus froids ».

La pluviométrie peut également être un problème. De même que l’ensoleillement. La région verviétoise est l’une de celle où il pleut le plus par an, ce qui favorise les maladies de la vigne. Le manque d’ensoleillement a, lui, un impact sur la maturité du raisin. « Cette année, avec le temps que l’on a eu au printemps, on est en retard d’ailleurs. Il y a un risque que les raisins ne soient pas assez mûrs si l’été n’est pas bon », note Jacques Purnode.

Le pétillant a de l’avenir

Ces éléments font qu’on va davantage vers du vin blanc, voire du vin pétillant en région verviétoise. « Les pétillants n’ont pas besoin d’un raisin très mûr. Donc, c’est parfait par rapport au climat belge », assure le viticulteur de Val-Dieu. Tout le contraire de certains vins rouges, que Vincent Dienst juge difficiles à cultiver dans la région.

Où trouver les vins ?

La question que tout le monde se pose désormais, c’est où peut-on goûter les vins ? Et c’est un peu le problème actuellement. Si les projets se multiplient, il faut attendre trois ans après la plantation des premières vignes pour pouvoir faire les premiers vins. Puis s’ajoute la vinification.

Créée en 2017, la coopérative Vin du Pays de Herve vient seulement de sortir ses deux premiers blancs. Mais ils ont été réservés aux coopérateurs. Chris Engels, de chez Vinadis, entrevoit une première mise en bouteille cette année et donc des premiers vins pour 2022.

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© Loïc Manguette

Chez nous, deux vignobles sont assez avancés que pour pouvoir aujourd’hui présenter une gamme de vin. Raphaël Wadeleux avec son Clos Lognay et Jacques Purnode avec son Domaine Holliguette. « Mais si la vinification est la partie la plus amusante, c’est également la plus compliquée », indique Jacques Purnode. Pour goûter ces vins verviétois, le plus facile est de contacter les vignerons.

Des petits vignobles

On le remarque en regardant la liste des domaines, mais surtout leur taille, la plupart sont des petits, voire de très petits domaines. Six des onze vignobles de l’arrondissement verviétois font en effet moins de 0,5 hectare. Par rapport aux vignobles français, voire à Vin du Pays de Herve, c’est très peu. « Mais un demi-hectare, ça représente tout de même 2.500 bouteilles. Il faut savoir les écouler », sourit Marc Vanel.

Mais ce qui est sûr, c’est que les petites structures n’ont pas d’objectif pécuniaire. « Pour beaucoup, s’occuper d’un vignoble, c’est un hobby. En Wallonie, il y a une dizaine de grosses structures, mais pour le reste, c’est surtout pour son propre plaisir », ajoute le journaliste.

11 nuits sans dormir

Passionné, Jacques Purnode l’est. Il exploite depuis 2013 déjà le domaine Holliguette, situé juste à côté de l’abbaye du Val-Dieu. Une petite exploitation de 0,33 hectare.

Et malgré la petitesse de son vignoble, c’est énormément de boulot insiste-t-il. Notamment pour tenter de contrer le gel. « L’an dernier, j’ai passé 10 nuits sans dormir pour mettre des bougies et 11 cette année », insiste Jacques Purnode. Et puis, il y a tout le travail de la vigne au jour le jour. Il a d’ailleurs un saisonnier qui vient l’aider. « Puis une fois les vendanges passées, il y a tout le travail de vinification. C’est chouette, mais ça prend beaucoup de temps ». Ce qui lui fait dire qu’il faut avoir les reins bien accrochés pour s’occuper d’un vignoble.

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