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Des milliers de kilomètres et centaines d’heures juste pour les stats ?

5 août 2020
par  Benoît Gueuning
( Le virus du sport , Presse écrite )

Pratiquer un sport individuel exige souvent une préparation considérable en amont de ses objectifs. Mais aussi méticuleuse peut avoir été celle-ci, autant il suffit parfois d’un rien pour tout réduire à néant.

La principale hantise du sportif est d’encourir une blessure, qui l’obligerait à déclarer forfait. Par contre, jamais il ne se tracassera de l’annulation d’une compétition. Vous en connaissez beaucoup vous des compétitions qui n’ont pu avoir lieu depuis 75 ans et la fin de la Guerre 40-45 ?
Et pourtant, il en est un qui a traversé les écrans que l’on pensait impénétrables des films de science-fiction, pour virer le calendrier sportif de à A à Z. Et par corollaire faire virer au cauchemar les attentes que le sportif avait placées en ses sacrifices.
Sauf que les yeux à peine ouverts, le cauchemar s’efface rapidement dans les méandres de l’esprit. A l’inverse du coronavirus qui plutôt que de s’évaporer a fait tache d’huile, et transformé l’agenda sportif en page blanche.
De la Chine et Wuhan, à l’Italie et la Lombardie, puis le reste de l’Europe et du monde, il n’y avait qu’un pas. Pour m’a part, il y en avait 700000 fois plus peut-être, 700 kilomètres. La distance que 10 semaines durant, j’ai parcouru en hiver, qu’il pleuve, gèle, neige ou vente, dans la perspective du marathon de Brescia. Mais Brescia où ? En Lombardie pardi. Et Brescia quand ? A la mi-mars pardi. Soit quelques jours à peine après le confinement de la première région d’Europe. Mais je ne me laisse pas abattre, et je vire à l’Ouest à Barcelone, aussi terre des marathoniens une semaine plus tard. Mais autant je m’obstine à courir mes 42 bornes, autant le coronavirus se borne à me devancer où je m’apprête à passer.
Pour cette fois, tu as gagné covid. Mais j’ai un autre gros objectif cette année, l’Embrunman, le 15 août, à Embrun comme son l’indique, dans les Hautes-Alpes, considéré comme l’un des triathlons les plus durs au monde. Un enchaînement de 3,8 km de natation, 188 km à travers les montagnes, avec au passage le col de l’Izoard perché à 2362 mètres d’altitude, et un marathon en bouquet final. Cours toujours coronavirus pour m’empêcher d’égaliser, en triomphant cette fois-ci de toi.
Puis j’en ai une sacrée de chance. Mes voisins français m’envient. Alors que pour se préparer, ils doivent courir dans leurs escaliers, leur cuisine ou leur jardin, sur leur tapis roulant ou leur terrasse, et rouler sur leur home-trainer, le Conseil National de Sécurité m’a laissé cette incroyable chance de courir et rouler à ma guise, à condition certes d’enfiler mes baskets ou monter en selle au départ de mon domicile. Mieux, en autorisant seulement les déplacements dits essentiels, il a pour ainsi dire transformé les axes routiers en une toile d’araignée sans fin de voies lentes. Même si le CNS a quand même veillé à atténuer la jalousie des Français, en fermant les piscines. Je n’apprendrai pas à nager dans ma baignoire ni dans ma piscine de jardin que je n’ai pas d’ailleurs. N’empêche que j’en connais qui allongent les kilomètres de crawl dans un bac bleu de jardin au diamètre à peine plus grand que leur taille, sur place accrochés à un élastique.

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©Gueuning

Depuis l’annulation de mon marathon, je m’astreins quasi toutes les semaines à un régime d’une vingtaine d’heures hebdomadaires d’entraînement. Fin juillet, mes statistiques renseignent environ 300 heures et notamment plus de 5000 km à vélo. Dont quelques-unes à Embrun, où j’avale une bonne brochette de cols à vélo, avec parmi les gros morceaux, l’Izoard bien sûr.
Je goûte aussi une première fois à la boucle du marathon (à parcourir trois fois). Et aux eaux turquoises du lac de Serre-Ponçon dans lesquelles je plongerai dans l’obscurité la plus complète à 6 h le 15.
A moins que le covid ne double la mise et ne me plonge plutôt une fois de de plus dans le désarroi juste avant le jour J ? Il y a quelques jours, la préfète des Hautes-Alpes s’est opposée à la tenue de l’Embrunman. Mais en réaction, son organisateur a introduit un référé en justice. Celui-ci argumente notamment que d’autres évènements sportifs de masse sont maintenus à la même période à Embrun et dans la région, dont le Tour de France cycliste. Et qu’il prévu des mesures drastiques, dont l’obligation pour chaque participant se soumettre à un test 72 heures avant la course.
A l’heure où j’écris ces lignes, soit à 13 jours de l’évènement, je ne sais toujours pas si le virus coulera aussi mon deuxième objectif ou si je reviendrai à sa hauteur. Une chose est par contre certaine, jamais il ne triomphera de mon virus pour la course à pied et le triple effort ! Et d’ailleurs, mon Embrunman, Embrunman ou pas, j’en prendrai le départ. Mais cela, c’est une autre histoire pour le moment.

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