JOURNALISTE FREELANCE.BE Le site des journalistes indépendants

Comment le scoutisme a-t-il traversé les deux vagues de covid-19 en Belgique ?

19 novembre 2020
par  Indy Machiels
( Le virus de la débrouille , Presse écrite )

Pour le scoutisme, comme pour de nombreux secteurs, tout a commencé, ou plutôt fini, en mars 2020. Pendant le confinement du printemps passé, s’il était interdit de se rassembler et d’avoir des contacts physiques, les mouvements de jeunesse ont fait preuve d’imagination pour permettre aux jeunes de garder contact.

La fédération scoute de Belgique proposait, par exemple, à ses 62.000 membres un tas de conseils et d’activités pour se réunir en ligne et garder ce contact si précieux pour les plus jeunes.

D’abord interrompues jusqu’au 19 avril, puis jusqu’au 8 juin, les activités scoutes ont pu reprendre, sous certaines conditions, à cette date mais sous certaines conditions, après près de quatre mois sans contact physique.
Voilà ce que communiquait la fédération des scouts la veille de cette reprise.

● Les groupes ne dépasseront pas 11 personnes (dont un animateur s’ils s’agit de mineurs – pas de réunion entre jeunes sans encadrement). Ces personnes ne sont pas à comptabiliser dans la bulle personnelle de 10 personnes.
● Si les rencontres se font en intérieur, la superficie de la pièce totalisera 4m² par personne. Les activités en extérieur sont cependant à privilégier.
● Port du masque obligatoire pour les plus de 12 ans.
● Distance d’1,5 m entre chaque participant entre les plus de 12 ans et vis-à-vis des plus jeunes.
● Respecter les mesures d’hygiène prescrites depuis plusieurs mois.
● L’animateur de la réunion prévoit un registre de présence pour le tracing en cas de suspicion par la suite. Ces données sont conservées un mois.

Mais la déclaration la plus réjouissante pour des milliers d’enfants a certainement été celle de 22 mai 2020.

« Bonne nouvelle ! Les autorités politiques ont rendu leur décision : les camps d’été pourront avoir lieu, mais sous certaines conditions. »,

écrivait la fédération scoute de Belgique.

« Mon fils a fait son sac dès qu’il a appris la nouvelle, comme s’il partait en camp le lendemain »,

confie Ariane, maman d’un éclaireur de 13 ans à Bruxelles.

Des camps qui ont soulagé tout le monde

Si les camps ont pu bien avoir lieu cet été chez nous, tout un protocole devait être respecté scrupuleusement par les animateurs et les animés afin de prendre un maximum de précautions sanitaires. Ainsi, un vade-mecum de plus de 30 pages a été publié, reprenant toutes les mesures à adopter pour qu’un camp puisse s’organiser.

Parmi les mesures en vigueur pour pouvoir mettre en place un camp cet été 2020, trônait la règle des bulles de 50 personnes. Cette décision des autorités a fait couler beaucoup d’encre puisque de nombreuses de sections (plus d’une centaine juste pour la fédération des scouts de Belgique) dépassent, parfois à peine, ce nombre.

La question s’est posée pendant plusieurs semaines : la règle des bulles de 50 personnes pourra-t-elle être assouplie lors des camps d’été ? La ministre de la Jeunesse Valérie Glatigny (MR) a communiqué après une visioconférence qui a réuni différents acteurs le 16 juin dernier.

Cette visioconférence a été organisée par la ministre, avec les parents à l’initiative d’une pétition ayant pour objet l’élargissement des camps et des bulles de contact, des représentants des fédérations des scouts et guides, et Erika Vlieghe, docteur en épidémiologie à l’Université d’Anvers et Présidente du GEES (groupe d’experts en charge de la sortie de la crise sanitaire à cette époque).

Cette réunion a été l’occasion de répondre aux questions des parents plongés dans l’incompréhension.

« Je ne comprends pas cette règle de 50, mon fils est dans une section dans laquelle ils sont 58, c’est absurde de devoir diviser ces enfants », s’indignait Laurent, père d’un éclaireur bruxellois de 14 ans.

