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Élevage : la Limousine perce dans le secteur bovin

15 janvier 2021
par  Catherine Joie
( Tout... sauf le virus ! , Presse écrite )

L’élevage wallon est, lentement mais sûrement, en cours de mutation. La Bleue Blanc Belge, race à viande dominante en Wallonie, partage désormais le paysage bovin avec d’autres races à viande, d’origine étrangère. Parmi elles : la Limousine, race française, qui s’est glissée en haut du classement wallon des races dites alternatives.

La première Limousine belge est née en 1976. Cette année-là, un éleveur wallon se lançait avant les autres dans l’élevage de cette race bovine française, réputée plus rustique que la Blanc Bleu Belge, qui étaient alors la race dominante en Wallonie. Le paysage bovin était à cette époque quasiment homogène. Ou plutôt binaire : pour produire de la viande, on élevait des BBB, bovin wallon pur jus ; pour produire du lait et de la viande de veau, on élevait des Holstein, animal d’origine néerlandaise.

Les Blanc Bleu Belge sont des animaux larges, très musclés, à la robe blanche, noire ou bleue. Les Holstein sont hautes, très étroites, à la robe noire et blanche ou rousse et blanche. Les nouvelles venues des années 1970 – les Limousines – sont, de leur côté, visuellement très différentes : des robes de couleur « froment vif ».

« Idéale pour transformer l’herbe en muscles »

Originaires de la région du Limousin, en France, dans le Massif Central, ces bovins sont réputés pour leurs qualités d’élevage et leurs qualité bouchères. Autrement dit : ce sont des animaux faciles à élever et producteurs de beaucoup de viande. On présente souvent la Limousine comme une race rustique parce qu’elle est « idéale pour transformer en muscles l’herbe, les fourrages et les mélanges céréaliers produits localement », comme l’indique une brochure d’Elevéo, cet organisme wallon qui rassemble les éleveurs qui enregistrent leur bétail dans les livres généalogiques.

Les premières Limousines belges ont donc participé, dès 1976, à la diversification de l’élevage bovin wallon. Près de 45 ans plus tard, où en est-on ? Qu’en est-il du développement de cette race ?

Peu de statistiques d’élevage sont disponibles pour répondre à cette question. Jusqu’en 2012, la Région wallonne organisait un recensement agricole qui prenait en compte la race des bovins. Il était alors possible de connaître le nombre total de bovins wallons classés par race. Mais depuis 2012, la méthodologie a complètement changé. Il n’existe plus de recensement du cheptel bovin par race. Il faut désormais plutôt se tourner vers les déclarations de superficie introduites chaque année par les éleveurs auprès de l’administration wallonne, pour obtenir une réponse partielle à l’évolution des races bovines.

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Des Limousines élevées par Francis Roossens, éleveur bovin et boucher dans la région de Thuin
© Catherine Joie
Une hausse de 14,8% en cinq ans

Grâce aux données obtenues en exclusivité auprès du SPW Agriculture en août 2020, on apprend que le nombre d’éleveurs déclarant élever des Limousines est passé de 831 éleveurs en 2015 à 954 éleveurs en 2020, soit une hausse de 14,8%. La Limousine est désormais la première race à viande dite « alternative » en Wallonie, en opposition à la race traditionnelle (la Blanc Bleu Belge) qui reste largement majoritaire. En août 2020, la Wallonie comptait 6.065 éleveurs de BBB et BB mixte, contre 6.774 éleveurs pour cette race cinq ans plus tôt.

Rencontré en juillet 2020 lors d’une semaine de reportage en Wallonie pour documenter la diversification des races bovines, Carl Lothaire, administrateur du Herd-book limousin, nous déclarait ceci : « Ça me peine de ne pas connaître le nombre de Limousins en Belgique. C’est ennuyant vis-à-vis du secteur de la grande distribution, par exemple, qui pourrait nous demander 40 taureaux de Limousin pour les boucheries de certaines grandes surfaces. Or, sans données chiffrées, on ne sait pas si on est capable de les leur fournir. On ne vit pas d’espoir, on vit de chiffres ! Il est aussi important pour les consommateurs de savoir qu’il existe une diversité de production en Belgique. »

Si les données obtenues auprès du SPW Agriculture attestent une augmentation du nombre d’éleveurs de Limousin, ils ne disent rien du nombre d’animaux élevés par l’ensemble de ces éleveurs. Le nombre d’éleveurs augmente, mais qu’en est-il du cheptel global ?

Il reste impossible, à ce jour, de répondre à la question de Carl Lothaire. Il n’a de son côté d’une estimation à proposer : sachant que 7.625 bovins de race Limousine sont inscrits au Herd-book, et que les éleveurs considèrent que les livres généalogiques représentent 10% du cheptel réel, on obtiendrait selon leurs projections, environ 70.000 animaux de cette race en Wallonie. On estime généralement que le nombre de bovins de race allaitante (c’est-à-dire de bovins pour produire de la viande uniquement) tourne autour de 635.000 en Wallonie.

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