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L’humain au centre de l’entreprise

5 février 2021
par  Marina Laurent
( Le virus des héros comme des gens ordinaires , Presse écrite )

A l’heure où la crise du covid est appelée à bouleverser la société et son économie, Marc Vossen - patron de Ngroup – y voit une opportunité pour redéfinir le lien entre les êtres humains mais également le rapport avec leur environnement. Une petite révolution entreprise pour eux il y a presque 10 ans et qui installe aujourd’hui le groupe comme le premier du marché des radios francophones. Leur stratégie ? L’humain au centre et de la bienveillance tout autour.

Ce matin, le CEO de NGroup (Nostalgie, NRJ et Chérie Belgique) est déçu. Il a reçu le coup de fil d’un autre CEO qui lui disait « Marc, tu es un super patron mais je trouve qu’avec ton livre, tu enfonces des portes ouvertes, le leadership ne s’acquiert pas, on l’a ou on ne l’a pas ». Oui Marc Vossen est déçu. Déçu de constater que son message a encore du mal à passer auprès de certains managers - considérés pourtant comme « l’élite » - qui ne voient vraiment pas l’intérêt de faire appel au développement personnel pour faire grandir leur entreprise. Il s’exclame : « Ce genre de raisonnement binaire revient à condamner tous les enfants en leur envoyant le message qu’il est impossible de s’améliorer et de grandir, c’est fou tout de même ! » s’exclame le patron dans son ancien bureau reconverti en salon de brainstorming.

Il faut dire que Marc Vossen sait de quoi il parle, à 34 ans il lisait son premier livre de développement personnel avant d’entreprendre un long chemin pour s’améliorer et transformer le patron « dictateur bienveillant » qu’il était en « leader inspiré et inspirant » qu’il est devenu. Dis comme ça, ça peut faire « bateau » sauf que Marc Vossen peut le prouver, les résultats sont là. Homme de radio depuis toujours en effet, il reprenait la tête de Radio Nostalgie en 2010 avant de diriger le groupe dans son ensemble ; aujourd’hui N group occupe 25,8% de parts de marché là où Radio Nostalgie revendique la première place du classement des radios francophones. Pour situer, jusqu’en 2003 la radio n’avait fait que perdre de l’argent pendant 15 ans.

Non le pari était loin d’être gagné en effet, le marché « belge » est rikiki, la concurrence importante et comme tout le secteur des médias, la radio fait partie de ceux qui furent les premiers à encaisser les grands bouleversements technologiques liés à l’arrivée du web. Un challenge donc mais un succès pour NGroup qui après avoir traversé ces derniers opérait dés 2011 un changement de stratégie total dans son développement en replaçant « l’humain » au centre de tout. « L’humain au centre de tout et la bienveillance tout autour » pourrait-on résumer et question gouvernance, chez Ngroup on ne cache pas s’être intéressé très tôt au fameux « leadership participatif », à savoir si l’entreprise doit toujours être rentable, elle ne peut jamais l’être au détriment ni de l’être humain ni de la terre. D’apparence plus contraignante, ce mode de gestion se révèle nettement plus rentable sur le long terme, mieux encore, selon Vossen il multiplie les bénéfices pour tous en ce compris pour l’entreprise. Plus concrètement, avant de changer l’entreprise, Vossen a entrepris de changer lui-même en commençant par véritablement s’intéresser aux gens avec lesquels il travaillait, au machinal « bonjour, ca va ? » lancé dans les couloirs sans même attendre la réponse, il se plantait devant eux le matin en attente d’une vraie réponse. Et si le moral est mauvais, il enchaînait : « Que puis-je faire pour toi aujourd’hui ? ». Un premier pas mais qui lui permettra de réaliser ensuite qu’un bon patron n’est pas celui qui a toujours raison mais celui qui - accordant de l’importance aux autres - crée un climat favorable à la coopération et à la réciprocité. Si les objectifs restent fixés par le leader, la manière de les atteindre est quant à elle laissée à 100% aux autres.

A ce premier pas, se sont enchaînés des dizaines d’autres, dont une redéfinition en commun de la vision du Groupe « un monde positif et optimiste » avant même de revoir complètement l’aménagement des bureaux - Feng Shui à l’appui - et de créer dans la foulée des salles de gaming, de brainstorming et de relaxation entre les studios.

