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Du pain et des liens

15 juillet 2021
par  Sang-Sang Wu Sang-Sang
( Le virus des héros comme des gens ordinaires , Presse écrite )

À Ottignies, Laurence Siquet a ouvert une boulangerie de quartier, peu avant le premier confinement. C’est aujourd’hui un lieu de partage et de convivialité.

Quand elle pétrit sa pâte à pain dans son atelier situé à Ottignies, Laurence Siquet s’offre un petit cadeau : une vue imprenable sur la vallée brabançonne. C’est dans cet environnement vert et paisible qu’elle confectionne ses miches deux fois par semaine, avec de la musique classique en fond sonore. Car elle se l’est promis : elle veut désormais vivre selon ses principes, en prenant le soin de ne pas s’épuiser en chemin. « Je trace ma route, pas à pas, vers la simplicité, le plaisir, l’autonomie et la cohérence. Les quatre valeurs importantes à mes yeux. »

En se fixant certaines limites, Laurence tire des leçons du passé. « J’ai fait un burn-out il y a cinq ans, ce qui m’a forcée à arrêter toutes mes activités. Cela a été l’occasion d’une profonde remise en question : je me suis interrogée sur mes valeurs et mes priorités dans la vie. Et c’est là que mon activité comme boulangère s’est imposée. » Un choix qui n’est pas totalement le fruit du hasard : après une carrière dans la coopération au développement au sein d’ONG, cette ancienne économiste a suivi une formation au Cefor (secteur boulangerie-pâtisserie), un centre de formation situé à Namur. Elle décide ensuite de larguer les amarres pour effectuer un stage de longue durée en France.

Un démarrage fulgurant

« J’ai rencontré un artisan boulanger à Saint-Nazaire, près de Nantes, en 2018. Avec ma famille, on a été vivre là-bas pendant six mois pour éprouver le métier et voir si, physiquement, je pouvais tenir le coup », se souvient-elle. L’expérience est une réussite et, de retour à Ottignies, elle suit une formation en alimentation durable et se fait coacher par Crédal. « Il était clair que je ne voulais plus passer mes journées devant un ordinateur et que je voulais faire quelque chose de mes mains. » Elle sent que c’est le bon moment pour tenter de concrétiser son rêve. Et son intuition ne la trompe pas puisqu’elle lance Les miches de Lola en février 2020, quelques semaines avant le premier confinement dû à la pandémie de Covid-19.

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© Sang-Sang Wu

« Le démarrage a été fulgurant et bien au-delà de mes attentes. Cela a été intense dès le départ car comme les gens étaient enfermés chez eux toute la journée, ils se promenaient après leur journée de travail. Et ils en profitaient pour venir chercher leur pain chez moi. Je vendais devant ma porte d’entrée et le bouche-à-oreille a bien fonctionné. J’ai vraiment constaté une relocalisation des achats alimentaires car les gens n’avaient pas envie d’aller en grande surface. Depuis, des clients sont partis, mais j’ai de nouveaux clients chaque semaine. »

Des ingrédients locaux

Dans sa démarche, la boulangère ottintoise promeut le travail de celles et ceux qui lui permettent de réaliser son produit fini. « Je veux replacer la miche de pain au centre de la table. Et pour faire du bon pain, il faut avant tout de bons ingrédients. Je choisis les miens de préférence bio, proches de chez moi et avec une volonté de soutenir et rémunérer correctement toute la chaîne d’artisans. » La farine qu’elle utilise est d’ailleurs moulue par la coopérative Flietermolen, située non loin d’Enghien.

Laurence n’a pas d’ambition démesurée. Par conséquent, elle a décidé de se focaliser sur quelques produits de qualité : des pains au levain et des gourmandises (galettes, fougasses, brioches, etc.) qui changent chaque semaine, pour faire plaisir et se faire plaisir. « J’ai trouvé un équilibre dans ma production », se réjouit-elle. Car faire du pain a également été l’occasion de (re)créer une dynamique qui anime désormais une bonne partie du quartier.

Solidarité entre artisans

Laurence Siquet veut s’inscrire dans une dynamique de quartier, mais elle a aussi à cœur de tisser du lien entre producteurs. Un de ses objectifs était de soutenir la filière de blé panifiable en Belgique, encore largement sous-estimée. En plus de donner de la visibilité aux agriculteurs et aux meuniers locaux, elle voulait développer des partenariats avec d’autres artisans indépendants. Sa première collaboration a été rendue possible grâce à Lili Soup, dont la gérante fabrique des soupes fraîches. « Je dépose mes pains chez elle le mardi, et elle dépose ses soupes chez moi le jeudi. Ce sont vraiment des produits complémentaires. » Laurence ne veut pas s’arrêter en si bon chemin. D’autres collaborations ont vu le jour : « Je travaille aussi avec un apiculteur qui a des ruches à Ottignies. Je vends ses pots de miel à l’atelier, et je fais même des produits avec ! » Des contacts ont été pris pour proposer des bouquets de fleurs locales de chez Il était une fleur, à Mont-Saint-Guibert.

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