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A l’hôpital des animaux

5 août 2020
par  Pauline Zecchinon
( Tout... sauf le virus ! , Presse écrite )

Abandonnés ou blessés, les petits animaux sauvages trouvent refuge chez Birds Bay où ils seront soignés avant d’être relâchés. Visite d’une clinique pas comme les autres, au cœur du Brabant Wallon.

Il n’y a pas de pancarte rouge sur laquelle s’étalerait le mot « urgences » en toutes lettres. Pas non plus d’ambulances tonitruantes, ni de blouses blanches. Juste deux chalets de banale apparence, situés à quelques pas de la plaine de jeux du domaine Provincial du Bois des Rêves d’Ottignies. On met d’abord les pieds dans le premier, réservé à l’administratif. Nous voici donc à l’accueil. Y trône une imposante étagère à chaussures. Le vestiaire du personnel… ou plutôt des bénévoles qui font tourner le lieu 7 jours sur 7, chaque jour de l’année. Un peu plus loin, se trouvent d’immenses congélateurs sur lesquels d’étranges notes attirent notre attention : « Deux pigeons décongelés ce matin 9h », « Restes de souris ». Ah, le garde-manger des pensionnaires. Ceux-là mêmes que l’on retrouve dans le second chalet où nous sommes accueillis par des piaillements. Bienvenue à Birds Bay, un hôpital de campagne un peu spécial pour les petites bêtes à poils et à plumes. Ici, on s’active pour sauver des animaux en détresse amenés par quiconque aurait croisé leur route, pour autant qu’ils vivent à l’état sauvage.

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©Pauline Zecchinon

Armée d’une toute petite seringue, Annie nourrit les tout-petits. Ces bébés oiseaux, dont certains ont à peine quelques jours, sont tombés du nid. Dans leur couveuse, ils réclament à manger et nécessitent une attention presque constante que la bénévole leur prête de bonne grâce. Dans cet espace dédié aux volatiles, ils sont des dizaines à occuper les cages. Pies, geais, moineaux et tourterelles se partagent l’espace, jeunes d’un côté, adultes de l’autre. Au centre, l’ilot central occupe le rôle de table de soin. Ilona est en train de peigner soigneusement les plumes d’une pie à la brosse-à-dent. L’oiseau a fait la rencontre d’un piège à glue pour souris, et seule l’huile d’olive que lui applique la jeune fille permet d’enlever la colle. Chaque personne de la petite équipe des bénévoles en place ce matin s’active sous le regard de Fanny Mehl, la première vétérinaire que le centre a pu se permettre d’engager. Une première qui ravit. « Avant, on faisait appel tous les jours à des vétérinaires du coin, explique Maguy Delrue, une des bénévoles les plus actives. Car nous, les bénévoles, ne sommes pas autorisés à recoudre ou anesthésier un animal. Nous ne pouvons donner que des soins de base ».

Manque de place et d’argent

Avec l’arrivé de Fanny, Birds Bay a quelques rêves de grandeur. « Maintenant que nous avons un vétérinaire sur place, ce serait super de pouvoir avoir le matériel ici aussi. » L’idée serait de lui créer un espace dédié, ce qui n’est pas chose facile quand on manque autant de place que d’argent. « Sans les dons, on ne pourrait pas survivre ». La générosité des amis du dispensaire couvre presque la moitié des frais (le reste est pris en charge par les subsides de la région wallonne et de la province du Brabant Wallon), une aide indispensable à son bon fonctionnement. Car les coûts en nourriture, entretien, matériel et médicaments sont non négligeables. « Rien qu’une seule souris congelée, c’est déjà 1euro ! ». Cet été, un appel aux dons sur Facebook aura permis de remplacer la volière extérieure, emportée l’hiver dernier par une tempête un peu trop vigoureuse. « Si on veut du matériel pour pouvoir pratiquer des anesthésies, on devra sans doute faire pareil », note Maguy.

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©Pauline Zecchinon

Et puis l’hôpital des animaux, victime de son succès, se sent un peu à l’étroit. Il faut dire que, depuis notre arrivée, la sonnette qui indique la venue d’un nouveau pensionnaire n’arrête pas de résonner. « Une vingtaine de personnes nous ont déjà appelé ce matin pour nous amener des animaux, précise la vétérinaire. Il y en a toujours plus, et on arrive rapidement à saturation ». Le confinement, loin d’apaiser les arrivées, n’a fait qu’accroitre le problème. « On a eu énormément d’appels, notamment concernant des bébés écureuils. Comme les gens étaient chez eux, ils ont été plus attentifs que d’habitude à ce qui se passait dans leur jardin ». De la mi-mars jusqu’au mois de mai, Birds Bay a dû fermer ses portes. Les bénévoles, avec Maguy à l’organisation, se sont donc débrouillés pour accueillir les animaux chez eux.

Sauvez les hérissons !

