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Flics ou voyous ?

Enquête sur la police belge au banc des accusés

29 juillet 2020
par  Frédéric Loore, Roger Job
( Tout... sauf le virus ! , Presse écrite , Photo )

En Belgique comme partout dans le monde, on se lève contre le racisme et les violences policières depuis le décès tragique de George Floyd aux États-Unis. Cette vague de mobilisation a atteint les policiers belges qui se retrouvent, eux aussi, accusés de comportements violents, en partie à caractère racial. Outrés, ils se disent victimes d’un « police bashing »et d’amalgames qui visent à faire de cas de dérapages individuels, un problème structurel. Ils l’affirment : les flics ne sont pas des voyous. Afin de le vérifier, Paris Match Belgique est allé à la rencontre d’hommes et de femmes de terrain. Reportage sans complaisance ni tabou.

Enquête Frédéric Loore, photoreportage Roger Job

- « Nous ne collaborons pas avec la presse étrangère ».
- « Paris Match Belgique est une rédaction 100 % belge, installée à Bruxelles depuis vingt ans ».
- « Ah bon ? Mais vous ne comptez pas aborder les questions du racisme et de la violence ? ».
- « Si, c’est précisément le sujet ».
- « C’est un débat politique, adressez-vous aux responsables politiques ».
- « Notre reportage est centré sur les policiers de terrain ».
- « Je doute fort que le chef de corps donne son accord. Quoi qu’il en soit, vous devrez me soumettre votre article avant sa publication ».
- « Vous ne voulez pas l’écrire à ma place tant que vous y êtes ? ».
- « Envoyez-moi un email expliquant vos motivations, je vous répondrai ».

La réponse n’arrivera jamais. Voilà, en substance, la teneur de notre échange avec la porte-parole de la police de Molenbeek. Manifestement, l’idée de mener une enquête de terrain, et plus encore un reportage en immersion avec, en toile de fond, l’épineuse question des violences policières et du racisme, provoque la crispation du côté des forces de l’ordre dans la commune bruxelloise.

Il n’y a certes aucune conclusion définitive à tirer de cette fin de non-recevoir. D’autant que d’autres portes nous ont été ouvertes sans aucune difficulté, notamment celles de l’Académie de police de Jurbise et de la police judiciaire locale de Charleroi. Mais tout de même, cela illustre l’extrême frilosité des acteurs du monde policier dès lors qu’il s’agit d’ouvrir le débat qui fâche en ce moment. En partie, parce qu’il est tabou, cadenassé par l’omerta ou les arguments d’autorité de certains responsables politiques et syndicaux sur le ton du « circulez, y a rien à voir ». Selon eux, les faits de violence volontaire et le profilage ethnique au sein de la police se réduisent à de rares dérapages individuels, sans qu’il faille y voir un phénomène structurel. En partie également, parce que les policiers, y compris tous ceux qui ne se réfugient pas dans le déni, se serrent les coudes par esprit de corps et par crainte d’offrir à leurs détracteurs toujours plus nombreux le bâton pour se faire battre.

« On monte au front tous les jours. On encaisse une violence parfois inouïe. On est sans cesse confronté à des situations tragiques, humainement insupportables, les gens ne se rendent pas compte. On doit vivre en permanence avec ça dans la tête sans que nos familles n’aient trop à en souffrir. Mais on le fait parce que c’est notre devoir et notre idéal, malgré la pression constante, les risques et les horaires impossibles. Alors, nous faire descendre dans la presse et l’opinion comme c’est le cas actuellement, nous voir comparés au flic raciste qui a tué George Floyd, c’est franchement écœurant. Quand on ne fera plus le job parce qu’on en aura marre de toutes ces attaques, qui le fera à notre place ? ». Des témoignages indignés identiques à ceux de cet officier de police chevronné et en colère, nous en avons recueillis beaucoup au cours de notre reportage. Ils expriment le ras-le-bol d’une grande partie de la corporation.

