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Des Petits Riens qui font tout

4 février 2021
par  Fernand Letist
( Le virus de la solidarité , Presse écrite )

Pionnière de la vente de seconde main, l’asbl Petits Riens est aujourd’hui un acteur social sur tous les fronts. Maisons d’accueil pour hommes, femmes et enfants, réinsertion socio-professionnelle, aide aux SDF et précarisés, économie circulaire... La crise Covid a galvanisé encore plus les équipes de l’entreprise d’économie solidaire.

2020 aura été pour les Petits Riens une année-charnière. Plutôt positive ! Non pas côté financier car déjà le premier confinement avait causé une perte nette de 3 millions d’euros (sur des rentrées annuelles moyennes de 12,4 millions d’euros en 2019). Ensuite, la deuxième vague a remis à l’arrêt les magasins et le giga-centre de tri de l’entreprise d’économie sociale, creusant encore son manque à gagner. Non, le positif est ailleurs. Sur le terrain des valeurs et de leur mise en pratique. « Sur tout notre volet d’activités sociales, moins visibles que nos magasins, nos équipes sont restées sur le pont, en première ligne, plus mobilisées que jamais à œuvrer pour que la crise sanitaire accentue le moins possible la crise sociale, souligne Claudia Van Innis, porte-parole des Petits Riens. Cela a été un vrai défi pour tous nos collaborateurs, obligés de se réinventer. Une solidarité époustouflante s’est manifestée en interne, de nos maisons d’accueil à notre resto social, en passant par nos actions d’assistance sur le terrain face à l’émergence d’une nouvelle précarité. »

À table !

Confinement ou pas, les fours et casseroles du restaurant social situé au 4ème étage du siège ixellois de la Rue Américaine n’ont pas arrêté de chauffer. Le réfectoire et les cuisines au-dessus des logements sociaux de la maison d’accueil, ont continué à servir les menus quotidiens aux résidents et aux employés des Petits Riens. Mais aussi à mitonner des repas destinés aux sans-abris. De 300 avant la pandémie, l’équipe du resto a poussé l’effort à 420 repas par jour depuis mars. « La sombre période actuelle m’a confortée dans mes convictions sur l’utilité de mon travail. On n’a pas arrêté, souffle Martine, la cheffe de cuisine à la tête d’une douzaine personnes. Un mix entre résidents de la maison d’accueil et bénévoles. Comme pour les magasins de seconde de main, l’économie du resto repose sur les dons. « Chaque menu du jour se fait en fonction des dons alimentaires quotidiens d’enseignes de grande distribution et de commerces de proximité comme des boulangers-pâtissiers. A côté de ces précieuses denrées, il y a quand même autour de 40% de produits de cuisine qu’on est obligé d’acheter. ».

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Le resto social
© Fernand Letist

Sam, jeune résident du logement social et préposé aux desserts, témoigne de son vécu : « Je connaissais les Petits Riens pour y avoir été bénévole mais à un moment ma vie est un peu partie en live et je me suis retrouvé dans une vraie galère. On m’a recueilli ici et comme je suis cuisinier de formation j’ai intégré le resto social. Ça m’a fait du bien, ça occupe les mains et surtout l’esprit. Et puis, il y a l’équipe, une bonne ambiance, une mentalité ouverte et solidaire. Tous différents mais on regarde ensemble dans la même direction ».

Au-dessus de sa casserole de sauce curry, Mimo, patron d’un resto voisin, est là comme bénévole. « Je viens ici deux matins par semaine parce que je ne supporte pas que des gens soient dans la misère. L’essentiel c’est de les aider à rester debout. Moi je le fais grâce à mes couteaux, mon savoir-cuisiner et mes sauces. Cet épisode Covid justifie encore plus notre action… L’avenir c’est l’orange (sourit-il en brandissant une agrume), le soleil, l’espoir »

Un toit pour soi

Outre le couvert, le minimum social est aussi le gîte. Là aussi depuis plus de 10 ans, les Petits Riens se démènent. Outre la maison d’accueil aux 80 chambres de la rue Américaine réservées aux hommes seuls et adultes, une deuxième de 15 places est située à Forêt sous le label @home 18-24 (en rapport avec l’âge requis) Tous les hébergés bénéficient aussi d’un accompagnement psychosocial, administratif, médical en plus du gîte et du couvert. Les Petits Riens se concentrent à présent sur l’achèvement et l’ouverture de leur Maison de la Parenté courant 2021 : « Cette nouvelle maison d’accueil prend forme dans un grand bâtiment que nous avons racheté et que nous aménageons près de la gare du Midi, précise Claudia Van Innis. Il abritera 16 logements multimodulables entièrement réservés à des familles monoparentales ou femmes enceintes en situation précaire.