Un petit hérisson de quelques semaines vient tout juste d’arriver. Avec les oiseaux, les hérissons comptent parmi les hôtes les plus nombreux en cette période estivale. Le diagnostic tombe. « Il a une petite plaie sur le ventre. Elle n’est pas bien méchante, mais puisqu’il est ici je vais lui donner tous les soins que je peux lui faire ». Celui-ci, chanceux, s’est probablement pris une ronce ou une clôture. Car le fléau des hérissons, ce sont les tondeuses automatiques. Activées de nuit, elles font des ravages sur ces petites bêtes nocturnes. A l’aide d’un coton-tige trempé dans du mercurochrome ‘comme pour les humains’, Fanny nettoie et désinfecte les plaies. « Je vais lui mettre une pommade cicatrisante ou lui donner un antibiotique local pour quelques jours. »

Trop jeune pour se nourrir seul et nécessitant de l’attention y compris la nuit, le petit animal se verra confier à une ‘famille d’accueil’. Comme tous les petits mammifères non-sevrés atterrissant ici, il ira effectuer sa convalescence dans la maison d’un bénévole, et ne reviendra à Birds Bay qu’une fois autonome. « Il passera alors en extérieur quelques jours et puis s’il prend bien du poids, on le relâchera. Le but ici est de soigner et revalider les animaux et puis de les relâcher le plus rapidement possible. » Tous ces animaux, nés à l’état sauvage, doivent y revenir. Pour certains, à l’image de ce petit geai, relâché il y a deux jours et qui volette toujours autour des chalets, la séparation semble difficile. « Certains restent dans le coin plus que d’autres, constate Maguy. Ils savent qu’il y a toujours de la nourriture par ici. Mais on ne fait plus attention à lui et, surtout, on ne le touche pas. Petit à petit, il retournera faire sa vie ailleurs, comme tous les autres avant lui. »

Pendant que les hérissons accaparent l’attention, les bénévoles continuent pourtant à se relayer auprès des oiseaux, à qui l’on n’arrête jamais de donner à manger tant que la lumière reste allumée. « Le matin, on ouvre à 9h. C’est le grand réveil des oiseaux qui piaillent dans tous les coins. La première activité pour nous consiste à nettoyer les cages. On s’occupe ensuite des soins, mais il y a toujours quelqu’un qui continue les gavages. » Pour s’y retrouver, l’équipe a instauré un système de fiches santé, accrochées à chaque cage et sur lesquelles sont indiqués l’état de l’animal, son traitement, le moment où il a été nourri et son évolution. « Chacun a aussi un numéro qui nous permet de donner des nouvelles aux gens qui les ont amenés ici », explique Fanny Mehl. Tous les vendredis après-midi, une permanence téléphonique est assurée pour maintenir le lien entre les animaux blessés et ceux qui les ont sauvés. « La demande de retour est énorme. Parfois, on n’arrive pas à répondre à tous les appels. Mais c’est important, car ce suivi nous permet aussi de sensibiliser les gens. »

Appel à l’équipe

Sensibiliser à leur cause, l’équipe de Birds Bay en a bien besoin. « On recherche sans cesse de nouveaux bénévoles », assure Maguy. Actuellement, ils sont une septantaine à se partager le calendrier et les différentes tâches, chacun donnant de son temps à la hauteur de ses moyens et de ses envies. « J’ai suivi ma grand-mère pour qu’on ait une activité en commun. Cela fait maintenant un peu plus d’un an que je viens ici, souvent pendant les vacances », explique Natacha, 16 ans, tout en donnant la becquée à un petit faucon affamé. « Je lui donne des souris coupées en petits morceaux. Il en a déjà eu deux. Je lui en donne encore ? demande-t-elle à une chevronnée. Ici, les bénévoles sont formés ‘sur le tas’ et se partagent les connaissances des uns et des autres.

L’après-midi est déjà bien entamée et on n’a pas vu le temps passer, ni vraiment pris le temps de manger. « C’est comme ça, quand on est ici, on ne s’arrête pas », assure Maguy. L’équipe de l’après-midi arrive cependant pour prendre le relais. Les bébés oiseaux réclament à nouveaux leur pitance, tout comme la minuscule musaraigne toute rose, d’à peine quelques centimètres arrivée la veille, qu’il faut nourrir toutes les deux heures. Et la sonnette annonçant l’arrivée de nouveaux animaux se fait encore entendre… Il en sera ainsi jusqu’à l’extinction des feux, vers sept ou huit heures du soir. La journée se terminera avec les soins et le nourrissage des quelques rapaces adultes, restés bien sages – et bien endormis – dans l’effervescence générale. A notre sortie du centre, on croise une jeune femme venant apporter un jeune hérisson blessé trouvé dans son jardin. Encore un. Pas de répit pour les bénévoles de Birds Bay, il y a toujours des animaux à sauver.

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