Pourtant, le racisme rampant, les contrôles abusifs au faciès, les tabassages en règle, les arrestations arbitraires, ça existe aussi dans la police et pas de façon si exceptionnelle. Les rapports d’Unia (le service public indépendant de lutte contre la discrimination et la promotion de l’égalité des chances) et de la Ligue des droits humains en attestent notamment : 81 dossiers ouverts chez Unia en 2019, une centaine de signalements enregistrés par la LDH rien qu’entre mars et mai 2020. Sont-ils le fait d’un durcissement programmé et ciblé de l’action policière, soutenu par une frange élargie de flics déguisant des convictions extrémistes sous l’uniforme qui leur assurerait par la même occasion une quasi impunité ? Ou bien faut-il chercher ailleurs l’explication de la plupart de ces dérives bien réelles, mais dont l’importance véritable demeure difficile à évaluer sitôt qu’on les rapporte aux quelque 40 000 fonctionnaires de la police intégrée ?

Police academy

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© Roger Job

L’Académie provinciale de police de Jurbise (Mons), dans le Hainaut, est l’une des dix écoles où les (futurs) membres des corps de police de Belgique se forment et se perfectionnent tout au long de l’année. Entre les aspirants et les professionnels, c’est le chassé-croisé permanent. C’est ici que les moniteurs et les formateurs leur enseignent, entre autres, les techniques d’arrestation et les méthodes de contrainte physique des individus interpellés. L’usage de la force avec lequel ils se familiarisent est-il suffisamment encadré afin d’éviter qu’ils en perdent la maîtrise par la suite ou qu’ils le mettent au service d’une brutalité débridée ? « Tout d’abord, l’ensemble de la formation s’inscrit dans une culture policière respectueuse de nos valeurs démocratiques, des droits humains et de l’État de droit, nous insistons beaucoup là-dessus », souligne le commissaire Hugues Lebedelle, directeur de l’académie.

« Ensuite », poursuit-il, « nos cours sur la gestion de l’agressivité et sur la maîtrise de la violence, avec et sans armes à feu, sont très exigeants. Tout cela est d’ailleurs rigoureusement encadré par la loi de 1992 sur la fonction de police qui stipule clairement tout ce qu’un policier peut faire ou ne pas faire lorsqu’il utilise la contrainte. Toutes les techniques sont évaluées en permanence par un comité stratégique qui valide les bonnes pratiques pour l’ensemble des forces de l’ordre. Chez nous, par exemple, l’étranglement respiratoire qui a conduit au décès de George Floyd est strictement interdit ».

En raison de la distanciation physique imposée par la Covid-19, les tatamis du dojo sont désertés en cette période. Mais c’est là, d’ordinaire, que Stany Durieux initie ses jeunes recrues aux techniques martiales. « La neutralisation de la personne n’est jamais la première étape », explique le moniteur. « J’insiste prioritairement sur le dialogue et la désescalade verbale. Ensuite, si nécessaire, vient la contrainte dans le respect de la légitime défense. Mais, là encore, nous mettons l’accent sur le principe de progressivité et de subsidiarité qui doit guider le policier. En permanence, il doit se demander si ce qu’il fait est légal mais, quand bien même ce le serait, est-ce opportun pour autant ? Par exemple, face à la menace, j’ai sorti ma matraque, voire mon arme, mais est-ce qu’un spray ou même une clef de bras ne suffiraient pas ? Voilà le bon usage. En tenant compte bien sûr des limites imposées par l’extrême brièveté du laps de temps dont on dispose parfois pour réagir ».

Ces règles de bonne conduite, Eva (Tous les prénoms de l’article sont d’emprunt), 20 ans, aspirante issue de la région mouscronnoise, confirme qu’elles lui sont serinées depuis le début de sa formation : « Le respect du citoyen quel qu’il soit, l’usage contrôlé de la force, on nous répète ça tout le temps », raconte la jeune femme qui se prépare à suivre sa vocation et s’avoue déconcertée par le « police bashing » actuel. « Je suis rentrée à l’académie tout de suite après mes études secondaires. C’est un premier choix de carrière, je veux devenir policière pour servir. C’est le cas de tous ceux que je fréquente ici. On parle beaucoup entre nous de toute cette polémique au sujet des violences raciales dans la police. Nous n’y sommes pas encore et on se sent pourtant déjà montré du doigt. Je ne nie pas que ça puisse exister, mais ce n’est pas ce qu’on nous enseigne et ce n’est certainement pas notre conception du métier ».

