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Dans le désert de Taizé

6 août 2020
par  Freddy Derwahl
( Le virus de la solidarité , Presse écrite )

État d´urgence : La pandémie, la Communauté des Frères pour la Réconciliation et l´Unité des Chrétiens

Il fallait patienter pour recevoir la permission d’une visite à Taizé pendant les temps du corona. Au mois de mai la France était encore gravement touchée par le virus. Bien que le président Emmanuel Macron avait déclaré, « Nous sommes en guerre », la pandémie restait offensive. « Guerre », c´est pour les Français après les batailles de Verdun et l´occupation allemande un terme presque mythologique. Autant plus strictes les restriction pour ce peuple, qui goûte sa liberté. Une « résistance », qui avait sauvé l´honneur des Français en 1940-45, n´existait pas dans la crise-corona. Pas de « maquis » contre l´ennemi. Seulement le respect des restrictions de l´état garantissait la protection. Aussi les 70 frères de la Communauté dans le sud de la Bourgogne devaient s´adapter. Ils le faisaient vite.

La France anciennement chrétienne, qui se aimait se considérer comme « fille ainée de l´église », se souvenait dans ces mois avec un peu de mélancolie des ses églises. Ils n´étaient pas seulement vides mais aussi fermés. La ruine de Notre-Dame ressemblait à un symbole de ce détresse. La foi était réduite à un exercice privé, semblable aux moines dans leurs clôtures. Même la logistique médiatique pour sauver un minimum de liturgie ressemblait plutôt à une bonne volonté : des feux d´alertes devant une mer agitée.

Quand Frère Ulrich me signalait début juin de pouvoir venir visiter la Communauté sur la petite colline près de Cluny, il y régnait un soulagement prudent. Les portes s´ouvraient en silence, entrées et sorties étaient séparés, la distance de 1,50 mètres marquées, le masque évident. Dans les rues partout les indication nécessaires ; devant les lieux de rassemblement et d´habitation des moyens de désinfection. Devant le centre d´accueil « La Moranda » régnait le calme. C´est la psychologie de la crise, l ´ennemi attend ; celui qui sort, se fait attaquer.

Pas encore de rencontres de jeunes, seulement une vingtaine de volontaires de tout le pays faisaient leur service de lavage et de préparation. Deux fois par jour ils se rassemblent avec un frère sous une tente pour interpréter à leur façon un texte biblique. Ce sont tous des autobiographies. Christoph de Stuttgart, qui avait raté des études de médecine parlait des apôtres « ivres » le matin de la pentecôte. La belle noire Noémie du Gabon critiquait avec des yeux de feu la situation désastreuse des femmes de son pays.

Quand ils mangeaient dehors, on le ses entendait blaguer et rire. C´était comme un mélange de courage et d´espoir. Lorsque j´arrivais trop tard pour le petit-déjeuner, la koréenne Kim m´offrait une pomme, Marie-Christine, 17 ans, de Nanterre venait avec du chocolat. Et puis le grand Edward du Vermont, 26 ans, qui en avait mare de travailler comme garçon dans bar de « table-dance » faisait un tour du monde avec son vélo pour finalement se faire moine au Mont Athos dans le nord de la Grèce. Quand il me voyait avec la pomme et le chocolat, il insistait que j´accepte sa baguette. Rien à faire il fallait obéir : « Please dear friend, it arranged me ». Il prétendais d´avoir trop à porter… C´est l´existencialisme léger des premiers chrétiens.

Samedi, 20.20 heures, lourdes coups de cloches, en dix minutes commence la prière du soir avec sa fête de lumière devant l´icône de la résurrection. Le silence est profond, on s´effraye comme si c´était un alarme avant une tempête de sable au désert, le désert de la corona. Peu de personnes, mais tous avec masque, aussi les frères, qui entrent dans l´église dans leurs longs habits comme des conspiratifs, on ne voit que leurs yeux. Chacun à genoux à sa place, en dernier lieu le prieur allemand, frère Alois, qui a succédé le frère Roger, qui fut assassiné à cette place par une femme malade. Son sang coulait sur le tapis beige, un dernier regard de douleur et de pardon, raconte un témoin. Est-ce un lieu de crime. Ici tout est lieu.

Les frères chantent « Seigneur, lumière de nos cœurs. Tu est le chemin vers l´éternité ». Avant résonnait un fort « alléluija » et dans le lecture un frère du Kameroun récite un passage marquant du livre de l`Apocalypse : « Regardez, je fais tout nouveau, je suis l´alpha et l´oméga ». C´est le rituel de la liturgie du jour, rien n´a été ajouté par circonstances, mais tour garde un contexte devant le fond de la crise, qui a déjà causé la mort de centaines milliers de malades. La terre éprouvée et le ciel libérateur se touchent.

