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L’homme qui boucla le Tour de France 2020... en Belgique

16 septembre 2020
par  Eric Verschueren
( Presse écrite , Le virus du sport )

Le 18 mars dernier, à midi pile, la Belgique entrait en confinement. Elle (re)découvrait le "Rester chez soi", le télétravail ou encore le chômage technique... Le sport aussi. Beaucoup de sport. Une tendance lourde selon les professionnels du secteur, avec les ventes (par correspondance au début) de chaussures de jogging et de vélos qui sont montées en flèche. Un nouveau public débarquait sur le marché.
L’autre tendance concerna les "déjà convaincus". Beaucoup de ceux qui avaient une pratique sportive régulière, qui avaient le virus de la sueur dépensée, montèrent dans les gammes durant les premières semaines "Covid". Les distances parcourues à pied comme à vélo grimpèrent de manière spectaculaire, surtout à vélo (les routes moins fréquentées participèrent à cette augmentation). Parallèlement, on vit apparaître des défis, du plus fou au plus loufoque. Un marathon sur sa terrasse de 7 mètres de longueur, 100 km d’un trait de course à pied dans son jardin, un marathon tous les jours pour arriver à un total de 1000 bornes, dépasser la hauteur de l’Everest (8848 m) de D+ lors d’une même sortie à vélo ou en course à pied...
Boulimie rimait quasi avec douce folie.

3740 kilomètres, histoire de chasser l’anxiété

Puis arriva Romain Wolkowicz... Employé dans une grosse société de sa région, ce Liégeois de 28 ans, passionné de cyclisme depuis sa prime jeunesse, cycliste amateur de son état, s’est retrouvé du jour au lendemain au chômage technique.

"Je vis seul et il n’y avait pas grand chose à faire chez moi", se souvient-il aujourd’hui. "Radio, TV... : tout était très anxiogène autour de moi. J’ai commencé à faire de plus en plus de vélo. Mais très vite, je me suis rendu compte que sans but, j’allais me lasser. Il fallait que je trouve quelque chose à faire pour m’occuper. Physiquement et psychiquement."

Bingo.

Le Tour de France en Belgique !
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Romain Wolkowicz

La Grande Boucle étant reportée à la fin de l’été, notre jeune cycliste imagina de la faire en Belgique. Trois semaines de course, 3470 kilomètres, à l’intérieur de nos frontières.

"Chaque jour, je faisais le même kilométrage que celui prévu par les organisateurs pour la journée", explique-t-il. "Trente-six kilomètres pour la plus courte, 218 pour la plus longue. Et j’ai observé les deux journées de repos qui, je vous l’avoue, sont chaque fois tombées à pic..."

Quittant Angleur, Romain se rendait souvent vers les Ardennes (Bastogne, Stoumont, Werbomont...). Il fit aussi des escales côté néerlandophone.

10 fois La Redoute pour égaler le Grand Colombier

"Chaque jour, j’avais l’impression d’avoir fait une course", s’étonne-t-il encore aujourd’hui. "Je libérais plein d’endorphines. Mine de rien, j’ai fait ce Tour de France à plus de 30 km/h de moyenne. En solitaire le plus souvent, même si des amis m’ont parfois rejoint pour m’accompagner. Avec des étapes qui n’étaient pas de tout repos. Par exemple, le jour où le Col du Grand Colombier (classé hors catégorie sur le Tour), j’ai fait 10 fois l’aller-retour sur La Redoute, à Aywaille, en incluant ce travail de dénivelé sur le kilométrage de l’étape. A la base, j’ai aussi voulu voir si j’en étais capable. Je suis content, et même assez fier, d’y être parvenu. Surtout que les deux dernières étapes, je les ai faites après mon boulot, celui-ci ayant repris avant ce qui devait être mon arrivée sur les Champs-Élysées..."

Plusieurs mois plus tard, alors que la pandémie est toujours là, que reste-t-il du "Wolko Tour", comme se proches l’ont baptisé ?

"Des souvenirs, bien sûr", répond Romain. "Mes passages chez mes parents pour me ravitailler, mon nom inscrit plusieurs fois dans la Redoute, la présence des miens dans cette ascension, le trophée qu’ils m’ont donné (une pierre sculptée), des efforts inédits pour moi, des routes moins fréquentées... Beaucoup de choses en fait".
Tellement positif d’ailleurs qu’à un moment donné, après avoir repris des forces (tout de même 5 kilos perdus en trois semaines), le Liégeois a voulu bisser avec un Tour d’Italie adapté à la même sauce belge.

"J’ai assez vite abandonné l’idée", termine-t-il. "Le Giro, c’est dix étapes de plus de 200 kilomètres, dont une de 250. Surtout, j’aurais dû le faire après mon travail, vu que celui-ci a bien repris depuis mon Tour de France. Donc, non. J’ai refait des courses en amateurs (3), mais sans résultat. Je me sens bien, mais j’ai l’impression d’avoir eu assez avec ma dose d’endorphines lors de mon Tour de France..."

Quelques défis sportifs "Covid" belges

Raphael Daco (38 ans, Malmédy) a couru, dès le 17 avril, un marathon tous les jours pendant près d’un mois. 24 fois 42 kilomètres et des poussières sur le même parcours accidenté autour de sa ville (1360 mètres de D+). Son idée de base : attirer l’attention sur les problèmes rencontrés par une maison de repos malmédienne. Après plus de 1000 kilomètres et 1650 euros collectés et versés à celle-ci, cet employé de chez Décathlon pouvait reprendre une « vie normale », l’enseigne ayant rouvert ses portes.

Début mars, Maxime Burette, enseignant de la région d’Aywaille (Harre) a souffert du Covid. Fièvre, maux de tête, stress respiratoires... Pas d’hospitalisation, heureusement. Mi-juillet, il s’est lancé lui-aussi dans un défi fou : l’Everesting challenge. Soit arriver à totaliser 8848 mètres de D+ à vélo en moins de 24 heures. Ce père de famille nombreuse a totalisé 62 l’aller-retour dans la côte de son village en un peu plus de 25 heures. 373 km en tout. Et 10.052 mètres de D+. « Je l’ai surtout fait pour attirer l’attention sur les difficultés rencontrées à cause du Covid par le Centre Médical Héliporté de Bra-sur-Lienne », expliquait celui qui avait profité de son périple pour lancer des appels aux dons sur les réseaux sociaux.

Avec une saison de trails frappée de plein fouet par de multiples annulations, Frédérick Hardenne, 52 ans, professeur d’éducation physique de la région de Beauraing, a dû trouver des « palliatifs ». L’homme est en effet un boulimique du kilomètre, alignant régulièrement les courses de plus de 100, voire plus de 200 kilomètres. En juillet, il s’est ainsi offert un Tour de Wallonie. 1001 kilomètres en 12 jours, une partie en courant, l’autre en marchant à cause d’une blessure intervenue à mi-parcours. Plus ou moins 20 heures par jour de progression, le reste étant consacré à se ravitailler et, surtout, à se reposer dans la voiture de sa femme qui le suivait. Au total, Hardenne a traversé 252 villages du sud du pays.

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