« Il y a beaucoup de collègues usés »

Une culture policière de base imprégnée de valeurs humanistes, une formation qualitative et de jeunes candidats à la fonction plutôt bien dans leurs baskets, davantage animés par des idéaux de justice et de service, plutôt que par un esprit ultrasécuritaire. Le tableau peut sembler idyllique mais, à tout le moins pour ce qui concerne la partie francophone du pays, il paraît s’ajuster relativement bien à la réalité du terrain. Dès lors, on s’explique mal le témoignage de ce policier de première ligne qui nous confie anonymement : « On voit parfois des jeunes collègues arriver en brigade, ils sont a priori non violents et dépourvus de préjugés racistes et, au bout d’un an ou deux, certains sont devenus brutaux et tiennent des propos du genre : un bon Arabe est un Arabe mort ». Que s’est-il passé entre-temps ?

Pour l’inspectrice principale Marie Mélanie Laurent, enquêtrice à la section mineurs d’une police judiciaire locale bruxelloise, chargée de cours à l’académie jurbisienne, « l’explication tient en partie à ce qui se passe au sortir de la formation. Entre ce qu’on leur enseigne, et ce à quoi ils sont confrontés par la suite, l’écart peut être gigantesque, selon bien sûr qu’ils atterrissent dans une zone de police assez tranquille de la province du Luxembourg ou qu’ils se retrouvent dans des quartiers difficiles de Bruxelles, Charleroi ou Liège », explique la policière, parmi les rares à s’exprimer sans réclamer qu’on ne puisse l’identifier.

« Pour ma part, dans mon cours, au travers de petits jeux de rôles, je fais en sorte de les préparer au mieux aux situations réelles qu’ils pourraient rencontrer. Mais rien ne permet d’anticiper véritablement ce qu’on peut être amené à vivre au quotidien en tant que policier », confesse Marie Mélanie. « Si je prends mon cas, je vois défiler toute la journée des images pédopornographiques, je traite de viols d’enfants, d’affaires d’inceste, c’est d’une violence insoutenable. À la longue, ça vous mine. Ajoutez à cela les horaires inconfortables, les problèmes privés qui interagissent avec le boulot, que vous le vouliez ou non, le soutien de la famille dont tout le monde ne bénéficie pas, etc. L’accumulation de tous ces facteurs provoque une usure policière. D’ailleurs, beaucoup de collègues sont usés, il faut oser le dire. Ça n’excuse bien sûr pas les comportements violents et encore moins racistes que je réprouve. Je dis simplement qu’un flic à bout est plus à risque de déraper parce que pour tenir, il doit se couper de ses émotions et restreindre son empathie. En ce qui me concerne, je m’évertue à rester professionnelle en toutes circonstances, mais j’avoue que parfois, c’est dur. On est humain avant d’être policier ».

Le burn-out des policiers, c’est un vrai sujet, loin d’être marginal semble-t-il, mais néanmoins sensible au sein des forces de l’ordre. Les flics « borderline », ça existe. Cathy, la quarantaine, ex-épouse de gradé d’une zone de police de Bruxelles, raconte : « Mon ex-mari est un cinglé en uniforme et je pèse mes mots. Il n’est d’ailleurs pas le seul, j’en connais d’autres. Ça n’explique pas tout, mais son métier l’a abîmé terriblement. C’est quelqu’un d’instable et de dangereux pour autrui. Il est fasciné par les armes et se comporte comme un cow-boy dans sa zone. Il devrait consulter, mais il ne le fera pas ». Invérifiable, ce témoignage en recoupe d’autres, notamment celui de Hilde (Lire par ailleurs).

