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A Ferrières, une famille qui a du chien.

5 août 2020
par  Sabine Leva
( Tout... sauf le virus ! , Presse écrite )

Marie Verdin est née dans une famille où les chiens ont toujours fait partie du décor.

Si certains naissent dans une famille de musiciens, d’artistes, de médecins, Marie Verdin, elle, est née là où les chiens faisaient partie du décor depuis des générations. Fille unique, Marie les considérait comme ses frères et soeurs, tout simplement. Pas étonnant dès lors que déjà petite fille, son rêve était de devenir toiletteuse canine. Mais la vie en a décidé autrement. Ses parents l’ont ainsi convaincue de faire des études supérieures et elle abandonna son rêve pour, à 22 ans, terminer une licence en information et communication, section anthropologie.
Toutefois, sa passion pour les chiens était toujours là.... Elle a ainsi réalisé un travail de fin d’études en rapport avec son sujet de prédilection. Il était intitulé "la fourrure ou la dent" (étude anthropologique de la communication entre l’homme et l’animal). "Ella a voulu se pencher sur ce sujet car, dans le monde d’aujourd’hui, raconte-t’elle, on considère parfois le chien comme un ours en peluche ou un joujou, en oubliant qu’il a des dents".

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©Leva

Dans son mémoire, elle traite la manière dont les journaux abordent les morsures de chien. De manière "tapageuse" par certains journaux, surtout pendant les vacances. Au cours de la préparation de son mémoire, elle a rencontré de nombreux intervenants : des vétérinaires, des éleveurs, des gens victimes des morsures de chiens. En 1998, un projet de loi avait été mis à l’étude pour créer une liste de chiens dangereux, projet qui n’a pas abouti. Marie constate, d’après les statistiques, que dans la plupart des cas, la majorité des morsures sont faites par un chien de la famille. Les victimes sont des enfants en bas âge, qui commencent à marcher, et des adolescents. Suivant ses échantillonnages, elle relève un cas de figure de morsure qui pourrait être évité facilement, notamment quand un chien se sent acculé par un enfant trop entreprenant.
Au même moment, Marie est marquée par une histoire tragique : une petite fille se promenant avec sa classe devant une propriété où il y avait des dogues allemands, s’est fait attaquer par la meute de chiens. L’enfant a survécu miraculeusement, mais, même des années après l’ accident, elle en faisait toujours des cauchemars. Il s’agissait de chiens qui avaient déjà causé des problèmes auparavant, et qui étaient très agressifs. Ils ont assimilé le trottoir comme faisant partie de leur territoire et ont attaqué. Marie précise : "Le maître du chien a la responsabilité de protéger son chien et les tiers. Le rêve de laisser son chien en liberté n’est pas possible dans nos contrées. Le chien est un ami fidèle, source d’enrichissement affectif, mais il nécessite la connaissance de certaines attitudes à adopter. Si un jour, une personne se trouve dans une situation de danger avec un chien, l’attitude conseillée est de rester immobile et surtout d’ éviter son regard. Si l’on court, l’instinct du chien reprend le dessus, il nous prend pour une proie".

Première expérience en tant qu’éducatrice canine.

Avec son premier salaire, Marie va s’acheter un chien, un cane corso. Elle a été séduite par ce chien rare en Belgique, catalogué comme chien de garde, et qui pouvait faire de l’agility (un sport canin dans lequel le chien évolue sur un parcours d’obstacles, sous la conduite de son maître). La jeune femme suit des cours d’éducation canine selon une méthode classique d’instruction (méthode où on utilise souvent la contrainte pour faire écouter l’animal) et, pendant 3 ans, devient éducatrice canine. A l’époque, il n’y avait pas beaucoup de choix. Elle raconte : "certains clubs classiques n’ont pas évolué en 30 ans bien que de nombreuses recherches et publications soient vulgarisées. Maintenant, je préfère travailler un chien en renforcement positif, le voir actif et prendre du plaisir dans l’apprentissage, bien que cela me demande plus de temps. Je privilégie le chemin emprunté au résultat obtenu". A cette période, elle avait déjà 3 chiens, elle a fait saillir sa chienne pour une première portée. Elle se prépare, assiste à des mises bas, prend un suivi vétérinaire. Bien lui en a pris car la chienne lui a fait cadeau de 18 petits chiots, dont une partie qu’elle nourrira au biberon. << Comme on devient maman avec son premier bébé, on devient éleveur avec sa première portée , commente Marie. C’est l’expérience qui prime >>. Marie a alors pris un agrément d’éleveur occasionnel. Ce dernier étant requis pour les éleveurs qui ont 2 portées maximum par an, selon le décret relatif au Code wallon du Bien-être des animaux. Après 8 ans, Marie en est à sa cinquième nichée et à la troisième génération de cane corso. Jusque maintenant, elle a eu quatre cas d’abandons, quatre de trop malgré une sélection poussée des acquéreurs. Mais, ce qui importe, c’est qu’aujourd’hui, ils ont retrouvé une nouvelle famille aimante.

