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Comment un club de tennis et son secteur Horeca ont-ils surmonté la crise ?

19 juin 2020
par  Emmanuel Thyssen
( Le virus du sport , Presse écrite )

Michel Mouillard et Laurent Godissart, du Smash 51 (Liège) livrent leurs sentiments.
Le bout du tunnel est là, avec une lumière rayonnant chaque jour un peu plus. Pourtant, la crise sanitaire est passée par là. Et le club du Smash 51, situé à Liers (Herstal), n’a pas échappé aux craintes, aux peurs et aux pertes. D’autant que le club se compose de membres (400), d’une école de tennis (350 jeunes), d’un bar et d’un restaurant.

À la tête de l’école de tennis se trouve Michel Mouillard, jadis classé 7e joueur belge (A7) avant, notamment, de prendre la direction du centre de Mons durant une décennie. « Cette crise, lorsqu’elle a été annoncée mi-mars, on la redoutait. On peut s’interroger sur le moment choisi pour le confinement. En effet, Batibouw et la Foire du Livre venaient de s’achever… Maintenant, il ne faut peut-être y voir là qu’une simple coïncidence. Pour nous, cela tombait d’autant plus mal que l’on était encore à trois semaines de la fin des abonnements d’hiver. Dès lors, au niveau de l’organisation, cela a été un enfer. »

Avec, cependant, d’agréables surprises. « Les questions tournaient autour du remboursement de ces semaines perdues pour les joueurs. Rembourse-t-on ? Doit-on rembourser ? Propose-t-on des récupérations ? Doit-on proposer des récupérations ? La variété des statuts des affiliés de la saison d’hiver compliquait les choses, certains ne venant qu’en hiver, d’autres jouant aussi en été. Finalement, on doit remercier la bienveillance des gens, la majorité ayant laissé tomber ces quelques heures. Néanmoins, la solidarité a ses limites car les joueurs venant au tennis ont eux aussi été impactés par le Covid19. Donc, si certains n’ont pas fait ce geste envers le club, on ne peut leur en vouloir ou leur chercher misère. »

Pas mal de questions se sont posées ou se posent encore. L’école de tennis d’abord. « Au-delà de nos 350 jeunes, que l’on veut voir progresser et qui sont l’avenir du club, il y avait les professeurs. Indépendants, ils se retrouvaient du jour au lendemain sans travail, sans revenu. Aujourd’hui, alors que l’école de tennis ne tourne qu’à 20% en raison du nombre élevé de récupérations à absorber, je m’interroge sur les professeurs de tennis. Certains, au vu de ce qu’ils viennent de vivre, n’ont-ils pas le souhait de changer de boulot… Ce qui serait contrariant car trouver des éléments de qualité similaire pour les remplacer est tout sauf évident ! »

Privés des stages de Pâques, comment vont s’organiser ceux d’été. « Il y a toujours des points d’interrogation », poursuit Michel Mouillard. « Puis, nous avions 27 équipes de jeunes inscrites initialement pour les interclubs. C’était un record, mais les enfants disputeront-ils tous les interclubs à la nouvelle date ? »

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Toutes ces questions, naturelles, ne font cependant pas paniquer le responsable du club de tennis. « L’hiver est notre fond de réserve afin de subventionner l’été, il ne faudrait donc pas de rechute lors du prochain hiver. Au jour d’aujourd’hui, oui l’impact de la crise s’est fait ressentir. Mais, grâce à notre bonne gestion antérieure, cela nous permet de l’absorber. »

Qui dit sport amateur, dit convivialité après l’effort. Dans cette optique, la réouverture du bar et du restaurant est un vrai soulagement pour Laurent Godissart, locataire des lieux. Cuisinier ayant jadis eu son propre restaurant à Comblain-au-Pont (Le repos des pêcheurs) durant huit ans, le responsable du secteur Horeca du Smash a opté pour la sérénité. « Il est vrai qu’au moment où la décision de fermer les restaurants a été effective, on s’est posé des questions. La saison d’été allait à peine commencer et l’on se demandait vers quoi on allait. Ce coup d’arrêt va malgré tout nous priver d’un quart à un tiers de nos recettes. »

Aujourd’hui, le cuistot relativise. « J’ai vécu ces mois avec un maximum de sérénité car il n’est pas dans ma nature de céder au stress. J’avais la chance d’occuper une maison de campagne avec de l’espace… et avec des travaux me permettant de m’occuper. On en a aussi profité pour procéder à quelques aménagements et travaux de rénovation ou de peinture au Smash. Tout cela ne m’empêchait cependant pas de m’interroger : allait-on vraiment pouvoir rouvrir un jour ? Parfois aussi, la politique me semblait incohérente. Je dois par ailleurs souligner l’absence totale de pression mise par le club lors de ce passage compliqué. »

Si cette crise sanitaire n’appartient pas encore totalement au passé, Laurent Godissart s’est réjoui de retrouver sa clientèle. « Ce qui m’a le plus manqué est l’excitation du métier. Avec ses coups de feu où il faut servir de nombreux plats simultanément… Par contre, la situation aurait été bien pire si je tenais toujours aujourd’hui mon restaurant ‘le Repos des Pêcheurs’ avec un remboursement de prêt à la clé ! Depuis la réouverture, je n’ai vu que des sourires, l’attitude des clients montrant leur soulagement de pouvoir recommencer leur sport tout en pouvant profiter d’un moment de convivialité ensuite. »

Posé, Laurent a aussi analysé notre vie d’avant et celle de pendant le confinement. « Ce serait bien que l’on en revienne aux choses essentielles ou que les gens poursuivent une manière de vivre que beaucoup ont découverte ce printemps en se fournissant avec des produits locaux… Notre vie est souvent une course à l’armement, à la consommation. Or, lorsque l’on a l’obligation de rester à la maison, on se rend compte que les choses peuvent attendre… »

Des choses oui, mais plus les clients…

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