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© Roger Job

Ces récits posent le problème de la prise en charge psychosociale du personnel de la police, sur lequel s’exerce une violence qui s’accroît de 4 à 5 % chaque année, selon les syndicats. Il existe un « stress team », composé de psychologues et d’assistants sociaux, supposés répondre aux demandes d’assistance des policiers locaux et fédéraux qui font face à un épuisement professionnel, à la dépression ou qui ne parviennent pas à gérer un traumatisme. Mais, d’une part, les effectifs de cette cellule sont insuffisants (moins d’une vingtaine de personnes pour 40 000 agents) et, d’autre part, beaucoup de policiers ne feraient pas la démarche de la consulter. En dehors, les espaces de parole dédiés sont trop rares.

« J’y suis allé et ça n’a servi à rien », confie Marc, un inspecteur de 38 ans, depuis dix ans en fonction dans un service judiciaire de police locale. « En résumé, j’ai été bien accueilli et écouté, mais on m’a dit de prendre de la distance et de mettre des choses en place avec ma hiérarchie pour mieux gérer mon stress et ma fatigue. Je suis rentré, je n’ai rien dit. Mes supérieurs n’ont reçu aucun feedback du stress team ». De l’avis de Marc, le suivi psychologique des policiers de terrain fait défaut : « Jamais, on ne nous débriefe au retour de missions durant lesquelles on vit des choses qui nous impactent psychiquement. C’est comme si nous rentrions d’avoir déposé une convocation dans une boîte aux lettres. Pourtant, on emmagasine tout, on n’oublie rien. Lorsqu’on va mal, on doit soi-même demander de l’aide. Une initiative difficile à entreprendre quand on est au bout du rouleau. Un gars qui bosse à l’intervention par exemple, et qui exprime un mal être, que lui arrive-t-il ? D’emblée, on l’écarte et on lui retire son arme. Pour un flic, c’est la double peine ».

La frustration, germe de la violence policière

Charleroi, quartier de la gare. Une maison d’habitation insérée dans l’enfilade terne des façades d’immeubles. La clé, récupérée quelques minutes auparavant sur un premier « target » intercepté en pleine livraison par les hommes en planque, donne accès à la « plage », la place de deal ciblée par l’opération du jour. La porte s’ouvre et laisse échapper des remugles. Les policiers s’engouffrent à l’intérieur, pistolet au poing. Course entre les étages. Toutes les pièces sont rapidement investies. Trois « blédards » se retrouvent menottés avant même de réaliser ce qui leur arrive.

Au milieu du gourbi infect, loué par un marchand de sommeil, des « boulettes » de cocaïne, une balance et du cash. La panoplie habituelle des « illégaux » originaires du Rif marocain, d’où ils sont charriés toute l’année à flux tendu sur Charleroi, par des filières criminelles qui les transforment en dealers. Le quotidien pour les membres de l’ORA, la section de la police judiciaire locale en charge de la lutte contre le trafic de stupéfiants. Les suspects sont ramenés au commissariat. Prise d’empreintes, identification judiciaire, valse des auditions, incarcérations. En quelques heures, l’un des nombreux points de vente de drogues a disparu de la métropole sambrienne. Propre et sans bavure. Pas une claque, ni une injure raciste ne se sont perdues.

« C’est la bonne manière de travailler », assure le premier inspecteur principal Fabrice Vanderest, alias « Jack », l’un des chefs d’équipe de l’ORA. « Je suis responsable du cours d’arrestation à l’Académie de police de Jurbise et j’insiste particulièrement sur deux choses auprès de mes élèves : le respect et la communication. En rue, on joue au chat et à la souris, chacun connaît les règles. Courser un mec, le plaquer au sol et le maîtriser, même sèchement si c’est nécessaire, ça fait partie du jeu. Mais ensuite, quelle est la plus value de lui balancer un coup de pied dans la figure lorsqu’il est menotté, ou un coup de poing pendant l’interrogatoire ? Aucune, si ce n’est susciter l’insulte, l’outrage, la rébellion et l’esprit de vengeance. Respecter l’interpellé donc et, tout de suite, dialoguer en lui expliquant le motif de son arrestation et la manière dont va se dérouler le reste de la procédure. Certains flics se trompent s’ils croient se faire davantage respecter en hurlant sur un suspect, en lui mettant des baffes et en le traitant comme un moins que rien. C’est indigne, mais c’est aussi contreproductif du point de vue de l’enquêteur. Pour ma part, j’ai arrêté des milliers de dealers dans ma carrière, sans jamais en humilier un seul. Beaucoup s’en souviennent. Il arrive même que certains, sortis de prison, me serrent la main lorsqu’ils me croisent ou m’offrent un thé au chicha du coin ».