Dans l´église et ses annexes, qui peuvent héberger presque 2000 personnes, comptent les règles de distance , les places disponibles portent un X. Ce soir ce sont environ 50 visiteurs qui se perdent dans cette grande surface. Les psaumes et prières signalent que personne ne craint cette « guerre » dont avait parlé le Président de la République. Un jeu de guitarre résonne comme des perles de verre qui crée une immunité contre le covid19. Dans le psaume 139 ils chantent que l´obscurité n´est pas obscure, mais lumière. L´ allusion au président Macron n´est pas politique mais la Communauté mène cette guerre avec d´autres armes. Pas de légion étrangère monastique. Si déploiement, alors que seul avec les mains de prieurs devant les icônes. Un enfant africain dans un tshirt du FC Livepool distribue des cierges et un vieux frère lit : « Paix soit avec vous disait le Christ ressuscité ». Une vague de lumière traverse l´église. Lumière de lumière.

Peut-être le silence qui suit est le moment le plus fort de cette vigile. Maintenant où tout est dit et que dans le cimetière de Golgota commencait la nuit de lla résurrection, on retient le souffle. Ce silence est très profond, il embrasse le grand vide, qui enferme Taizé et mène au lieu de l´essentiel devant le tabernacle à droite de l´icône de la vierge. Il n´est facile de rester calme pendant ces dix minutes, qui ressemblent à une éternité. C´est comme une nuit dans le désert, les étoiles de Dieu, ses anges et ses saints sont tout proche. Frère Alois quitte en premier l´église, sa marche à travers les frère a quelque chose de choréografique, une assemblée der personnages blancs. Quelques uns restent encore devant le sanctuaire : veillée de nuit, pas de peur devant l´ennemi.

Le dimanche soir rencontre avec le frère Ulrich, originaire de Bavière, sous les arbres dans le jardin. Depuis le mouvement de ´68 il est un ami, toujours prêt à aider. Sa place se trouve dans la première rangée de l´église, de son âge il ne dit rien, j´estime fin quarante et il sourit : »Beaucoup plus ». Son avis le plus importante consiste dans ses mots que la crise se montre pour toute la Communauté « révélatrice ». Dès le début de la crise tous ont réagi avec beaucoup de courage. Il raconte qu´il a fallu d´une seule après-midi pour prendre toutes les décisions qu´exigeait les restrictions. La grande Communauté était divisée en huit groupes de dix personnes. Ils priaient, mangeaient et communiquaient seul. Dans la dynamique de groupe certainement un risque, mais tout fonctionnait. Lorsque frére Alois demandait après quelques semaines, si quelqu’un voulait changer, personne le signalait.

Pendant ces mois beaucoup changeait, les contacts, l´humilité devant les choses simples et la vie de prière. Un grand silence comme au désert, une vie réduite,
toute concentrée sur Dieu, comme chez les pères du désert au 4ième siècle dans la sketis égyptienne Arsenios et Jean Kolobos : « Compter avec la déduction jusqu´au dernier souffle ». Mon partenaire me parlait de la grave crise d´abus sexuels que les frères avaient traversé la dernière année. Ils étaient loin delà de n´en plus souffrir, le choque resta présent. Frère Roger au cimetière du village a été épargné de cette souffrance.

Lundi à l´aube devant sa tombe. Il s´est passé une métamorphose. Les frères ne voulaient pas de culte autour de leur fondateur dans l´odeur de la sainteté´. Son tombe directement avoisinante de la petite église romane, dans laquelle dans les années 40 tout commença, ne se distingue pas de celles des autres six frères. Une petite croix en bois, pas de nom de famille, pas de date, rien que fleurs, lubélies, coquelicots rouge et jaune, lavande. Le petit siège a disparu, pas de cièrges, ni messages, non plus de pierres à la manière juive. Il est rentré et arrivé.

Lorsque je quittais le cimetière je découvrais dans un coin un arrosoir an plastic vert. Je l´ai rempli d´eau et je suis retourné à sa tombe. C´était merveilleux d´arroser ce petit tapis de fleurs. Premiers rayons de soleil, le jeu brillant des gouttes, les feuilles qui se levaient, une odeur toute fraîche, la pureté. Peut-être il sera ainsi le matin de sa résurrection.

(Traduit de l’allemand par l’auteur)

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