Formation sur la médiation animale et la relation à la nature

Marie suit alors une formation sur la médiation animale et la relation à la nature avec Véronique Servais, qui est psychologue et professeur d’anthropologie de la communication . << Ce certificat a pour objectif d’enrichir les connaissances des professionnels de la relation d’aide et/ou de soin désireux de développer des projets fondés sur les interactions avec les animaux et la nature* . La médiation peut avoir des objectifs différents (de mise en relation, éducatifs, thérapeutiques..) qui varient en fonction de l’intervenant et des personnes aveclesquelles il travaille (personne isolée, enfant, personne en situation de handicap..) * >>. Marie précise :" la médiation animale est un lieu où l’être humain rencontre l’animal. Les effets de la médiation sont le produit de leur interaction, dont le thérapeute ou l’intervenant peut faire émerger quelque chose de nouveau. Il y a deux perspectives, celle de l’humain (par exemple avec le point de vue du thérapeute et du patient) et celle de l’animal, dont il faut trouver le sens. Cela exige des fois beaucoup de remise en question, car chacun a son univers et ses perceptions propres ". Dans ce cadre, Marie a réalisé un stage avec ses chiens dans un home d’enfants placés par le juge. Elle trouvait intéressant le fait de pouvoir faire profiter les enfants du contact de ses animaux. Le cas le plus interpellant est celui d’une petite fille qui ne voulait pas qu’on la regarde dans les yeux. Sa chienne Lazy a tout de suite compris et s’arrangeait pour ne jamais croiser le regard de l’enfant. Un échange très beau s’est établi entre Lazy et la petite fille. Suite à cette expérience, de nouvelles pistes de réflexion ont pu être lancées. La médiation animale permet de révéler des troubles et éventuellement de mettre des choses en place pour aider l’enfant. Marie confirme :" Pour travailler avec des chiens en médiation, ils doiven être libres de désobéir. Le médiateur doit être vigilant aux signes d’inconfort du chien comme de l’enfant".

Création de l’association PIMA

Marie a ensuite participé à la création de l’ association PIMA (Professional Intervention Médiation Animale). Le but de celle-ci est de soutenir et conseiller les professionnels de la médiation animale, qui sont parfois fort isolés dans leur pratique ( hippothérapeutes,..). Son souhait était de s’installer comme indépendante dans ce domaine mais la venue de son quatrième enfant, a reporté quelque peu ses projets. A ce propos, Marie raconte une anecdote avec le sourire : " j’ai accouché à la maison et suivant les conseils de la sage-femme, à l’endroit même où sont nés les nombreux chiots, au rez -de -chaussée, près du poêle à bois. Ma chienne est restée près de moi jusqu’au dernier moment. Tous mes chiens ont participé à l’événement à leur manière. Ils n’étaient jamais très loin". Marie précise que les chiens font partie de la famille et le fait d’avoir elle-même des enfants n’a rien changé. Chaque chien a un rôle dans la famille. Par exemple, quand l’aîné de ses enfants, à 7 ans, a développé une phobie scolaire, leur chienne Lazy l’a accompagné pour adoucir le trajet. Il est arrivé qu’ils ne partent pas en vacance à cause des animaux, mais toute la famille l’accepte. Marie confie : "c’est d’abord leur bien-être qui compte. Mon compagnon et les enfants sont à cent pour cent avec moi dans cette aventure, et c’est grâce à leur amour et leur patience que ce défi a été possible".

* http://www.ulg.ac.be
* Bénédicte De Villers, chargée de recherche à l’hôpital Saint-Martin, responsable pédagogique du certificat en médiation animale et relation à la nature.

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