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Au service des périphéries délaissées

12 juillet 2021
par  Hugo Leblud
( Tout... sauf le virus ! , Presse écrite )

C’est une discrète maison conventuelle, sans charme ni cachet, sobrement bâtie au flanc de l’église paroissiale de l’ancienne commune de Jemappes, aujourd’hui intégrée au sein de l’entité du grand Mons. En dessous de la sonnette, une petite plaque de pierre : « oblates régulières de l’Ordre de Saint Benoît, infirmières à domicile ». Vivent ici six religieuses « Bénédictines de Vie Apostolique », davantage connue sous l’appellation « Servantes des Pauvres », ce dernier substantif, dès les fondements de cette congrégation d’origine française, étant toujours écrit avec une majuscule.

Chaque jour, à pied, à vélo ou à mobylette et beaucoup plus rarement en voiture, ces religieuses, infirmières ou aides-soignantes, officiellement reconnues par les autorités sanitaires belges, vont soigner des malades à domicile. Ces sœurs, dont la plus jeune est dans la quarantaine, limitent leur apostolat au stricte périmètre géographique de la commune de Jemappes, ne prodiguant aussi leurs soins qu’aux malades les plus déshérités.

Depuis 1903 à Jemappes

« Le charisme de notre institution est de soigner, de visiter les personnes souffrantes qui sont souvent dans le dénuement parfois le plus total, privée de toute aide matérielle et financière, bien des fois sans le secours de la mutuelle » explique Sr Anne-Cécile, la mère prieure de cette dernière et unique implantation belge des Bénédictines de Vie Apostolique.

Si cette congrégation hospitalière fondée à Angers en 1872 par Dom Camille Leduc, moine bénédictin de l’abbaye de Solesmes, fut présente en Belgique à Tournai et à Bruxelles dès le début du 20ème siècle avec jusqu’à trois implantations dans la capitale de l’Europe, seul la communauté de Jemappes, ici depuis 1903, a été maintenue. Les Servantes des Pauvres ne comptent plus aujourd’hui qu’une grosse centaine de religieuses, dont trois de nationalité belge. A noter que le noviciat à Angers, préfecture du département de Maine-et -Loire, accueille actuellement de nombreuses postulantes.

« C’est le signe, ces dernières années, d’un indéniable renouveau » se félicite, tout sourire, la mère prieure de Jemappes !

Outre la France et cette dernière implantation en Hainaut à l’échelle de la Belgique, des communautés des Servantes des Pauvres sont actives au Sénégal et en République Démocratique du Congo, plus précisément dans la région des Grands Lacs.

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© Hugo Leblud

Au-delà du soin

« Dans le secteur des soins de santé, la concurrence est rude » admet volontiers Sr Anne-Cécile. Mais Les Servantes des Pauvres, discrètes pas nature et surtout connues par le bouche à oreille, apportent, au-delà des soins médicaux proprement dits aux plus précarisés, une présence, un service qui peut se prolonger jusqu’au partage d’une prière avec le malade. « Dans ces milieux très défavorisés existe une étonnante piété populaire ou encore la pratique de véritables valeurs chrétiennes, pas toujours identifiées comme telles, comme le pardon ou l’entraide » observe la religieuse.

« Dans la personne qui souffre, nous voyons le visage du Christ souffrant, la devise de notre congrégation étant Quaesivi Vultum tuum (C’est Ta Face, Seigneur, que je cherche) » précise encore Sr Anne-Cécile.

L’habit nous identifie

Les Servantes des Pauvres, comme on peut l’imaginer dans une ancienne commune minière comme celle de Jemappes, sont régulièrement sollicitées : « nous répondons à toutes les demandes, notamment dans les familles musulmanes ou encore les communautés gitanes où peu de personnel soignant se hasarde encore. A chaque fois, peut-être grâce à l’habit que nous portons en signe de consécration à Dieu et qui nous protège, nous sommes accueillies avec un réel respect » souligne Sr Stella Marie, à Jemappes depuis 2015. Cette religieuse bénédictine française, qui a fait ses trois années d’études d’infirmière à Tournai, est visiblement heureuse d’exercer, comme à Jemappes, son charisme aux périphéries. « Les Servantes des Pauvres n’ont d’ailleurs pas attendu les propos du Pape François pour s’occuper des plus défavorisés puisque nous avons toujours, dès la création de notre congrégation, servi le Christ dans les plus pauvres » ponctue Sr Anne-Cécile. Comme le résume la mère-prieure avant de prendre congé : « Nous vivons un seul et même amour au service de Dieu et des Pauvres »

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