Si cette transformation fut un succès, que dire du monde d’après ? Un nouveau challenge à l’heure du covid où la distanciation sociale fait rage et une sacrée épine dans le pied pour un groupe dont la stratégie repose sur la proximité, non seulement au sein de l’équipe mais également avec ses auditeurs. Mais Vossen en est persuadé, à ces questions, ils trouveront là-aussi les réponses car les obstacles ne sont jamais que des opportunités pour mieux avancer : « Si la covid est un drame elle peut se révéler une chance extraordinaire de changer. Notre société ne pouvait plus continuer comme ça, néolibéralisme à tout va, surconsommation, sans oublier un pillage effréné des ressources, notre société était destinée à crever. Or aujourd’hui, nous avons cette chance incroyable de tout recommencer, voire même de convaincre tous ceux que le premier confinement n’avait pas suffisamment ébranlé ». Le changement ne sera sans doute pas immédiat, mais « il sera », au-delà de la nécessité d’y croire, il faudra de la lucidité, de la volonté et du courage ; les qualités intrinsèques de tout leader, selon lui. Et puis, enfin et surtout, pour réussir – cette nouvelle transition ou plus simplement sa propre vie - il faut être capable de visualiser les résultats que l’on souhaite atteindre « la clé » de toute réussite, ce qui, il le confie lui a personnellement plutôt bien réussi. Des exemples, il en a à la pelle, comme quand jeune adulte, il se prédisait patron de radio publique à 35 ans – ce qu’il fit – ou quand il visait les 20% de parts de marché lors de son arrivée à Nostalgie alors que la radio n’en comptait que 14% à l’époque. Mais voilà, pour visualiser sa réussite, il faut être capable d’avoir une vision claire de « qui on est vraiment » et de ses objectifs de vie. Si le chemin n’est pas facile, le patron l’assure c’est souvent en cherchant dans les « madeleines » de son enfance que l’on trouve les germes de l’adulte qu’on est appelé à devenir. Il explique : « Renouer avec son enfant intérieur, c’est le premier pas, le reste, c’est de comprendre que nous sommes chacun responsable de notre destin. Il y a évidemment des chemins plus difficiles que d’autres, des circonstances plus compliquées mais personne ne peut faire ce chemin à votre place. C’est d’autant plus difficile quand le cocon est confortable mais c’est une vérité, il n’y a que vous qui portez votre destin dans vos mains ».

La chance ? Il y croit et il n’y croit pas. Au « J’ai de la chance », il préfère rapprocher les syllabes pour un « J’aide la chance », à savoir la créer plutôt que de l’attendre. Et là aussi, c’est une attitude qui passe nécessairement par les autres : « il faut apprendre à donner avant de recevoir, apprendre à porter de l’attention aux autres et à ce qui nous entoure et enfin, oser être soi ». La chance, c’est donc les autres, un principe paraphrasé sur Jean-François Zobrist (ex grand patron français reconverti dans l’entreprise libérée) qui postule que 97% des gens sont prêts à aider les autres « cela signifie qu’il y a tout de même plus de 7 milliards de personnes au monde qui sont prêtes à vous aider, c’est énorme ! » conclut avec enthousiasme Marc Vossen.

Les échecs, il confie ne pas en avoir véritablement connu, pas parce qu’il a eu de la chance mais parce que notre homme refuse d’abandonner après une première tentative « ce n’est qu’au 3ème refus qu’il faut se poser les questions de ce qui coince et revoir ensuite ce qui doit l’être ». Et de son expérience, le plus souvent les limites ne sont pas imposées par les autres mais avant tout par soi-même.

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Marc Vossen
© Anthony Dehez

Assis en tailleur sur un pouf dans la salle de brainstorming baptisée « Elvis Room » -, Marc Vossen évoquerait presque un bouddha mais il ne faut pas s’y méprendre, le Marc d’avant était nettement moins zen, il lui arrivait même souvent de claquer les portes ou de frapper dans les murs quand il n’obtenait pas les résultats qu’il s’était fixé. Non, au-delà, de ses lectures et d’un gros travail sur lui-même, ce sont des rencontres et des déclics qui l’amenaient aussi à se délester de son égo et à plus faire confiance en la vie. Le premier fut lorsque la patron prit conscience d’avoir été un mari et un père complètement démissionnaire durant les quelques jours d’existence de sa seconde fille Sophie, née en effet avec une insuffisance cardiaque et qu’il refusait de voir jusqu’au jour de sa mort, à 9 jours. Une prise de conscience 20 ans plus tard et qui lui inspirait la création d’une comédie musicale en 2010 – Mala – pour exorciser sa culpabilité. Un an plus tard, un second déclic mais professionnel cette fois, l’heure est alors au rassemblement de NRJ et de Nostalgie au sein du même groupe et le patron de NRJ – Bruno Van Sieleghem– fait un pas de côté pour laisser à Vossen la direction de l’entièreté du groupe. « J’ai été très impressionné qu’un patron soit capable de se retirer pour permettre aux autres de mieux avancer ». Un geste et une attitude noble qui conditionneront celles que Vossen développera ensuite pour devenir à son tour un vrai leader. « Contrairement à ce que l’on pense, ce ne sont pas vos aptitudes qui conditionnent vos attitudes mais vos attitudes qui créent véritablement vos aptitudes à bien faire les choses. A l’arrivée, ce sont vos attitudes et vos aptitudes qui détermineront votre altitude » résume Marc Vossen aujourd’hui.

Tout cela, il le raconte dans un livre « Balancez vos ondes positives » mais aussi dans des ateliers de développement personnel qu’il anime pour ceux qui souhaiteraient devenir un leader inspiré et inspirant. Parce que Marc Vossen en est certain, c’est en changeant soi-même qu’on inspire les autres et qu’on finit par changer le monde.

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