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Etre artisan pendant le covid, un défi en dents de scie

9 juillet 2021
par  Romain Mayez
( Le virus des héros comme des gens ordinaires , Presse écrite )

Les brocantes et marchés aux puces professionnels ont pu être à nouveau organisés dès le 8 mai après plusieurs mois sans activité. Une reprise qui a sonné comme un ouf de soulagement pour bon nombre d’artisans belges, presque à bout de souffle après une période en “yoyo”.

Comme beaucoup d’artisans, Marie s’est réjouie du retour des marchés professionnels. Artisane depuis seulement deux ans, la mère de famille de 60 ans s’est reconvertie après une carrière dans l’Horeca.“J’avais envie de changement, et puis physiquement ça devenait trop dur de travailler dans un restaurant. De plus, les horaires décalés ne me convenaient plus”, explique Marie.

Après avoir mis ses économies dans l’achat d’une machine laser dans le but de créer et d’innover, la nouvelle artisane s’est vue confrontée à la crise sanitaire, seulement quelques mois après avoir lancé son nouveau business. Grâce à cette technique, elle peut découper et graver dans le bois, l’ardoise, le plexiglas ou le cuir et ainsi créer une multitude de produits artisanaux.

“Je croyais beaucoup à ce projet car je peux créer presque sans limite grâce à la technologie laser. Je m’étais vraiment donné les moyens de réussir à développer cette entreprise”, indique la sexuagénaire.

Si les premiers mois de confinement au printemps 2020 ont été catastrophiques pour elle, l’été n’a pas vraiment rattrapé le coup.

“J’étais complètement démoralisée pendant le premier confinement, je n’avais pas eu le temps de mettre au point ma boutique en ligne et c’est un métier où le contact avec les clients est tellement important”, regrette l’ancienne cheffe de cuisine. De plus, la fermeture des magasins dits non essentiels pendant de longues semaines n’a pas aidé.

“L’été, la situation s’est améliorée mais j’ai vraiment eu du mal à me motiver à créer et à relancer la machine. Pendant cette période, j’avais plus la tête à revoir ma famille et mes amis plutôt qu’à m’enfermer dans mon atelier”, confie Marie.

Un automne productif

A la fin de l’été, les chiffres liés au Covid repartaient dans la mauvaise direction en Belgique. Mais cette fois, l’artisane n’a pas perdu espoir. “Oui, je voyais qu’on se dirigeait vers quelques semaines difficiles et un nouveau reconfinement, mais je visais les fêtes de fin d’année et j’avais bon espoir de revenir dans la course grâce à Noël”.

Marie a donc décidé d’accélérer sa production et de ne plus compter ses heures pour être prête pour la fin d’année, période cruciale dans la vie d’un artisan. Cependant, le pire s’est produit et le rêve s’est transformé en cauchemar.

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© Indy Machiels

“Quand j’ai appris que tous les marchés de Noël et les foires artisanales étaient annulés à cause du covid, je me suis dit que j’avais vraiment la poisse…”, s’est lamentée l’indépendante.

Pendant, ces longues semaines d’hiver, Marie n’a pourtant pas arrêté sa production et a tout de même réussi à vendre une partie de son stock.

“Grâce au bouche à oreille, aux amis, à la famille et aux réseaux sociaux, j’ai quand même pu écouler une partie de mes produits grâce aux livraisons et ça m’a fait un bien fou de me rendre compte que mes créations pouvaient plaire et qu’il y avait une vraie demande et d’excellents retours”.

Après les fêtes, la mère de famille a alors décidé de proposer ses articles phares à des boutiques de décoration afin de tester l’attrait du public. “J’ai décidé de me rendre aux quatre coins de la Wallonie et de rencontrer des commerçants pour leur proposer mes produits. Et neuf fois sur dix, ils ont ajouté mes créations à leurs étagères”. Un acte de confiance qui a rimé avec soulagement pour Marie.

Un enthousiasme de courte durée

Si le sourire semblait s’être retracé sur le visage de l’entrepreneuse, la fermeture des commerces non essentiels fin mars a replongé Marie dans un sentiment qui commençait à se rapprocher de la colère.

“Autant je comprenais les mesures jusqu’ici, autant cette fermeture sans rendez-vous était celle de trop pour moi. Cela m’a de nouveau cassée dans mon élan”, s’est énervée la Brabançonne.

Jusqu’au 26 avril, date à laquelle prendre rendez-vous pour se rendre dans un magasin n’était plus obligatoire, les affaires ont quelque peu repris… “Dès que les gens ont pu retourner plus ou moins librement dans les boutiques, les ventes sont reparties à la hausse et je pense que je suis maintenant dans une bonne dynamique.”

De plus, les marchés, foires artisanales et brocantes non professionnels vont pouvoir être organisés à nouveau dès le 9 juin. Une annonce du Comité de concertation qui permettra à Marie, comme à de nombreux artisans du pays de diversifier les lieux de vente et de faire briller leur art aux quatre coins du pays.

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