JPEG - 471.5 ko
Camp scout à Herbeumont, été 2020
Une logique sanitaire selon certain experts

Il a été rappelé que le nombre de 50 enfants par bulle, inscrit dans un arrêté ministériel, obéissait à une logique sanitaire, et résultait d’une concertation avec les experts du GEES et les organisations de jeunesse, communiquait la ministre de la Jeunesse.

Cette décision a pourtant surpris de nombreuses sections qui dépassent ce nombre de 50 de quelques participants puisque d’autres experts comme le porte-parole interfédéral Covid-19, Yves Van Laethem, disait à la mi- juin que le bon sens devrait primer. Un assouplissement de cette mesure à la réalité du terrain n’aurait, en effet, pas d’impact au niveau sanitaire, selon lui.

"Aucun modèle scientifique ne dira que ça changera quelque chose si on assouplit la règle, le bons sens doit primer". Par ailleurs, plusieurs animateurs, parents et chefs d’unité expliquaient que ce chiffre de 50 rendait l’organisation de leurs camps "infernale et très laborieuse". "Le casse-tête logistique et organisationnel serait indémêlable pour les chefs si la règle n’est pas assouplie", témoignait Gaëlle, cheffe d’Unité à Bruxelles.

L’assouplissement attendu n’a finalement pas été autorisé. De nombreuses sections ont donc dû diviser les enfants, les chefs, les intendants, trouver plusieurs endroits de camp en dernière minute, ou même annuler le camp.

Un bilan positif après l’été

Alors que 1680 camps scouts (sans compter les mouvements guides ou les patros) ont été organisés cet été, “seulement” 150 jeunes ont été suspectés d’être infectés par le virus.

Ils ont dû rentrer chez eux pour réaliser un test, mais aucun n’a été positif. Leur départ n’a pas déclenché l’annulation de leur camp.

D’un autre côté, cinq personnes ont obtenu un résultat positif à leur test covid. Deux pendant les camps et trois après les camps. Pour ces derniers, il n’y a donc pas eu de conséquences sur l’organisation des camps. En ce qui concerne les deux plus malchanceux, ils ont causé la fermeture de leur camp respectif.

Si ces chiffres sont rassurants, plus d’une centaine des sections a tout de même décidé de ne pas réaliser de grand camp en juillet ou août cette année. La raison ? Les mesures trop strictes imposées par les autorités qui ont mis à mal l’organisation. Parmi ces sections, nombreuses sont celles qui avaient prévu de partir en dehors de la Belgique, ce qui était impossible puisque la règle empêchait tout mouvement de jeunesse de s’éloigner à plus de 150 kilomètres de la frontière.

Une rentrée en dents de scie

La rentrée scoute a bien pu se faire en septembre, mais à nouveau, un protocole strict devait être respecté. Les mouvements de jeunesse ont donc pu reprendre leurs activités en respectant des mesures se référant à un code couleurs (vert, jaune, orange ou rouge), comme les écoles.

Si le mois septembre et une partie du mois d’octobre se sont déroulés presque normalement pour les sections, tout a rebasculé dès le 24/10. Les week-ends ont été annulés pour les plus de 12 ans, et les nuitées étaient interdites hors vacances scolaires. Cela n’aura duré que quelques jours puisque le code rouge a été déclaré le 29 octobre dernier. Il signifie que toutes les activités pour les plus de 12 ans sont suspendues et que seules les réunions normales sont autorisées sous conditions pour les moins de 12 ans.

Les mesures annoncées par le dernier Comité de concertation et actuellement en application ne prévoient pas de reprises des activités de jeunesse (pour les + de 12 ans) avant plusieurs semaines. Pendant cette durée indéterminée, une fois encore, les animateurs sont encouragés à garder contact grâce à des plateformes en ligne, qui permettent, tout de même, de faire vivre le scoutisme en ces temps de pandémie.

Partager :