Quant à ceux qui donnent libre cours à leur violence, parfois teintée insidieusement de racisme, Fabrice Vanderest sait ce qui les anime pour la plupart : « La frustration. Je le sais pour la ressentir en partie également. Elle est nourrie par tout ce qui amène un policier à ne plus croire à ce qu’il fait. C’est-à-dire les tracasseries administratives, la hiérarchie tatillonne qui se couvre et empêche les gens de terrain de travailler, le manque constant de moyens et, surtout, le laisser-aller de la justice. Je parle de tous ceux que nous interpellons encore et encore, mais que le parquet renonce à poursuivre. On les retrouve ensuite en rue. Ils sont sûrs de leur quasi impunité et nous narguent. Il y a des collègues que ça rend amers et qui cèdent à la tentation de faire la loi eux-mêmes. Les policiers qui n’enquêtent pas, dans les brigades d’intervention et de maintien de l’ordre, sont à mon sens encore plus exposés à ce risque car ils peuvent avoir le sentiment d’être cantonnés à des tâches ingrates et répétitives ».

La répétition, la frustration, le conformisme, le silence, autant de facteurs qui induisent peu à peu des comportements déviants, lesquels tentent à devenir la norme au fil des interventions. Spécialement dans les unités de première ligne, envoyées dans les quartiers « ghettoïsés » des grandes agglomérations, où des groupes de population issus de l’immigration, aux prises avec une délinquance endémique, sont stigmatisés. C’est le constat partagé par tous nos interlocuteurs et c’est aussi celui de ce policier qui avoue : « On croise toujours les mêmes, aux mêmes endroits et pour les mêmes faits. A la longue, si l’on n’y prend garde, le regard qu’on porte sur eux se déshumanise, fatalement ».

« Je suis tombée des nues en arrivant dans cette brigade de cow-boys »

Appelons-la Hilde. Néerlandophone, policière depuis une dizaine d’années, elle a passé quatre ans dans une brigade d’intervention d’une police locale de l’agglomération bruxelloise. Horrifiée par les pratiques dont elle a été témoin, elle a depuis changé d’affectation. Son témoignage est interpellant. Extraits choisis.

« C’était mon premier poste après ma sortie de l’académie de police. Je suis tombée des nues en arrivant dans cette brigade de cow-boys. Elle était d’ailleurs réputée pour ça, mais je l’ignorais à cette époque. Toutes les autres unités étaient très différentes, je n’ai pas eu de chance en tombant dans celle-là. Elle était dirigée par un inspecteur-principal très violent. Une vraie pomme pourrie. Il entendait montrer sur le terrain qui était le chef dans la zone. Sa règle consistait à frapper les personnes interpellées. Il leur distribuait des coups, même après qu’elles aient été menottées. C’était régulier. Ca se passait à l’abri des regards, le plus souvent au commissariat ».

« La motivation n’était pas nécessairement raciste, tout le monde y avait droit. La relaxe trop facile des suspects par le parquet servait de prétexte au chef pour faire justice lui-même ».

« La brigade le suivait. Certains par conviction, d’autres par crainte de se retrouver isolés. C’était difficile de s’y opposer. J’étais contre ces pratiques, j’en souffrais, je détournais le regard. La hiérarchie n’était pas au courant et l’en informer directement m’aurait valu de gros soucis. A la suite de rares plaintes, j’ai quand même fini par parler au contrôle interne. Des collègues ont été suspendus un mois, puis ils ont repris le travail. Le chef, lui, n’a jamais eu de problèmes et il est maintenant commissaire ».

« Je ne voyais pas l’issue. J’ai consulté un psychologue externe à la police. Quelques membres de la brigade étaient également en souffrance, mais jamais les gars de l’intervention n’osent l’avouer par peur du regard des autres. C’est la honte ! ».

Un podcast sur le sujet a également été réalisé.

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