Seconde main… à tendre

L’impressionnante palette d’actions sociales est principalement financée par les ventes d’objets et de vêtements de seconde main des Petits Riens via son magasin central bruxellois bien connu, et ses 26 autres plus petits magasins disséminés à Bruxelles. Là aussi, 2020 a généré de nouveaux défis. A commencer par la marquante métamorphose de l’espace de vente du magasin historique de Ixelles. Pour répondre aux mesures sanitaires liées au Covid, il a été ramené aux 700 m2 du seul rez-de-chaussée, au lieu des 2100 m2 des trois étages habituels. Les Petits Riens ont profité de ce compactage pour tourner la page de leurs 80 ans de joyeux capharnaüm d’objets proposés en masse et par catégories. A la réouverture de mai, les visiteurs pouvaient découvrir des Petits Riens entièrement repensés selon un nouveau concept.

« Cela faisait un moment qu’on avait envie de changer la façon d’exposer nos objets, de repenser l’espace, l’agencement, explique Gerardo, orchestrateur de la mutation. Le Covid en a donné l’opportunité. Celle d’être sélectif, de réunir tous nos services sur un seul étage, avec une seule caisse, d’offrir aux visiteurs une expérience commerciale plus moderne ». Désormais, on suit un parcours façon IKEA, à travers des îlots aménagés en différentes coins successifs : salle à manger, living, bureau, espace objets scolaires, pièce avec divers mobiliers d’extérieurs… « On essaie de marier des choses éclectiques de manière cohérente pour les valoriser dans un espace rationnalisé, explique Gerardo. Et réassorti régulièrement. En fonction des dons. »

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Gerardo
© Fernand Letist

Les dons, encore un autre défi. Jusqu’à nouvel ordre, les Petits Riens ne viennent plus chercher les objets aux domiciles des donateurs. Ceux-ci sont invités, hors confinement, à les amener sur place. Quant aux vêtements, la collecte se fait de préférence via les bulles jaunes de l’entreprise sociale. Après le premier confinement, les dépôts ont explosé… mais pas vraiment au niveau qualité de la marchandise. De plus, sur le terrain l’enseigne solidaire souffre de la concurrence de sociétés privées comme Curitas et autres privées qui paient les communes s’assurer leurs emplacements…

Tri responsable

« Réfléchissez bien à qui vous donnez. Notre finalité c’est l’économie sociale et l’aide aux plus démunis. Action que nous menons avec Oxfam et Terre. Pour d’autres sociétés, ce n’est qu’un business lucratif », décoche Nathalie Cambron, rayonnante directrice du méga-centre de tri anderlechtois des Petits Riens. « L’usine » qui (hors période de confinement), trie en moyenne 24 tonnes de textile par jour, 5000 tonnes par an, et quelque 1200 tonnes d’objets et appareils électriques par an ! Là aussi l’engagement social est partout dans les immenses hangars et entrepôts où les stocks d’objets et vêtements forment une forêt de tours multicolores.

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« L’usine » qui (hors période de confinement), trie en moyenne 24 tonnes de textile par jour, 5000 tonnes par an, et quelque 1200 tonnes d’objets et appareils électriques par an.
© Fernand Letist

Parmi la centaine de travailleurs de la fourmilière concentrée sur le seconde main, un tiers sont des personnes en réinsertion socio-professionnelle (article 60 ou autres statuts). Dans la zone « Horizon », nom de l’atelier de réparation/formation autour des appareils électros, on « répare » ou relance aussi les existences de personnes aux profils très divers. Le centre de formation initie par session d’un an des groupes d’une dizaine de personnes à l’électronique et à l’électromécanique. Ils sont une trentaine par an, hommes et femmes, jeunes et moins jeunes, à venir (ré)apprendre un métier et comprendre le fonctionnement des appareils... Les Petits Riens comptent plus que jamais maintenir leur cap solidaire en ce temps de crise sanitaire et sociale, voire le renforcer. Car dans seconde main, il y a main. A tendre, sans attendre.

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