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Demain, après le virus… dans l’univers de la maison : Une nouvelle vision du design et de l’architecture

30 juin 2020
par  Agnès Zamboni
( Demain, après le virus... , Presse écrite )

Trois professionnels de la décoration d’intérieur répondent à trois questions concernant l’évolution de leur métier.

Benoit Deneufbourg, designer et architecte d’intérieur

« La maison est une bulle familiale dans laquelle il faut recréer d’autres bulles plus personnelles. »

Qu’avez-vous fait pendant le confinement ?

Au début de la crise de la COVID 19, mon principal projet en cours concernait la scénographie de l’exposition Plant Fever qui devait se dérouler au Grand-Hornu de la fin mai à mi octobre. Une fois les musées fermés, ce fut le grand inconnu. Le report ultérieur de cette exposition m’a permis de démarrer une nouvelle réflexion car, avec les nouvelles mesures de distanciation sociale, les conditions de visite ne pouvaient plus être identiques : nous avons dû notamment supprimer certains équipements multimédia, envisager des espaces plus vastes pour éviter que les gens se croisent… Quant à la thématique de cette exposition - le design au service de la plante-, elle s’est encore plus imposée dans l’air du temps et dans l’actualité. L’importance des objets et du mobilier associés aux plantes, l’utilisation des parfums pour créer des huiles essentielles, l’alliance de la technologie et de la robotique avec la nature… tout cela a vraiment pris sens. Il a fallu aussi réfléchir au fait que cette exposition est itinérante. Créée pour le Grand-Hornu, elle va ensuite voyager notamment en Angleterre. Les éléments de scénographie, à base de panneaux de bois et d’effets de transparence, doivent être modulables et s’adapter à différents lieux de présentation.

Quels changements avez-vous opéré dans votre façon de travailler ?

Au début, il y a eu un télescopage entre ma vie professionnelle et privée car j’ai un fils scolarisé, en première année de primaire, et en garde partagée avec sa mère. Je n’étais pas préparé à devenir subitement un papa professeur et passer 100% de mon temps dans les devoirs. Il a été très difficile de m’adapter et j’ai dû ralentir mes activités professionnelles pendant 3 mois… Impossible de travailler chez soi dans ces conditions. J’ai passé beaucoup de temps à jardiner sur ma terrasse. J’ai repris contact avec des personnes comme mon frère que j’avais délaissé. Les médias sociaux ont été aussi très précieux pour conserver le lien.

Quelles nouvelles idées sont nées de votre réflexion ?

Cette période m’a fait comprendre qu’il faut revenir à l’essentiel et à l’humain. Mes compétences en aménagement d’espace me permettent d’aider les gens à mieux vivre à l’intérieur. Désormais, lorsqu’on rentre chez soi, l’entrée prend une place plus importante. C’est dans ce hall, comme dans un sas de décontamination, que l’on se débarrasse de toutes ses affaires. En plus des meubles de rangement habituels, on peut y ajouter un banc pour s’asseoir, des patères pour les masques, un lavabo pour se laver les mains… Il faut réinventer cette zone neutre. Il faut aussi aménager une pièce au calme, pour tous les télétravailleurs, ou, en cas de manque de place, recréer une pièce avec un système d’isolement, comme un paravent. Je l’ai moi-même expérimenté, lors de cours que je continuais à donner à La Cambre : Pas facile de se concentrer pendant une vidéoconférence, lorsque votre fils se promène déguisé en indien… dans votre dos. Et bien sûr, je pense que le végétal va prendre plus d’importance dans les villes. Intégration de plantes dépolluantes, filtrage de l’air intérieur, aération et nettoyage facilitée de la maison, priorité du rangement… tous ses sujets sont à l’ordre du jour. Je pense aussi au stockage des aliments. Car désormais, on fait des réserves, on sort moins souvent pour faire les courses et on a pris l’habitude cuisiner plus. Et dans les deux projets d’intérieur que je démarre actuellement, je souhaite mettre en pratique ces nouvelles idées pour adapter les espaces aux habitudes prises pendant le confinement (www.deneufbourg.com).

Caroline Notté, architecte d’intérieur

«  A la maison comme au bureau, les fonctions sont les mêmes et s’entrecroisent.  »

Comment avez-vous abordé le confinement ?

Au début de la crise de la COVID 19, je suis restée chez moi, j’ai fait un break. J’ai mis mes dossiers professionnels en cours, de côté, et j’ai soigné mon espace intérieur. Pendant le confinement, j’ai continué mon métier en offrant gratuitement des conseils sur internet, dans le cadre de newsletters. En consacrant mon temps aux autres, j’ai échangé avec des personnes très intéressantes et j’ai enrichi ma réflexion. J’ai répondu à des interviews dans la presse et à la radio pour aider les gens à redéfinir un espace et y trouver le calme. Il y a des astuces simples pour s’isoler et absorber le bruit, se barricader avec des livres, suspendre un tapis, installer des photos, utiliser des huiles essentielles… et surtout s’entourer d’objets rassurants qui font du bien.

Quels changements avez-vous opéré dans votre façon de travailler ?

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Architecte Bruno Erpicum
© Jan Verlinde

Depuis un certain temps, mes activités dans le secteur du résidentiel ont glissé vers celui du bureau. Et j’ai constaté qu’il y a peu de différences entre un lieu de vie privé et un espace de travail. On peut les aborder de la même façon. Un bureau doit être confortable et agréable pour être performant. Pour cela, je travaille sur les 5 sens. Au travail comme dans un espace domestique, le confort - assis, debout ou couché - est important pour être performant. Beaucoup d’entreprises et d’espaces de coworking proposent des cours de yoga, des séances de méditation, des espaces pour des micro-siestes. Dans les entreprises, la mode de l’open space se termine et les zones de travail sont reprivatisées. Pendant cette crise, on a beaucoup parlé du télétravail, mais je crois qu’il faudrait idéalement conjuguer télétravail et bureau à l’extérieur, pour ne pas perdre le contact avec les autres.

Quelles nouvelles idées sont nées de votre réflexion ?

Mon métier doit aider les gens à se ressourcer pour les rendre heureux. Désormais, je refuse le gaspillage de matériaux mais aussi la perte de temps ; je m’intéresse de plus en plus à l’upcycling et au détournement d’objets et de fonctions. Je privilégie le retour aux sources avec des artisans locaux, plutôt que d’aller chercher des fournitures et matières premières au bout du monde. Adepte de la slow life, je me recentre sur les besoins fondamentaux. On peut opter pour IKEA et aimer la qualité. On peut mixer le cher et le pas cher, l’éphémère et l’intemporel… En réapprenant à savourer l’instant, à écouter les autres, en évitant de consommer n’importe comment et en appréciant ce que l’on a, on avance et on comprend que la vie est la chose la plus importante. Lâcher prise et ne pas prendre tout au sérieux, faire confiance à la vie, laisser parler son cœur… toutes ces réflexions vont nourrir mes relations futures avec mes clients qui parfois passent trop de temps à choisir une simple chaise. La nature nous montre l’exemple. Et si on n’a pas de jardin, on peut s’offrir une plante. J’ai aussi réfléchi sur des idées dans le domaine de la table car le temps des repas a repris une place de premier choix dans notre existence (carolinenotte.com).

Olivier Stévenart, éditeur de meubles et objets de la marque Cruso ?

«  Les lieux de vie d’aujourd’hui sont flexibles et réclament des meubles à leur image, à la fois classiques et généreux. »

Qu’avez-vous fait pendant le confinement ?

Après avoir assumé la terrible nouvelle, comme un coup qu’il faut encaisser sans préparation, nous nous sommes réorganisés pour protéger notre entreprise et répondre aux demandes. Bien sûr, avec l’inconvénient des délais repoussés et une production en pause complète, pendant 3 mois, nous avons accumulé des retards. Mais nous avons continué à assurer les commandes, à répondre aux demandes, au ralenti, avec notre équipe de 7 employés qui ont travaillé à temps partiel.

Quels changements avez-vous opéré dans votre façon de travailler ?

Pour nous adapter au plus vite et ne pas perdre notre temps, nous avons focalisé notre énergie sur la transformation de notre site, un projet important que nous n’avions pas eu jusqu’alors le temps de concrétiser, car le début de l’année 2020 a été très actif, avec de nouvelles créations. Côté design et graphisme, il y a eu beaucoup d’effervescence. Après l’annonce de la suppression des salons Maison & Objet en septembre et Interieur en Octobre, nous avons décidé de repousser la présentation officielle de nos dernières nouveautés en janvier 2021. Nous réfléchissons sur un éventuel événement dans le cadre de Brussels Design September, mais rien n’est encore décidé, à ce jour.

Quelles nouvelles idées sont nées de votre réflexion ?

Nos créations modernes et intemporelles portent déjà l’empreinte de notre époque : Réalisées avec la collaboration de designers indépendants, elles illustrent l’ADN de Cruso qui valorise des objets bien faits, beaux sous toutes leurs coutures. Ce sont des objets intelligents et universels, simples et généreux qui s’adaptent dans tous les univers, lieux de vie privés, bureaux, restaurants, hôtels…Chacun peut se les approprier. Étagères multifonctions, meubles qui se coordonnent, sièges avec différentes hauteurs d’assise, accessoires polyvalents… Nous allons prochainement décliner la nouvelle chaise Springback avec un coussin de garnissage et nous travaillons activement sur un modèle de luminaire inédit. Dans notre production future, nous continuerons à œuvrer pour une philosophie de design durable et peu polluant, en éliminant l’utilisation du plastique, en optimisant l’usage des matériaux, en choisissant des emballages plats pour transporter nos modèles de chaises par palettes de 10 ou 12… Nous optimisons toujours l’usage des matériaux, proposons des lignes rondes et fraîches, pas trop minimalistes, avec une jolie technique visible. La fabrication est aussi entièrement européenne (www.cruso.com).

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